Je pense n’avoir pas été assez clair concernant mon dernier billet sur la perversion.
J’ai abordé la question en pensant au cas de cet homme qui, vraisemblablement, a assassiné femme et enfants. S’il est le coupable, comme cela apparaît mais demande à être confirmé par l’enquête et une décision judiciaire, le crime est d’autant plus horrible. Dans ce cas, je pense, en tant qu’ancien psychologue clinicien –mais je peux me tromper- que cet homme est l’exemple type du « pervers ». Ce n’est pas une insulte, mais un terme psychiatrique qui définit un trouble profond de la personnalité. Trouble profond, grave, dangereux pour les autres, et, à mon avis, inguérissable.
Il me semble que le film de Stanley Kubrick, « Orange mécanique », mettait en scène un malade de ce type, et une tentative de soins. L’homme s’était fait prendre et les médecins tentaient de le déprogrammer et d’induire un autre type de fonctionnement.
Dans la réalité, peut-être que de telles tentatives existent, je ne suis pas au courant. Mais, à mon avis, provoquer un changement quelconque chez un tel malade ne peut l’être que contre sa volonté, car la personne s’est installée dans un tel confort, au détriment des autres, qu’elle n’a pas du tout envie de changer. Elle n’est accessible à aucun remord, à la moindre culpabilité, à la moindre empathie. Le forfait accompli, elle ne pense qu’à sauver sa peau.De tels malades sont sans doute assez fréquents, mais les statistiques ne peuvent les comptabiliser que dans la mesure où leur nuisance est avérée. Or, comme ils sont très malins, beaucoup s’arrangent pour ne pas être identifiés comme tels. D’autant que leur malfaisance s’exerce en parfaite intégration. Des témoins extérieurs à leur cercle de nocivité ne verront que personnage modèle ou tout au plus quelconque. De quoi leur entourage peut-il se plaindre ?
Ainsi existent des bourreaux, homme ou femme, au sein d’une famille, et dans une entreprise, chef, à petite ou grande responsabilité.
Et je crois que cette pathologie est d’autant plus difficile à nommer, en France, que les malades sont les plus aptes à répondre aux objectifs de rentabilité que prône la Société voulue par Sarkozy, pervers s’il en est.
Ainsi, lorsque j’ai pu lire dans la presse, vers les années 2009, le discours que Didier Lombard, le PDG de France Télécom de l’époque, adressait à ses cadres supérieurs, j’ai été horrifié. Jamais, à ma connaissance, un grand patron n’avait osé exposer publiquement des objectifs aussi terrifiants, inhumains. Ce n’était en aucun cas du délire mais la planification rigoureuse de la mort des employés qui, à ses yeux, plombaient l’entreprise.Et ça a marché, et apparemment, ça marche encore !Voici, avec Didier Lombard, un exemple de perversion qui va sans doute valoir une légion d’honneur à son auteur.
Ce type de malade sévit dans la vie courante et ne peut être neutralisé que si les victimes parviennent à porter plainte.
Or la France s’est vue entraînée par Sarkozy dans un modèle de société bâtie sur un modèle qui fait le bonheur des pervers. Une société divisée en deux : - ceux qui vivent dans l’opulence, qui gagnent toujours plus, mènent une vie agréable, dont les enfants n’ont aucun souci d’avenir.- Ceux qui souffrent d’absence de travail, de se voir assistés, déresponsabilisés, sans aucune maîtrise de leur avenir et de celui de leurs enfants.
La France est donc devenue une société schizophrène : un monde de jouisseurs, et un monde de victimes.La question va bientôt se poser de savoir si l’on veut sortir de ce modèle pervers, ou, pour la grande majorité, continuer à souffrir.