Un problème français : la représentativité

Nous sommes nombreux à estimer que les dysfonctionnements de notre démocratie sont en partie dus à la déplorable représentativité actuelle. La rébellion des Gilets jaunes est née de ce constat.

Il y a quelques années, j’avais eu la curiosité de recenser l’origine professionnelle des députés. N’était enregistrée en tant qu’ouvrier sur les quelques 577 sièges, une seule personne, Jean Lassalle,.

Une seule personne pour représenter les quelque dizaines de millions d‘ouvriers en France, frise la caricature pour ne pas dire l’absurdité. Suivaient quelques députés de classes intermédiaires (artisans, employés, fonctionnaires) puis, plus nombreux, des cadres moyens, et enfin un groupe très majoritaire composé de cadres supérieurs, de profession libérale (médecins, avocats…). Autrement dit, la représentation des citoyens dans les instances décisionnelles était inversée :

 Plus ceux qui, dans le civil, jouissaient des responsabilités de commandement, de pouvoir, de liberté, de richesse,  ou même de leur rente, se comptaient en nombre réduit, plus ils disposaient de députés de même profil, aptes à défendre leurs intérêts.

Et par conséquent, la masse des millions de citoyens, au statut d’exécutants permanents, aux ressources modestes soumises aux aléas de la conjoncture souvent défavorable et décidée par d’autres, ne disposaient que de quelques députés issus de leur rang pour comprendre et défendre leurs aspirations.

C’est dire si les personnes en situation de grande pauvreté, SDF, et un peu les chômeurs, ne jouissaient d’aucune existence réelle au niveau national.

Il semble que rien n’a bien changé depuis, d’où la colère légitime des Gilets jaunes.

Que faire ?

Inverser la mécanique !

Redéfinir la réalité des grandes catégories homogènes de concitoyens. Ce qui existait sous l’Ancien Régime, le tiers-état supportant le clergé ainsi que la noblesse, sauf qu’une étude sociologique du Pays distinguerait peut-être quatre catégories, selon les ressources :

  1. les personnes aux ressources modestes….50 % de la population
  2. Les personnes aisées                                  33 % de la population
  3. Les personnes très aisées                           10 %  de la population
  4. Les personnes riches                                    7 %  de la population

Chaque catégorie serait représentée par le même pourcentage de législateurs. Chacune élirait ses représentants.

Une telle idée, si elle paraît intéressante, ne pourrait être réalisée que si le Conseil Constitutionnel accepte de mettre en chantier le concept d’ « égalité ». La tendance actuelle est, je crois, de considérer que le découpage en catégories de citoyens enfreindrait  le principe d’égalité. « Tout citoyen est égal devant la loi. »

Alors que, selon moi, c’est le refus de reconnaître les différences importantes de niveau de vie de citoyens qui crée l’injustice.

Ainsi, si l’idée d’une autre représentativité est intéressante et plus juste, elle serait très loin d’être gagnée, tant elle bousculerait la réalité présente et donc les intérêts des « élites »

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