Immense victoire

 

 Ne boudons pas, nous, les français, notre joie d’avoir gagné en toute beauté, grâce à la force du jeu collectif de notre équipe, la coupe du Monde de foot.

Cette victoire, justifiée par de multiples raisons, dont l’intelligence et les qualités athlétiques de chacun, l’est aussi, et peut-être surtout, par le style de gouvernance de son animateur. Didier Deschamps a assumé de prendre des décisions quelques fois douloureuses, sans faiblir, mais, par le respect accordé à chacun de ses joueurs qui le l’ont bien rendu, il a su forger des liens d’amitié entre tous qui ont fait que chaque « passe » était en fait un signe de reconnaissance. Tout le contraire de l’actuelle gouvernance, verticale,  de la France.

Dans cette équipe de France, championne du Monde, le respect de chacun par et pour tous n’a pas été l’application d’un slogan préfabriqué par des « communicants » mais le témoignage d’une réalité tant groupale qu’individuelle, mis en œuvre autant dans la banalité du quotidien de la préparation que dans l’arène d’un stade.

Mais l’immensité de cette victoire qui s’exprime par l’orgasme national qu’elle provoque, orgasme au strict sens étymologique de « bouillonnement d’ardeur », est d’autant plus remarquable que la victoire est symbolique. C’est la victoire du jeu et non, comme à la Libération, l’énorme joie de l’écrasement physique de l’abjecte idéologie du fascisme et du nazisme.

En 1945, l’exaltation de la foule saluait la fin d’une réalité intolérable qui avait causé des millions de victimes, avant que de parachever son succès lors de la chute du mur de Berlin. Il s’agissait de fêter la fin d’une réalité sordide.

Aujourd’hui, l’enjeu est un jeu, et ça, c’est un immense progrès.

Le jeu, au sens mécanique du terme, est cet espace infime qui sépare deux éléments et leur permet de coulisser, évitant fusion, adhésion, soudure, mais permettant indépendance, liberté, intégrité des identités.

Le jeu est cette prise de recul, cette distanciation qui évite la confusion dans la folie, la perte d’identité et affirme au contraire la reconnaissance de l’Autre.

Et si ce championnat nous permettait d’envisager d’une autre manière la crise actuelle provoquée par l’immigration.

Si cet espace virtuel et pourtant bien réel entre deux pays que sont les frontières n’était pas murs infranchissables de barbelés, de béton, dont la bêtise n’est plus à prouver, mais la membrane qui définit la limite d’un pays, telle la peau qui délimite l’identité d’une personne, et invite au contact, à l’échange, souvent aux coups, mais aussi aux caresses, à l’amour.

Faut-il que l’identité d’un pays soit bien fragile pour craindre de la perdre à l’arrivée de personnes étrangères, pourtant promesses de renouveau !

 Et si la France devait sa victoire à la diversité humaine de son équipe de foot, à des intégrations réussies ? Un exemple ? L’esquisse d’une solution ?

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