Je vais tenter, progressivement, et sans doute laborieusement, moi qui suis vraiment très profane en la matière, de décortiquer le texte du manifeste que les «économistes atterrés» ont publié le 1er septembre 2010, mais que je n'ai découvert que très récemment. Il faut dire que les quelques textes d'eux que j'ai déjà lus m'ont convaincu de l'intérêt à comprendre leurs propositions.
Pour économiser les articulations de mes phalanges, je désignerai désormais les « économistes atterrés » par EA, mais il me paraît important de préciser que sous cette étiquette il s’agit de quatre personnes : Premiers signataires : Philippe Askenazy (CNRS, Ecole d'économie de Paris), Thomas Coutrot (Conseil scientifique d'Attac), André Orléan (CNRS, EHESS, président de l'AFEP), Henri Sterdyniak (OFCE).
Le manifeste intitulé : CRISE ET DETTE EN EUROPE dénonce 10 fausses évidences et propose 22 mesures en débat pour sortir de l’impasse. Les EA entament leur manifeste par un état des lieux : en septembre 2010, la reprise économique mondiale est indéniable quoique fragile, sauf en Europe qui a choisi de porter son effort sur la réduction de la dette publique. C’est sans compter sur les spéculateurs qui se jettent sur ces dettes, flairant qu’elles peuvent leur apporter d’autant plus gros que les états ne jouent pas la solidarité. L’Europe se trouve piégée.Pour s’en sortir et rassurer les investisseurs, les pays prennent des mesures drastiques aux conséquences désastreuses, car, en réduisant le nombre de fonctionnaires, elles menacent la qualité des services publics, elles entraînent précarité de l’emploi et le chômage, elles s’attaquent au pouvoir d’achat, elles fragilisent surtout les jeunes et les personnes déjà démunies. Cohésion sociale et monde du travail sont en péril.Aussi les dirigeants effrayés ne trouvent d’autre solution que de s’écraser devant le dictat des marchés et n’envisagent pas une seconde de remettre en cause leur idéologie néolibérale, fondée sur leur foi en l’efficience absolue des marchés. FAUSSE EVIDENCE N°1 : LES MARCHES FINANCIERS SONT EFFICIENTS Fin des années 70, la naissance d’un nouveau système économique mondial crée une rupture totale, tant quantitative que qualitative, avec le passé. C’est le capitalisme financier, dit néolibéral.Le dogme de base est que si l’on accorde la plus grande liberté de manœuvre aux marchés financiers dans tous les domaines, ceux-ci sauront allouer les capitaux de la manière la plus efficiente. « L’idée (est) que les investisseurs recherchent et trouvent l’information la plus fiable possible sur la valeur des projets qui sont en concurrence pour trouver un financement. » Autrement dit, ce sont les investisseurs qui déterminent en dernier ressort la valeur et la faisabilité d’un projet, en fonction de sa rentabilité. Qu’en pensent les vrais gens auxquels toute décision échappe et qui pourtant sont souvent directement concernés ???
Ainsi, les marchés financiers qui déterminent artificiellement la valeur d’un projet appliquent au produit la loi traditionnelle de l’offre et de la demande qui régule un marché classique (si le prix augmente, l’offre diminue) alors que lorsqu’il s’agit d’investisseurs, la tendance est inverse : si les investissements augmentent, d’autres renchérissent et arrivent parfois à créer des bulles qui explosent. La valeur des biens est faussée. Les prix sont inadéquats.Les EA concluent à l’inefficience et à l’instabilité des marchés financiers.Ils proposent quatre mesures techniques, dont la dernière est de plafonner la rémunération des traders.(La suite : FAUSSE EVIDENCE N°2 : LES MARCHES FINANCIERS SONT FAVORABLES A LA CROISSANCE ECONOMIQUE)
Sur le Web : economistes-atterres.blogspot.com.