La PMA sans père, une régression civilisationnelle

Par Jean-Marie Matagne, docteur en Philosophie

Le Parlement vient d’adopter une « loi bioéthique » qui étend à toutes les femmes, y compris aux lesbiennes, le droit de se faire médicalement assister (aux frais de la sécurité sociale, donc de tous les contribuables et assurés sociaux, qu’ils le veuillent ou non) pour procréer, c’est-à-dire fabriquer, des enfants ayant deux mères, voire une seule, et pas de père connu ni reconnu avant leurs 18 ans.

Cette « réforme » dite « sociétale » repose sur l’idée que chaque individu a tous les droits - surtout si c’est une femme… Chaque individu… sauf l’enfant. Lesbiennes ou célibataires ont donc, comme les femmes hétérosexuelles, le « droit à l’enfant ». Elles en veulent un ? Très bien, peu importe comment elles vont se le procurer, on va les y aider. L’enfant, une fois né, devra admettre qu’il n’est pas tout à fait « comme les autres », qu’il n’est pas né d’un père et d’une mère, mais seulement d‘une femme ou deux (dont une éventuellement affublée du rôle de père), assistée(s)… d’une banque de sperme.

Que les lesbiennes, ou certaines d’entre elles, ne prennent de plaisir qu’entre femmes et qu’elles répugnent à faire l’amour avec un homme pour atteindre leur but, c’est une affaire d’« orientation sexuelle », c’est leur affaire privée. C’est un droit qu’elles sont libres d’exercer pourvu qu’elles le fassent sans contraindre personne, de même que les homosexuels du « genre » masculin. D’accord.

Mais qu’elles en tirent un droit de procréer à elles seules des enfants, quitte à bafouer la nature, voilà qui n’est guère acceptable. « La nature » ? Eh oui, ça existe. Alors parlons-en.

Hormis quelques espèces animales ou végétales hermaphrodites, la reproduction y est sexuée et se fait par la rencontre de deux éléments distincts, l’un mâle, l’autre femelle. Ou plutôt : l’un féminin, essentiel, et l’autre masculin, accessoire - à en croire le discours politiquement correct du XXIème siècle, qui substitue à la domination patriarcale légitimement honnie celle d’un matriarcat en gestation bien avancée. Les cavaliers farouches font place aux amazones féroces. Est-ce beaucoup mieux ?

Il est vrai que « la nature » produit aussi, dans chaque espèce animale ou presque, des individus plus ou moins nombreux qui ne respectent pas la norme. Ils (ou elles) naissent « homosexuel(le)s ». Eux-mêmes l’affirment : c’est dans leur nature, et ce qui est dans la nature, on n’y peut rien. Soit. Mais alors, comment peuvent-ils exiger le droit d’aller contre la nature lorsque celle-ci ne leur convient pas, et de produire à leur gré des enfants hémi-genrés ?

Notre civilisation était jusqu’à présent fondée (du moins en théorie, à défaut de pratique…) sur le respect des droits fondamentaux de la personne humaine, lesquels étaient censés dériver d’une « nature humaine » supérieure à la différence sexuelle comme à tout particularisme.  A présent il n’y a plus ni « nature », ni même « condition humaine », pour parler comme Sartre. Il n’y a plus qu’une foire aux désirs, où le désir des plus forts (ou des plus fortes) est toujours le meilleur. Sans parler du fric, bien sûr. Désormais tout ce que la technè est capable de faire doit être autorisé. Je désire, donc je suis. Et vous, vous me suivez.

Une évolution sociétale d’une telle importance mériterait d’être soumise à référendum, plutôt que décrétée par un Parlement qui par ailleurs n’hésite pas à voter les crédits de la bombe atomique - bel exemple de schizophrénie technologique. D’un côté on use de la technique pour repousser les limites naturelles de la transmission de la vie ; de l’autre on s’en sert pour développer des armes de massacre et liquider la vie.

La PMA sans père et la bombe atomique : deux beaux sujets de référendum. Car enfin, la vie, la guerre, la mort, ne sont-ils pas à l’origine de la révolte démocratique contre les oligarques athéniens ? Aujourd’hui, nous ne sommes sûrement pas en démocratie, nous sommes tout simplement sous la dictature des lobbies. LGBT compris. Et tant pis si ce lobby-là me traite de réac. Qu'il commence par s'élever contre la bombe atomique, après, on reparlera de son droit « à l'enfant et à la vie ». 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.