LES POUPONNIERES DE LA RéPUBLIQUE

Pour les personnes qui comme moi ne connaissaient pas la biographie de Juan Branco et se montraient soupçonneuses à son égard, il peut être utile de lire ce qui est dit de lui dans Wikipédia. Elles verront que ce personnage est bien placé pour dire, entre autres choses, l’importance des pouponnières de la République dans le fonctionnement de l’Etat français.

Où se niche le Pouvoir de la France ?  A l’Elysée ?  A Matignon ?  Certes, un peu. Mais il se perche d’abord et avant tout au sommet de la montagne Sainte Geneviève, qui, du haut de ses 23 mètres/Seine,  concentre sur la rive gauche du fleuve, Instituts, Grandes écoles, lycées prestigieux.

Quant à la rive droite de la Seine, à Paris, elle propose la formation des héritiers du Gotha à Stanislas, Notre Dame de Sion, la bilingue qui accueille le petit monde de la diplomatie, de la grande bourgeoisie financière, l’excellence scientifique à Janson de Sailly, St Dominique et St Louis de Gonzague, sans compter, hors les murs, les demoiselles de la Légion d’Honneur.

Ces institutions à la sélection rigoureuse sont pour J.Branco des « lieux de reproduction et de propulsion des héritiers de l’Intelligentia culturelle de Paris. » Elles permettent de s’approprier les codes qui régissent l’entre-soi des élèves. Ceux-ci entrent dans les établissements à la troisième année de la maternelle pour former des promotions où se forge une solidarité indéfectible qui durera toute la vie. Ces jeunes gens qui vivent en un vase clos jusqu’à la terminale acquièrent une assurance à toute épreuve, une grande aisance en société, un très fort sentiment d’exister et sont persuadés qu’ils ne doivent cet état qu’à eux-mêmes, autrement dit, qu’il mérite d’être ce qu’ils sont, que leurs vertus sont les fruits de leur seul mérite. Ils sont l’élite, tout naturellement, sans le devoir à quiconque. Or Il est évident que le type de formation peaufiné par chaque établissement en est la cause essentielle. Ainsi le lycée St Louis de Gonzague se classe en 2018 premier lycée de France selon les résultats au bac : sur 155 candidats présentés au baccalauréat 100 % furent reçus avec 100 % de mentions dont 83 % de « très bien » !

Aussi est-il fréquent que ces jeunes gens qui sortent de ces établissements élitistes pour effectuer un parcours dans une grande école et en sortir brillamment classés se retrouvent conseillers auprès d’un personnage important de la République, voire d’un ministre ou même du Président , sans avoir exercé le moindre travail professionnel.

 Du peuple français, elles ou ils ne connaissent que les proches de leur famille mais surtout les compagnes ou compagnons de leur promotion, autrement dits, leurs clônes. Or ces personnes vont devoir contribuer à prendre des décisions engageant quelquefois lourdement le quotidien de millions de personnes dont ils ne connaissent rien de leur existence.

Dans un tel contexte, B. Arnault cherchait un candidat à la présidence du Pays qui le soutiendrait dans la réussite de ses affaires. Il se méfiait des gens sans expérience et plus encore des personnes qui en ont trop et qu’il ne pourrait contrôler. Le candidat devrait être un parfait inconnu, suffisamment intelligent pour comprendre où serait leur intérêt réciproque. Or il connaissait un couple pas ordinaire dont la femme avait été professeure de ses jumeaux et qui nourrissait envers son électron trop libre de mari que l’on disait brillant une ambition démesurée. Brigitte Macron et B. Arnault firent affaire : Ils avaient trouvé leur homme. Et ça marcha, au-delà des espérances des deux complices.

Emmanuel Macron emporta l’élection présidentielle de bien belle façon.

Mais il avait si bien joué son rôle de théoricien de l’humanisme que personne ne s’était aperçu que rien chez cet homme n’exprimait la bonté. La pauvreté des pauvres l’irritait. La richesse des riches le fascinait tant qu’elle le fascisa. Il transforma en bêtes malfaisantes des personnes (gendarmes, CRS) qui s’étaient engagés dans ces professions pour veiller à la paix de leurs concitoyens, mais non de le faire à coups de LDB. Leur bonne conscience commençait à les titiller sérieusement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.