Ce soir, j'ai le cœur au bord des lèvres.

Que faire de ces folles journées de sang, d'otages et de violence.

Des morts, cette ivresse ressemblant comme une sœur à la guerre qui fut d'ailleurs évoquée par ci par là. Cette étrange jouissance où cela pleure, où le temps des fleurs perd son poids. Des hommes en noir  lourdement  armés se déplacent comme des scarabées à la poursuite d'assassins, de preneurs d'otages. Spectacle de ses journée de Janvier au ciel bas, soleil froid, banlieues grises d'une désespérance absolue.

Au moins, ma lointaine guerre subie en Algérie avait l'innocence de ma jeunesse et le ciel bleu de la Méditerranée.

Elle est loin cette ambiance de combat fellagha, d'attentats nocturnes, d'égorgement sous le ciel d'Alger la Blanche.

L'oubli l'embellit, la guerre. Demeure ce goût du déchainement au quotidien de la défaite de la vie, du rire, l'accent du bonheur définitivement inaccessible.

Le ciel n'y pourra rien, il ne me dira rien.

La terre ensevelira les cadavres. Les larmes des mères, des femmes et des frères couleront.

Rien ne peut arrêter la geste jouissive des actes guerriers. Ils se sont torturés, découpés, tués jusqu'aux derniers.

 

Alors faute de combattant, las de soutenir cet amoncellement de corps, de larmes, ils ont baissés les bras, les armes achèveront leurs sinistres services.

Alors ils rentreront, panseront leurs plaies, avec de nouvelles frontières, butins dérisoires au regard du sacrifice inouï de tant de vies. Leurs doigts gourds ne pousseront plus la gâchette et la corvée de bois allumera désormais le feu dans la cheminée.

Le goût étrange d'avoir perdu et gagné, perdu et perdu avec pour certains l'enfant de la revanche en germe. Il a torturé et sa fille adore le goût de la haine en souriant.

Les temps ne sont-ils pas venu de parler de cette ère où ils sont venus soumis, tirailleurs sénégalais de Peugeot, goumiers chez Renault construire nos ponts, nos centrales nucléaires ?

Hommes de peu de mémoire, la mort toujours recommencée.

Hommes amnésiques, encore des corps à leurs dieux avides.

Ce soir, j'ai le cœur au bord des lèvres.

 

 

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