LA HAINE

 

La haine est le plus humain, et le plus banal, de tous les sentiments.

La haine dote la personne solitaire et démunie d’une si intense jouissance qu’elle l’élève de facto au  niveau de l’élite.  Quelle promotion exaltante lorsque l’on doute de soi.

Issue de la violence fondamentale nécessaire à la vie, (Jean Bergeret), la haine transforme  une partie de l’indispensable  violence fondamentale en agressivité. Elle évite l’affrontement en niant à l’Autre le simple droit d’exister.

La haine s’installe très tôt comme moyen de défense chez une personne qui,  insuffisamment aimée, a eu le sentiment d’être menacée dans son combat pour la vie. L’Autre, le différent de soi, est tout simplement nié.

Vu l’importance et la violence des enjeux néo-nataux, ce mécanisme de défense est quasi universel. Autrement dit, nous sommes tous concernés.

A  la naissance d’un être humain, l’Autre à combattre est informel, indifférencié, innommable. Si l’environnement se révèle non dangereux, voire même accueillant, la batterie des défenses mises à disposition suffit à affronter le danger. Le milieu se transforme en allié. C’est la situation vécue plus ou moins par la plupart des nourrissons. Si le milieu, la famille, le clan, se sentent en sécurité et se montrent donc tolérants, ils permettent à la personne de se construire en évitant de faire appel à l’agressivité, c'est-à-dire à transformer l’Autre en épouvantail. Les valeurs culturelles du milieu, l’exercice de l’intelligence, du raisonnement, renforce le regard bienveillant sur autrui, y compris totalement inconnu.

La personne qui grandit dans un milieu où elle est reconnue et respectée,  peut plus facilement s’adonner à la recherche. Non seulement l’inconnu ne l’effraie pas, mais elle l’excite. Cette disposition d’esprit est bien utile pour trouver sa place dans la société.

Au contraire, si la personne n’a pu se construire que sur le rejet de l’inconnu, elle se prive de la richesse que cette dimension étrangère à elle peut lui apporter. Si elle choisit de vivre en loup solitaire, elle y prouvera son originalité, ce qui n’est pas dénué de satisfaction, mais elle se privera des riches apports  des autres.

Si la personne se sent seule, elle ne le restera pas longtemps, tant d’autres  supportent mal comme elle la solitude. Les raisons de haïr un aspect qui ne fait pas partie de son identité ne manquent pas : blanc si on est noir, arabe si on se pense chrétien, européen si on est né anglais, femme si on est mâle, illettré si on est diplômé…autant d’occasions de haine de l’autre qui offrent un ciment solide à la cohésion d’un groupe. Comme on se sent fort quand on partage la même haine de l’autre !

Fort heureusement, cette anthropophobie se soigne. Pas de remède miracle, juste être honnête avec soi-même, ne pas se mentir, réfléchir, s’informer, accepter la bonté de certaines personnes qui refusent les clichés et vous diront pourquoi. Accepter la vie avec lucidité quoi !

 



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