Pas la campagne profonde, cette ruralité faite des somptueux paysages que nous révèlent les caméras du tour de France cycliste, mais aussi celle de l’obscur et acharné travail de ses paysans, et des terres cultivables menacées qui résistent à l’assaut du bitume, non, cette campagne-là demeure. Je parle de la campagne pour la présidentielle, mais aussi celle des législatives. Pour la présidentielle, les impétrants se présentent et déploient leur programme. Ainsi EELV vient de choisir sa seule candidate : Les écolos avaient un choix de qualité, entre une magistrate battante et un homme de homme de conviction, soucieux de l’avenir de la planète et qui depuis longtemps alerte les terriens. Eva Joly l’a largement emporté, ses électeurs préférant une politique résolument de gauche, à un engagement plus « nature » et cependant capital. Ce duo pèsera sans doute lourd dans la campagne qui s’engage.Mais je découvre aujourd’hui que d’autres, plus discrètement, presque insidieusement, entrent aussi en campagne. J’ai reçu ce matin un courrier à l’en-tête du Conseil Général de Savoie.Il est adressé, l’un à ma femme et un autre, le même, à moi-même. Il détaille le budget du Conseil Général du département, « 533 millions d’euros dont près de 146 millions d’euros pour l’investissement et 387 millions d’euros pour le fonctionnement.Suit la ventilation des sommes concernant le social, l’éducation, l’environnement, le service d’incendie et de secours.Puis sont détaillées les subventions accordées à notre village, qui fait un peu plus de cent habitants : Total : 279.315 euros.Et c’est vrai qu’il fait bon vivre dans ce petit village d’Albiez-le-jeune, posé sur un vaste plateau, dans un écrin de hautes montagnes, dont les célèbres Aiguilles d’Arves, qui, majestueuses, hissent fièrement leurs quatre sommets à 3.500 mètres. Nul ne le conteste.Mais la beauté du lieu, son hospitalité, sont d’abord dues à une nature superbe que depuis des générations, dans des conditions difficiles, ses habitants ont su préserver. Ces « gens d’en-haut », comme on dit dans la vallée, ont façonné le paysage, taillé des chemins, élevé des murets, non pour faire joli, mais pour pouvoir survivre. Ayant gagné à présent en confort, leurs descendants peuvent plus sereinement se poser et jouir du paysage. Merci les anciens !Alors quel est l’objectif de ce courrier-là, émanant du Conseil Général de Savoie ?Il serait signé : le trésorier, on pourrait comprendre que ce haut personnage éprouve le besoin de rendre compte de l’argent que nous autres, contribuables du département lui confions. Nous pourrions le féliciter de sa bonne gestion.Mais non, ce n’est pas un courrier d’information, simplement de la propagande.Le signataire en est : « Pierre-Marie Charvoz , votre conseiller général ».Telle que je la reçois, cette lettre me gêne. Elle se présente comme la preuve de la grande compétence de cet homme dont l’immense générosité va jusqu’à octroyer des subventions que sans lui nous n’aurions pas obtenues, car peut-être pas méritées. Nous ne pouvons que reconnaître sa puissante influence, qui a su défendre une cause perdue auprès de pairs qui ont d’autres chats à fouetter. Ô merci Monsieur le Conseiller Général !Un jour j’ai appris par ses soins qu'il quittait son parti d’origine, l’UMP, car il ne se reconnaissait plus dans les valeurs de ce mouvement, disait-il. J’en ai été surpris et heureux, pensant qu'il se rapprochait, sinon de la Gauche, du moins du Centre. Erreur ! Mais là je reconnais que j’écoute la rumeur, bien informée certes, mais que je ne peux vérifier personnellement : L’auguste Monsieur Bouvard, notre député actuel, aurait promis au maire de Saint-Jean de Maurienne de lui céder sa place, et tactiquement donc, quitter l’UMP aurait été sage. Allez savoir pourquoi, puisqu’on dit ce monsieur plus sarkozyste que son maître. Or Monsieur Bouvard a entrepris une tournée dans tous les lieux stratégiques du canton, signifiant ainsi qu’il jouait rebelote. Si la chose se vérifie, il serait donc normal que Monsieur Charvoz s’empresse de battre la campagne, d’où cette lettre à ses chers administrés pour se rappeler à leur bon souvenir et leur signifier habillement, et pour moi perfidement, la dette que nous aurions auprès de lui. Si je voulais polémiquer, mais je n’en ai pas les moyen, j’interrogerais « l’intéressé » sur les 387 millions d’euros pour le fonctionnement du Conseil Général. Depuis que j’ai lu des rapports inquiétants sur l’utilisation privée de deniers publics par des personnes que je croyais au-dessus de tout soupçon, je parle de Monsieur Dominique Baudis, ou les sommes faramineuses détournées par Ziad Takieddine et le clan Sarkozy, je suis devenu méfiant. A tort, sans doute. Mais le courrier envoyé à chaque albienche par la poste sur un budget apparemment d’état à des fins de propagande personnelle me paraît en soi une petite malhonnêteté. Mais deux timbres, qu’est ce que c’est ?
Billet de blog 12 juillet 2011
La campagne, c'est parti
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