Qui, parcourant l'Europe, n'est pas heureux d'admirer non seulement les splendeurs d'une nature dans ses aspects multiples mais aussi de contempler la majesté d'une cathédrale, l'élégance d'un château ? Une personne non-voyante, me direz-vous, en oubliant qu'il est possible pour elle aussi de goûter autrement que par la simple vue des spectacles si grandioses.
En contemplant ces paysages indomptés par les hommes ou domestiqués par eux, l'œil émerveillé sait que ce qu'il voit a plus ou moins été modelé par l'Histoire, qu'une multitude d'humains, depuis des millénaires, a façonné ces terres, s'adaptant au relief, utilisant au mieux les ressources locales. Des peuples se sont suivis qui ont imprimé l'empreinte de leurs croyances intimes, de leurs Fois collectives.Aussi, en parcourant l'Europe, c'est le défilé de civilisations qu'on y lit.
La civilisation la plus récente, intégrant les cultures grecques et romaines, s'affirme crânement judéo-chrétienne. Aussi on peut comprendre que certains ne supportent pas l'apparition de signes issus d'autres cultures.
Une mosquée par exemple.
Qu'un minaret se dresse au beau milieu d'un village auvergnat serait pour eux insulte à l'esthétique des lieux, une injure à l'Histoire. Un blasphème ? Peut-être, mais pas du tout je crois ! Si ces gens-là avaient la Foi de leurs aïeux, pas ceux des croisades, un peu bruts de fonderie, mais celle des plus récents, un peu plus cultivés, ils sauraient que des Fois autres méritent tout autant que la leur le respect.
Ceux-là ne supportent pas l'étranger, et tout ce qui le signifie, simplement, viscéralement. Point !
C'est une des marques de fabrique de la « droite ».
Or une autre caractéristique de cette « droite », est son attachement, son adhésion, viscérale elle aussi, à cette nouvelle religion qu'est le néolibéralisme.
Or j'y vois là une énorme contradiction.
Si au Moyen-âge, si à la Renaissance, la société avait été gérée par un pouvoir néolibéral, aucune de ces merveilles romanes ou gothiques n'enchanteraient nos campagnes et nos villes. Et ce pour la bonne raison que ça n'aurait rien rapporté. Il n'y aurait même pas de ces châteaux, de Loire, de Versailles ou d'ailleurs.
A quoi donc sert la Basilique Sainte Marie Madeleine de Vézelay ? La cathédrale de Chartes et ses vitraux sublimes ? La cathédrale d'Amiens ?
A rien !
Ça ne rapporta rien, ça ne fit que coûter.
Ça a coûté la peine de centaines de milliers de compagnons, des barriques de sueurs, des trésors d'ingéniosité, des paquets de savoir-faire. Une dépense colossale à la mesure de sa Majesté le Très-Haut ! Pour l'amour de leur Dieu, en toute humilité.
Et le château de Chambord, à quoi donc a-t-il servi ? A rien ! Sinon au bon plaisir du Prince !
Alors pourquoi sont-elles là, ces merveilles, à faire notre bonheur ?
Parce que ce sont des symboles, témoignages de l'amour-passion d'un peuple.
Comme l'amoureux offre un bijou à sa belle, tout un peuple bâtit ces joyaux pour la plus grande gloire de son Dieu.
Et ce Dieu, en retour, fit cadeau à ce peuple d'un bien infiniment précieux. Il apprit à tous ces gens le « travailler ensemble », la solidarité, l'exigence de la belle ouvrage, le sens de la communauté, le plaisir du don et celui du partage.
Et ça, ça n'a pas de prix.
Et c'est ainsi que s'est construite la nation, celle qu'on appelle France.
Or c'est ce qu'aujourd'hui démolit la Finance.