Aujourd’hui, le chef de l’état, et donc des armées, se rend à Solenzara. Devant les caméras, il va, martial, bien droit dans ses bottines, le visage fermé, réprimant les grosses farces de potache qu’il lâche lorsqu’il n’est pas en représentation, passer « ses » troupes en revue.Ouf, un peu d’air ! C’est ce que va lui permettre de s’offrir l’armée de l’Air.Il en a bien besoin.Car notre petit homme n’en est pas à une contradiction près. Il va encourager les forces aériennes du Pays à combattre celui que, plantant son chapiteau sur les Champs Elysées, il accueillait hier, chaleureusement, en ami.Or, alors que son gouvernement, dont Fillon, Alliot-Marie, tissait des liens étroits et amicaux avec Moubarak et Ben Ali, il savait très bien que ces dirigeants, tout comme Kadhafi, étaient des tyrans qui exploitaient honteusement leur peuple.Il a fallu que le peuple français dans sa majorité, et la communauté internationale, prennent fait et cause pour ces peuples en révolte pour que Sarkozy retourne sa veste. Ce dernier avait eu la bonne idée de nommer in extrémis un Juppé comme ministre des affaires étrangères, car on aurait mal vu une Alliot-Marie demander à l’ONU de condamner des amis qui lui voulaient tant de bien.Il savait pourtant bien, notre chef d’état, que ces amitiés soigneusement cultivées qui devaient constituées l’ossature de cette union méditerranéenne rêvée le liaient à de tyrans qui exploitaient honteusement leur peuple. Mais ça ne le gênait pas.Ça ne le gênait pas pour deux raisons, je crois :1. Parce que ce mode de gouvernance dictatoriale est celle qu’il considère comme la seule efficace (si c’est lui qui la pratique), celle qu’il essaie d’imposer à la France, tenant en grande mésestime le peuple, et donc la démocratie. Seule une élite, intelligente, douée, fortunée, celle que l’on trouve à Neuilly, bien sûr pas à Grandrange, est capable de diriger un pays. Entretenir une amitié particulière avec ces potentats, tunisiens, égyptiens, libyens, était donc pour Sarkozy naturel.2. Parce que, s’il tient les français pour une masse d’indigents, à combien plus fortes raisons, Sarkozy méprise-t-il les arabes, et notamment les musulmans. Selon Sarkozy, ces barbares incultes et paresseux sont incapables de se gouverner. Ils ne peuvent que s’affronter dans des luttes fratricides. Seul un chef à poigne peut leur imposer une coexistence pacifique.Voici donc que sa visite à Solenzara va permettre aujourd’hui, à ce chef de parti et d’état, de tenter de faire preuve d’un peu de dignité. Des français, et pas n’importe lesquels, des pilotes d’avions de chasse, le rêve de tout garçon, vont se mettre au garde-à-vous devant lui. La preuve qu’il est quelqu’un. Même s’il est désavoué par la majorité des citoyens comme les cantonales semblent l’indiquer, il va essayer de prouver qu’il tient encore debout. Et ce, grâce à son ex-ami Kadhafi ! Le comble !Bien sûr, en profitant de l’impéritie d’un tyran, il trouve encore l’occasion de fanfaronner, mais aussi il se met à dos un pays ami, l’Allemagne. Peut-être d’ailleurs, vu l’urgence, le fallait-il. Mais il faudra bien conclure dignement cette action menée par une coalition, or l’Allemagne propose une solution : faire jouer à la Turquie un rôle d’intermédiaire évitant l’enlisement. Selon les allemands, ce pays, de par son histoire, sa culture, est le mieux placé pour aider les peuples révoltés à se construire démocratiquement.Or il est impossible à Sarkozy d’envisager une telle solution. Avant tout parce qu’il hait les turcs, et ensuite parce qu’ils lui raviraient l’occasion de jouer les chefs ?
Il est grand temps que nous aussi, les français, nous nous débarrassions de notre apprenti tyran.
Billet de blog 22 mars 2011
Un chef désarmé
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.