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Billet de blog 12 janvier 2011

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Profession de foi : athée

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A côté de l’immense majorité des humains qui adorent une ou des divinités existe une minuscule minorité qui n’adore rien ni personne ni ne se réfère à aucune doctrine qui aurait valeur d’explication universelle.

Or je fais partie de cette minuscule minorité. Je ne la revendique pas, je la constate, un peu effrayé d’ailleurs, car je sais les minorités vulnérables. Des faits récents, ici ou là, rappellent dramatiquement cette carence sociale : ne pas supporter une minorité.

Or je ne suis pas né athée, mais, élevé dans un milieu catholique pratiquant. J’ai normalement, j’allais dire automatiquement, adhéré sans hésitation, avec conviction, aux valeurs de ma famille. Et ceci, jusqu’à un âge avancé. Mais la vie est ainsi faite que j’ai rencontré beaucoup de personnes estimées, des personnes de tout bord, qui développaient intelligemment des idées, semblables aux miennes, mais souvent différentes et parfois opposées. C’est très intéressant, et ça fait réfléchir. J’ai un peu voyagé, me suis trouvé immergé dans d’autres cultures dont j’ai pu apprécier la richesse. Ça m’a permis de relativiser la mienne. Puis, ayant pratiqué une bonne douzaine de métiers différents, j’ai fini par en trouver un qui est devenu ma profession : psychologue. Ça s’est fait par hasard, car quand j’ai éprouvé le besoin de reprendre des études que j’avais interrompues trop tôt, je voulais reprendre le grec ancien qui m’avait passionné. Mais en 63 déjà, le prof que je rencontrai à la fac me déconseilla ce choix. « Aucun avenir, me dit-il. Faites donc psycho, ça devrait vous intéresser. » Je fis. Et ce fut passionnant. Ça devint mon métier. Je commençai à pratiquer au sein d’équipes dans des zones urbaines assez déshéritées, autour de Lyon. Et, en deçà des milieux, des conditions de vie, des religions, j’ai rencontré des personnes qui souffraient, j’ai rencontré l’être humain. Ce fut une révélation. Et comme tout bon psy qui se respecte, j’ai essayé de mieux connaître l’être humain que j’étais.

Ce fut très douloureux car j’ai dû tuer ma mère.

La tuer en ce sens que toutes les valeurs, entre autres religieuses, dont j’avais été nourri au sein même de ma mère, puis qui m’avaient fait marcher, courir, aimer ou ne pas aimer, toutes ces valeurs-là je dus les abandonner. Elles se révélèrent n’être que prothèses qui non seulement ne suffisaient pas à me faire tenir debout, mais m’empêchaient de rencontrer l’Autre, mon semblable. Je dus trouver de quoi me charpenter autrement.

C’est alors que le Dieu de mon enfance, sympathique au demeurant, apparut à mes yeux comme une de ces nombreuses prothèses qui permettent aux sociétés de se constituer, de trouver un élément de cohésion à défaut de cohérence, qui rassurent les personnes et leur donnent des repères.

Or l’immense diversité des civilisations, des cultures, de leurs richesses mais aussi de leurs limites, n’existe que composée d’humains.

Et pour moi, à présent, ce qui fait la valeur d’une société, ce n’est pas ses croyances, son idéologie, c’est simplement le fait qu’elle fasse en sorte de respecter non seulement les personnes qui la constituent mais aussi celles des autres sociétés. C’est vrai qu’il y a diverses façons de faire mourir les gens. Par l’assassinat, comme la Tunisie et l’Algérie aujourd’hui le découvrent. Mais la France aussi bien sûr sait tuer : chômage des jeunes, inégalités scandaleuses des richesses, chasse à l’étranger, etc…

Or pour moi, tuer pour exister ne peut être que le signe d’une grande débilité, d’une fragilité extrême telle que la seule existence de l’autre est une menace en soi. C’est un immense aveu de faiblesse. Quant à la mort de Vincent Delory et d’Antoine de Léocour, elle ne témoigne que de ça : la connerie de gens fanatisés. Injustifiable ! Le reste, c’est du pipo.

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