Sans valeur et sans papier, qui suis-je?

Sans la bureaucratie, vous n'existez tout simplement nulle part.Un migrant sans papier est un migrant mort à l'Etat. Mais pas seulement. Il est aussi mort au corps social organisé verticalement.

Sans la bureaucratie, vous n'existez tout simplement nulle part.Un migrant sans papier est un migrant mort à l'Etat. Mais pas seulement. Il est aussi mort au corps social organisé verticalement.

 

Pour être quelqu'un, il faut pouvoir vous évaluer, vous tripoter le curriculum vitae, connaître vos trous, vos faiblesses, vos manquements, vos éventuels contestations sociales et coups de feu anarchistes qui feront alors ne vous un être considéré comme dangereux pour les bureaucrates et les cols blancs.

 

Dans ma vie, je remplis de moins en moins de papiers. Pour échapper à la contrainte d'un monde qui me poursuit d'office pour mes dettes anciennes. Pour échapper aussi à la fatigue d'une société qui vous juge avant même d'avoir étudié le pourquoi du comment. La bureaucratie s'intéresse à votre situation fiscale, à vos dettes, à vos négligences éventuelles. pas à votre personne. La bureaucratie vous éreinte de ses questionnaires, de ses questions indiscrètes, de ses compléments d'information avant toute prestation dites sociales. La bureaucratie vous flingue moralement et même physiquement si par hasard vous n'entrez pas dans la case des potentiels bénéficiaires. Et au contraire, si en plus la bureaucratie trouve que vous n'avez pas agit correctement selon ses propres directives, elle va peut-être vous ficher et vous poursuivre discrètement dans l'ombre.

 

J'ai du abandonner la bureaucratie et me consacrer à ma propre vie pour survivre dans ce monde. Si j'avais suivi la bureaucratie j'aurais sans doute fini SDF, avec un minimum vital qui aurait fait de moi un être zombifié socialement, mort psychiquement et contraint au rôle de marginal sans revenu, vivant au crochet de la société tellement la bureaucratie m'aurait convaincu que j'étais devenu inapte à cette société-là.

 

Je me suis battu seul avec mes idées originales, ma volonté d'écrire ma vie, de lui donner un sens, une histoire, un combat d'anarchiste.

 

Je suis fier de m'être libéré presque totalement de la bureaucratie. Même à la COOP ou à la Migros* je n'ai pas de carte Cumulus ou carte de Fidélité. Je n'ai même pas de carte bancaire et à peine un compte de chèque postal. Je suis mort bureaucratiquement. Mais je suis bien et fort vivant artistiquement. Alors ce choix, s'il a été douloureux et une prise de risque importante par abandon de cette société bureaucratique, a fait de moi un homme libre, un homme fier, un homme courageux qui va de l'avant et qui ne se laisse pas bloquer et anéantir par la bureaucratie.

*La COOP et la Migros sont deux grandes surfaces commerciales établies sur tout le territoire helvétique et qui se dispute le marché alimentaire, vestimentaire, le do it yourself sur notre territoire. Les deux cartes dont je vous cite le nom sont des cartes qui permettent au management d'entreprise de cibler mieux la clientèle, ses goûts, ses couleurs, son pouvoir d'achat personnel... En échange, le client est mieux fidélisé par l'optention de points qui lui permettent d'obtenir des réductions de prix sur des produits promus à cet effet. L'Homme est dans la machine. Il ne reste plus qu^à l'attirer encore davantage vers le point d'achat qui fera le succès plus collossal encore de l'entreprise et détruira autant le petit commerce, le petit indépendant incapale de se maintenir dans le marché. Ne survive que des niches où quelques indépendants tirent encore leur épingle du jeu... Tous les autres individus deviennent des salariés dépendants directements des grands acteurs financiers. La bureaucratie est partout et la liberté de moins en moins visible. Nous sommes bien des consommateurs avant d'être considérés comme des êtres humains. La source du terrorisme peut aussi trouver ses origines dans cette déshumanitation des jeunes qui, sans argent, sans futur, sans travail, trouve plus d'humanité du côté des pires gourous qui les prennent sous leurs ailes que chez les commerciaux qui les prennent pour des pigeons où quantité négligeable en cas d'absence de revenu... A méditer donc sur les chères racines du mal de François Hollande qui les situent bien localiser en Irak, en Syrie, et ailleurs que sur le territoire français pourtant pourvoyeur de jeunes terroristes nationaux...

 

https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/010116/david-graeber-la-bureaucratie-sert-les-interets-des-1?page_article=2

 

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