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Billet de blog 9 janvier 2026

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Le monde, toujours plus immonde ?

Le monde, toujours plus immonde ? Les qualificatifs de la séquence politique que nous traversons, où dans laquelle nous nous installons durablement, si nous voulons être réalistes, sont légions. Une inflation de concepts s’invite et tente d’apporter un éclairage qui se veut toujours plus précis

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Mais en toile de fond, la question reste toujours de savoir s’il s’agit d’une rupture radicale dans la façon de penser et d’agir, ou au contraire une continuité dans l’ordre du monde avec des manifestations subtiles qui ne modifient guère le tableau d’ensemble, mais dans lequel nous nous complaisons par fatalisme.

Néolibéralisme, technoféodalisme, illibéralisme, capitalocène… la liste est loin d’être exhaustive ! Il ne s’agit pas ici de faire un dictionnaire des appellations plus ou moins contrôlées, (quoique le sujet mériterait une plus grande documentation), visant à décrire le plus fidèlement possible ce qui est à l’œuvre, mais de contribuer modestement à la mise à distance de ce qui se déroule dans l’immonde du moment. 

L’accoutumance à l’immonde

Le commentariat et sa mise en scène médiatique obligent à toujours plus d’originalité, de singularité dans le narratif de la situation. Mais cette singularité dont il s’agit ne peut pour autant être radicale, elle doit rester dans l’acceptable, alors qu’il serait nécessaire de sortir des cadres consensuels qui s’imposent à la bien-pensance. 

Ces cadres de la bien-pensance sont des œillères mortifères qui nous enferment dans une appréhension manichéenne de la dynamique à l’œuvre. Que sont ces cadres ?

Certains cadres mainstream relèvent de la morale.
Le monde du bien et celui du mal. Le monde du bien aurait pour synonyme « démocraties occidentales » et le monde du mal serait plus multiforme, de régimes populistes, autoritaires, à dictatures, dressant ainsi une échelle de richter dans l’ignominie. Et la cartographie du bien se réduirait à peau de chagrin, excluant de jours en jours, plus de contrées. Mais un Pays qui se verrait retirer cette vertu peut la reconquérir en agissant au mépris du droit international, devenu la véritable girouette des doubles standards.

Le bien et le mal répondent alors à un simple déclaratif, celui du maître des horloges du moment. Le mal est ainsi désigné, soumis à l’opprobre, il est incarné. Alors que Netanyahou est sous mandat de la cour pénale internationale depuis le 21 novembre 2024, l’occident global le considère toujours comme un interlocuteur fréquentable, Maduro quant à lui est exfiltré et remis aux décisions d’un tribunal fédéral US. L’un défit le droit international, l’autre remet son devenir à un tribunal « provincial ».

Au lieu d’imaginer des formes de coopération avec le Sud Global, paradoxalement plus enclin au respect du droit international, nous affichons notre dépendance, notre soumission à l’occident global, devenu l’axe qui relie le Groenland au cap Horn et qui nous met plus bas que terre.

D’autres cadres relèvent des règles d’or de l’économie, de l’économie « orthodoxe ».

Il y aurait des lois économiques immuables qu’il convient de ne pas enfreindre. Ces dernières appartiennent à la sphère du sacré et sont posées comme des axiomes, évitant ainsi leur confrontation avec le réel. On les reconnaît car elles ont toutes pour finalité et comme point commun, la fin de la solidarité, du service public et permettent dans le même mouvement l’accroissement des inégalités et la marchandisation y compris du vivant. L’Etat est ainsi au service de celles et ceux qui ont fait sécession avec la société civile, et qui contrôlent l’ensemble des déterminants de la puissance, la presse, l’édition, voire même la culture avec leurs puissantes fondations. Au lieu de taxer ces pauvres riches afin qu’ils s’inscrivent au sein de la communauté, on traque le fraudeur du RSA.

Prendre la barre pour changer de cap

Deux chantiers s’imposent alors aux démocrates : désacraliser l’économie pour la soumettre à la délibération, en premier lieu et sortir de la morale pour en revenir aux règles de droit, en second lieu. C’est cette boussole qui devrait agiter la décision politique, en lieu et place des éléments de langage du double standard, des déclarations à courte vue conçues pour séduire ce qui se mal nomme : l’opinion publique, elle, taraudée par les sécessionnistes qui nous dictent ce qu’il convient de dire, de faire ou de ne pas dire ou ne pas faire. 

C’est la fabrique autour de ces deux chantiers qui devraient nous animer, on en est loin. Au lieu de cela, on se noie dans les faux débats, qui fracturent notre communauté laissant ainsi les vrais sujets à enjeux à une technocratie hors sol, non élue vassalisée par les intérêts toujours mieux défendus de la caste des propriétaires, nous contentant ainsi du spectacle auquel nous assistons, impuissants. 

Face à notre échec collectif, celui d’avoir accepté, au principe de leur rationalité, leur mode de pensée, leur morale, et ayant perdu tout sens critique, nous sommes sous emprise. Après les acquis du conseil national de la résistance détricotés, nous cédons du terrain maintenant face aux attaques contre les idéaux du siècle des Lumières. 

Que nous reste-t-il ? Le peuple souverain est nu. Il est un pion qui doit travailler plus, s’en remettre à lui seul en cas d’accidents de la vie, et se contenter de la chance qu’il a. Le monde est à feu et à sang, l’uniforme et la fleur aux fusils deviennent son horizon indépassable.

Faisons preuve d’audace

Car dans la tourmente actuelle, où l’on avait oublié que les USA riment avec impérialisme et ingérence en tous genres, que nos joyaux industriels représentent des garanties pour asseoir notre souveraineté, que notre budget ne doit répondre en aucun cas aux injonctions des marchés financiers qui enrichissent toujours les mêmes en spéculant sur notre effondrement, l’agenda nous échappe. Il est temps de reprendre l’initiative.

Il s’agit de faire l’inventaire de nos conquis sociaux pour les défendre et imaginer d’autres conquêtes répondant aux enjeux de la société. Pour cela, il faut de l’audace et non de la résignation qui pousse à accepter les compromissions mortifères dans lesquelles les gens « sérieux » souhaitent nous attirer. De l’audace, toujours de l’audace.

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