Il y a bien longtemps de cela, en 1957 et 58, j’avais été chargé par le Quartier Général des Scouts de France, en tant que commissaire fédéral, de préparer l’autonomie des instances scoutes d’AOF, jusqu’alors très dépendantes de Paris, et ceci, en vue de l’indépendance de ces territoires.
Ayant eu, en 1956, au cours de deux courts séjours en Algérie, un avant-goût du mépris que beaucoup de français nourrissaient envers les algériens, je m’étais préparé à retrouver le même état d’esprit chez mes compatriotes envers les autochtones d’Afrique Noire.
Cette crainte se vérifia au-delà de ce que j’avais imaginé.
A part quelques personnes, dont des géologues amis, issus de l’Ecole des Mines de Nancy, qui devaient partager la vie des indigènes dans le désert ou la brousse, un ou deux prêtres, un ou deux journalistes, un ou deux médecins, la plupart des blancs que je côtoyais nourrissaient envers les indigènes un solide sentiment de supériorité, voire de profond mépris. Ils étaient là avant tout pour faire du CFA (1 franc CFA valait 2 francs métropolitains ) et mener une vie facile.
C’est dire si le « discours de Dakar » d’un certain Sarkozy me révolta. Le président des français se comportait, lui aussi, en colon.
L’objectif de la colonisation, c'est-à-dire de l’occupation par la France de pays étrangers qui n’avaient rien demandé, était essentiellement politique, économique, stratégique. Il n’était en rien humanitaire. Les éventuelles retombées humanitaires l’étaient par accident, bien plus le fait de quelques individus respectueux des autres que d’une quelconque volonté politique.
On aurait pu penser que, avec du recul, à la lumière des guerres passées et des événements récents prouvant que les droits fondamentaux des humains sont bafoués en bien des endroits de la planète, le peuple français regretterait ces exactions commises en son nom, et tenterait de réparer ces dégâts de l’esclavage, or c’est tout le contraire qui se passe. Le racisme anime toujours avec autant de véhémence la classe dirigeante actuelle.
Des gens, exemple la famille Ntungi, fuient leur pays, le Congo, qui, en grande partie grâce à nous, s’enfonce dans la misère. Ces gens arrivent en France, trouve un travail si peu valorisant et si peu rémunéré que personne n’en veut. Ils s’intègrent bien, scolarisent leurs enfants, imaginent des projets, sont heureux.
Que des sous-hommes osent polluer notre si beau pays, c’en est trop pour un Hortefeux et pour des gens de droite. Un ça va, quatre, bonjour les dégâts. Et même pas auvergnats !
L’astuce pour s’en débarrasser : le refus de régulariser leur situation. Ils sont donc «sans papiers».
Sans papiers = crime = expulsion !
Mari menotté, femme malade menottée, enfants terrorisés.
C’était au moyen-âge ? Non, ça se passe aujourd’hui, 13 décembre 2010, en France, à la veille de Noël.
Jésus a échappé à Hérode, les Ntungi n’échapperont pas à Hortefeux ! C’est ça le progrès. Notre efficace ministre de l’Intérieur va pouvoir fêter Noël avec toute sa petite famille. « Il est né le divine enfant, Jouez, hautbois, résonnez musettes ! » et faire mumuse avec sa petite-fille de trois ans « Oh les jolies menottes ! »
Qu’un Hortefeux protège des policiers parjures qui voulaient envoyer un innocent en prison à leur place, et qu’il menotte comme des criminels de braves gens et veuillent les expulser, voilà bien là un acte raciste qui, à mon avis, en tant que récidive, mérite la prison.