Lettre ouverte d’un citoyen français au Président des Etats-Unis

Monsieur le Président,

En ce 11 novembre 2018, jour de la commémoration du centenaire de l’armistice qui a mis fin à la Première Guerre Mondiale, s’impose à moi le souvenir de l’intervention déterminante qu’a jouée votre nation dans l’issue de ce carnage. Je suis de ceux, à présent peu nombreux, dont les pères ont participé directement aux combats. Aussi ma reconnaissance envers votre peuple est-elle très personnelle et s’est amplifiée lors du second conflit, 39/45, que j’ai vécu cette fois en tant qu’adolescent, sympathisant d'abord avecla 2ème DB puis avec vos G.I. à Contrexéville.

Ma profonde gratitude rejoint celle de la grande majorité des français qui, jusqu’à présent, considère les USA comme un des plus fidèles amis de la France. Depuis La Fayette, ma Nation a traversé les nombreuses vicissitudes causées par la mondialisation tout en ayant le sentiment que des liens d’une forte et solide amitié unissent nos deux Pays.

Or la labilité des alliances, les manières actuelles de gouverner, nous incitent à la prudence.

 Ainsi devant l’originalité de votre style de gouvernance, nous doutons à présent de la pérennité de cette amitié. Nous ne nous sommes pas assez méfiés en 1939 de certains « gouvernants ». (Hitler, Mussolini, Franco et quelques autres…) reconnus après coup par des tribunaux internationaux comme étant des êtres abjects que la soif de pouvoir a poussés à commettre  des crimes imprescriptibles contre l’Humanité.

Par contre, une petite majorité des dirigeants actuels tentent de gouverner le mieux possible en respectant, peu ou prou, la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Quelque soixante millions de citoyens français dont je fais partie éprouvent ces temps-ci une grande inquiétude. Pour la première fois, depuis la création de votre nation, nous sommes nombreux à nous interroger quant à la nature de votre relation au reste du monde en général, et à la France en particulier.

Est-ce une simple question de style, de forme, d’apparence, ou n’est-ce pas un vrai problème de fond ? Nous aimerions savoir à laquelle des deux catégories de dirigeants vous appartenez. Les Staline & Cie ou bien les dirigeants sains d'esprit ?

Le style que vous avez adopté dès votre investiture est pour le moins déroutant. Nous tentons de le comprendre et de l’excuser en invoquant  votre parachutage dans un milieu très différent de celui d’où vous venez, le monde des affaires. Ceux qui, comme moi méconnaissent ce milieu, ont l’impression que c’est un vaste terrain de jeu, à fonctionnement binaire, fait de vainqueurs et de perdants, un monde parallèle, fictif, sans pitié, dont la loi est : « Vae victis !». Or vous êtes apparemment du côté des vainqueurs, car vous avez l’habitude de gagner par la provocation, par l’outrance. Vous pratiquez une haine de surface, une agression tactique, calculée, efficace qui déstabilise l’adversaire dont les codes sont différents. Mais au fin fond de vous-même, sans doute vous vous sentez bon, humain, le meilleur des hommes et peut-être l’êtes-vous.

Si cette interprétation est juste, elle continue pourtant de nous poser question car est-elle adaptée à une réalité du monde politique qui pourrait vous échapper ? Pourtant dans ce cas nous n’aurions pas lieu à trop nous inquiéter : Vous ne seriez un clone ni de Staline, ni d’Hitler, du moins nous l’espérons.

Mais si votre haine n’est pas un simple jeu, si elle est profonde et viscérale, si elle  vise ceux qui ne votent pas pour vous, parce que, selon vous, ils n’aiment pas la personne que vous êtes et que vous ne supportez pas de ne pas être aimé, alors nous avons des raisons d’être inquiets.  Car, étant donné les puissants moyens de destruction qu’une petite majorité des votants américains vous ont confiés, nous devons redouter une troisième guerre mondiale.

Alors adieu notre belle amitié…

Mais aussi adieu la planète.

Rassurez-moi s’il vous plait.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sincères salutations.

                            Jean-Marie Charron.

 

 

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