"Un monde nouveau" ? Poisson d’avril !

Le 1er avril 2020, ACDN publiait sur son site cette surprenante nouvelle : Emmanuel Macron renonce à l’arme nucléaire ! Nul observateur un tant soit peu averti de la politique française  n’aura douté qu’il s’agissait d’un poisson d’avril, et même d’un gros poisson. Quasiment une baleine. En fait, pour plagier le locataire de la Maison Blanche, il s’agissait d’une "fake news". Mais une "fake news" qui s’affichait comme telle et qui n’était, par conséquent, ni "fake", ni "news". Une blague, somme toute, bonne ou mauvaise, chacun en jugera.

Il est pourtant des blagues plus vraies qu’un démenti de l’Elysée ou de la Maison Blanche. (Certes.) Pour en dégager la vérité, il faut simplement démêler le vrai du faux, le sérieux de la plaisanterie, la chair et les arêtes. Tentons l’exercice, en commençant par le faux.


Pâquerettes déconfinées et déconfites, jouant au poker leur prochaine contamination radioactive.

Non, le président Macron n’a pas renoncé à l’arme nucléaire. Il n’a jamais rien dit de tel ni fait publier aucun communiqué à ce sujet. Il a dit expressément le contraire. Pour lui, la force de frappe nucléaire, baptisée "force de dissuasion" ou "dissuasion nucléaire", ou "dissuasion" tout court, "reste la clé de voûte de la sécurité de la France. ... la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux" (discours du 7 février 2020 à l’Ecole de guerre).

Non, il ne compte, pas plus aujourd’hui qu’hier, appliquer l’article 6 du TNP, que la France bafoue depuis 28 ans, et que bafouent depuis 50 ans les trois EDAN à l’origine du traité (Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni).

Non, il n’a pas l’intention d’inviter à Paris les chefs des huit autres Etats dotés d’armes nucléaires pour négocier avec eux "l’élimination complète et contrôlée de leurs armes".

Non, il ne suspendra pas les programmes d’armement français, tant nucléaires que conventionnels, et ne fermera pas les usines concernées, ni pendant ni après le confinement.

Non, il ne demandera pas au Parlement de transférer les crédits des armes nucléaires vers d’autres postes budgétaires, pas plus à la Santé qu’à l’Education ou la Sécurité Sociale.

Les 37 milliards d’Euros destinés à renouveler et fignoler nos SNA, SNLE, M51, ASMP-A ("A" comme "Améliorés") resteront réservés à ces chefs d’œuvre de l’intelligence humaine, pour la plus grande gloire de la Science et de la Sagesse Françaises. Le budget de cet armement augmentera de 50 % entre 2019 et 2025. Celui de l’armée atteindra globalement 2% du PIB.

Pour finir, le président Macron n’a pas dit non plus que la production et la livraison d’armes cesseraient, que ce soit aux Emirats Arabes Unis ou n’importe où ailleurs. Grand pacifiste, fondateur en 2018 du Forum de Paris sur la Paix, sponsorisé (ça, c’est vrai) entre autres par ces acteurs de la paix au Yémen que sont les Emirats Arabes Unis, il ne renoncera à rien de rien en matière militaire.

Hélas. D’autant plus que...
Voyons maintenant la part de vérité dans notre poisson d’avril.


Primevères rescapées du coronavirus, bombardées et irradiées après déconfinement. On remarquera que la radioactivité ne se voit pas plus que le coronavirus. A ré-hospitaliser d’urgence (cas "réanimatoires") ou à crématoriser directement (cas "non-réanimatoires"), selon le nombre de lits d’hôpitaux disponibles.

Oui, grâce à notre président visionnaire, la France, c’est-à-dire lui-même, restera capable de faire, avec ses quelque 300 bombes, un milliard de morts - pas moins, pas plus, car telle est notre volonté de "stricte suffisance" qui nous rend si sympathiques à l’étranger. Ce qui fera aussi, par retour du courrier, 67 millions de victimes chez nous. (Ventrebleu ! Mais pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? A moi Racine !)

Grâce à notre président, donc, les Français pourront continuer à se croire à l’abri de la guerre - la vraie, celle où les humains ne s’entraident pas mais s’entretuent - et à cocoriquer.

Toujours grâce à lui, à l’issue de la guerre contre le coronavirus, forcément victorieuse, la France sortira de son confinement pour retrouver le plein emploi. Elle boostera son économie, comme l’Allemagne hitlérienne, en fabriquant des armes qui font déjà d’elle le 3e marchand d’armes du monde, juste après les deux "Grands", et qui lui permettent d’équilibrer sa "balance des paiements". C’est important la balance des paiements. On pourra même exporter des masques en Chine. Et pourquoi pas des hôpitaux clefs en mains, car elle en aura bien besoin le jour où nous la bombarderons.

Et puis, grâce au contrôle des esprits, des corps et des "mobilités", qui aura été officiellement instauré pour contrer le virus et sera devenu comme une seconde nature, "un mal pour un bien", grâce à la vidéosurveillance et au contrôle informatique, au pistage, au traçage, au fichage et au flicage généralisés, la France saura faire face immédiatement à la prochaine attaque bactériologique, celle que ses armes nucléaires n’auront pas réussi à dissuader.

Enfin, comme l’a dit en substance le Président Macron et comme le lui faisait dire notre "fake news" du 1er avril, "le monde de demain ne sera plus jamais comme celui d’hier et d’aujourd’hui".

En effet : il sera pire ! ...Pourquoi ?

Parce que, comme nous l’avons également fait dire à notre président-généralissime et comme il l’a dit lui-même, en substance, au moins deux fois, "nous devons opérer une révision, certes déchirante, mais indispensable, de nos habitudes et de nos priorités, de nos comportements et de nos modes de pensée".

Or, cette révision déchirante, personne ne la fera jamais, surtout pas lui, si nous n’abolissons pas les armes nucléaires et radioactives qui, loin d’être la "clef de voûte" de la "sécurité" de la France, sont la clef de voûte du système de terreur étatique qui organise notre insécurité à tous, France comprise, en faisant de chaque pays porteur du virus atomique l’ennemi mortel de tous les autres. Elles menacent à tout instant de nous précipiter dans l’apocalypse, de faire sauter et de pestiférer la planète. A côté d’elles, le coronavirus n’est que roupie de sansonnet.

Cela, le généralissime Macron, ses conseillers, ses acolytes et ses subordonnés, sont incapables de le comprendre, l’admettre, le vouloir.

Voyez plutôt de quoi le Prince régnant et ses affidés sont capables. Pendant le confinement, ils font tourner à plein régime leurs usines d’armement. Pendant le confinement, ils font encore pire : ils ordonnent à l’armée française de peaufiner une attaque nucléaire.


Ciel de Bretagne, nuit du 31 mars au 1er avril 2020. Opération "Poker". Simulacre d’apocalypse : les Forces Aériennes Stratégiques simulent une frappe atomique sur ordre présidentiel, avec un missile ASMP-A (Air-Sol à Moyenne Portée - Amélioré), 20 fois plus puissant que la bombe "Little Boy" qui annihila Hiroshima le 6 août 1945 .

Sur la photo ci-dessus (que nous avons remplacée par une autre pour respecter le Secret Défense), on distingue notamment un avion-radar AWACS, un gros porteur Phénix, et quatre Rafale. Le porteur du missile se trouve parmi eux, probablement au centre. La tête d’artichaut qu’on ne voit pas est en réalité une tête nucléaire. La population fictivement bombardée qui se trouve juste en-dessous doit être chinoise, car la Chine nous a envoyé un virus, mais pas le milliard de masques que nous lui réclamions pour protéger nos intérêts vitaux. (En plus, les chinois sont jaunes, c’est connu, et communistes, ce qui n’arrange rien.) En fait, la population servant de cible est française et en plein confinement, car les Chinois ne nous permettent pas de faire nos exercices chez eux, on se demande pourquoi. Les pilotes qu’on aperçoit dans leurs cockpits portent des masques antivirus par-dessus leurs masques habituels et respectent scrupuleusement toutes les mesures-barrières. Les Français peuvent être rassurés. Comme on voit, ils sont protégés "tous azimuts".

POISSON D’AVRIL ? PAS DU TOUT ! Cette "partie de Poker" s’est bel et bien jouée au-dessus de la Bretagne dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2020.

En pleine épidémie, la France montre que sa force de frappe est intacte.

Le Phénix en action est un Airbus A 330 MRTT de l’escadron Bretagne, le même ou du même type que celui qui, le 24 mars, transférait, à grand renfort de publicité, des malades du coronavirus de l’hôpital de Mulhouse à ceux de Brest et de Quimper.

Ainsi, un jour on sauve (peut-être) quelques vies, et une semaine plus tard on s’exerce nuitamment à en anéantir des centaines de milliers d’autres, voire des millions. Il est vrai que les victimes du coronavirus étaient françaises tandis que celles de notre bombe ne le seront pas (en principe). Mais dans les deux cas, tout cela se fait avec nos subsides, en notre nom, au nom de la France et des valeurs de la République. Dr Jekyll et Mr Hyde.

Espérons que nos dirigeants parviennent à nous sortir, sans trop allonger la facture et la litanie des morts, de cette crise sanitaire qu’ils n’ont pas vu venir, pas préparée et terriblement mal gérée. Mais ne comptons pas sur eux pour vouloir, sans contrainte, opérer la conversion indispensable si l’on veut bâtir un nouveau monde, plus juste, plus sain, plus raisonnable, un monde pacifique, convivial, fraternel, humain, un monde où il fera bon vivre, bref, un monde sans mégatonnes et sans radioactivité supplémentaire. Car c’est d’un supplément d’âme que ce monde a besoin, pas d’un supplément d’atomes et d’inepties (pour rester polis).

Français, nous faisons bien de nous mobiliser solidairement contre le coronavirus. Tant de générosité, de dévouement et d’invention pourrait préfigurer un autre monde et d’autres relations humaines. Mais ne croyons surtout pas qu’en sortant du confinement nous entrerons dans un monde meilleur, si nous ne faisons pas ce qu’il faut pour l’imposer aux stratèges de malheur, à leurs clones et à leurs successeurs. Ne croyons pas que les bons sentiments suffisent. Nous devons changer radicalement de politique économique, écologique, sociale, mais aussi diplomatique et militaire.

Faisons donc irruption dans le "domaine réservé" du prince consort, et sortons-le de là. Sortons Jupiter de son PC élyséen et envoyons-le à la table de négociations ou bien, s’il s’y refuse, devant un tribunal, Cour Internationale de Justice ou Cour européenne des droits de l’Homme. Exigeons que nos impôts ne servent plus à préparer la guerre mais à bâtir la paix et rendre le monde vivable. Exigeons l’arrêt des ventes d’armes par la France et le démantèlement universel des armes d’extermination, nucléaires, biologiques, chimiques. Nous sommes une immense majorité -85%- à le vouloir. Exigeons donc que la parole nous soit donnée, par un référendum ou autrement, et imposons notre bon sens en ce domaine comme en d’autres. Il conditionne le reste.

Jamais le monde ne changera, sauf pour empirer, si l’on ne s’attaque pas à la racine du mal, au pire des maux : la guerre. Celle que l’on fait, qu’on livre, qu’on subit. Celle qui affame, détruit, mutile, torture, et tue. Celle que l’on prépare sous prétexte de s’en préserver, et qui finit par arriver.

Agissons pour la vie, agissons pour la paix. Agissons quand il en est encore temps. Agissons. Ensemble. Maintenant.

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Voir en ligne : Un référendum pour abolir les armes nucléaires et radioactives

 

 

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