En cette époque, si riche en bouleversements et en attentes, certains chercheurs, en l’occurrence ici, certaines chercheuses, délaissent le spectaculaire, le commentaire de l’immédiat, pour se poser et nous poser des questions fondamentales sur une institution que l’on retrouve dans bon nombre de cultures, le mariage.
Un article, que je trouve remarquable : « Le mariage fait-il de nous des putes ? » de Gaëlle-Marie Zimmermann paru le 5 mai 2011, analyse la complexité de cette institution sous l’angle notamment du pouvoir et de l’argent.
La thèse de cette chercheuse peut se résumer en cette phrase :
«Les femmes doivent fournir des services ménagers, sexuels et reproductifs aux hommes en contrepartie de compensations matérielles plus ou moins importantes.»Et l’auteure conclue ainsi son article : « Le système conjugal, qui semble donc être le plus éloigné de la dynamique prostitutionnelle, révèle dans son fondement même la présence d’une prestation sexuelle tarifée. Alors, une fois mariés, nous devenons tous des putes, chacun à notre manière. »Jacques Brel, dans une de ses chansons disait, désabusé, un peu la même chose : « Les putains, les vraies, sont celles qui font payer pas avant mais après. »Bien sûr, les fastes d’un certain mariage princier récent ont enveloppé la chose d’un emballage étonnamment clinquant quoiqu’empreint de dignité, un peu comme nous le faisons plus modestement pour souligner le caractère exceptionnel d’un cadeau et lui conférer du mystère. Mais la cérémonie des noces passée, reste l’accomplissement du contrat, dont la réalité peut se montrer intolérable ou, avec le temps, fastidieuse. Je me souviens du récit dramatique que Yehudi Menuhin confiait à un journaliste: il expliquait combien sa mère avait dirigé la vie de ses enfants, dont la sienne, y compris dans leur intimité, à tel point que la sœur de Yehudi, mariée à un homme choisi par sa mère, s’était suicidée lors de sa nuit de noces.Choix des conjoints imposés par d’autres ?Choix réciproque des époux poussés vers l’autre par la passion, mais que l’on remet en cause lorsque l’union se banalise ?Lise, l’une de mes filles qui prépare son bac de philo, m’a soumis un texte qu’elle avait à expliquer et qui pourrait nous proposer une solution, valable pour le mariage et autres occasions : il s’agit d’une page d’Alain tiré de son ouvrage, « Les Idées et les Ages » (1927). Ainsi, si j’ai bien compris les propos du philosophe, il s’agirait d’accepter le fait que nous sommes voués à ne pas choisir. Nous croyons choisir, mais il s’agit d’un leurre. Les circonstances nous poussent dans une situation donnée et nous n’y sommes pour rien. Alors, ou nous refusons la situation et fuyons, ou nous la subissons vaille que vaille, ou nous adhérons, et c’est dans cette acceptation, pleinement assumée que nous trouverons notre liberté. Beau sujet de bac.Or il semble qu’une bonne part des civilisations organise leur vie sociale autour de l’institution du mariage. Naître dans tel pays, à telle époque, dans tel milieu, impose à l’individu des us et coutumes qu’il ne choisit pas. Le mariage en fait partie. Mais pas partout. Ainsi un de mes amis m’a fait découvrir une civilisation originale, les mosos, un peuple de Chine où l’idée de mariage n’existe pas, pas plus que le mot « père », car il n’y a pas de père. Il y a des femmes qui enfantent à la suite d’une relation plus ou moins éphémère (le jeu de mot est fortuit) qui n’est pas un acte créateur, mais de simple entretien, comme le jardinier arrose une plante. L’enfant nait ainsi dans une famille matriarcale, dont les mâles, frères, oncles, contribuent à l’entretien. Ainsi, aucune femme, pas plus que les enfants, n’est la propriété d’un homme. Pas de contrat, pas de divorce, et l’héritage, je crois, est simplifié. Cette société connaît sans doute des problèmes, mais ce ne sont pas les nôtres. Le coït, (aller avec, s’accoupler), n’a pas pour but la reproduction, mais le seul désir, et plaisir.Il me semble que cette conception des rapports homme/femme simplifie singulièrement la vie. Beaucoup de personnes, en France, en 68 et après, en ont fait l’heureuse expérience. Peut-être que notre société, et d’autres, vont devoir revisiter leur conception de l’amour. Revoir ce socle qui pour beaucoup encore comporte trois pieds : Dieu, Famille, Patrie. Je ne sais si un de ces trois-là permet de le prendre, son pied.Voici ce à quoi m’a conduit l’article de Gaëlle-Marie Zimmermann. Je vous le recommande.