Contre l'Etat crépusculaire

Contre la nuit des attentats, l'obscurité des guerres et la myopie des fronts nationaux, éclairons l’État républicain par et dans nos services publiques.

 

Texte écrit avant l'assassinat du prêtre Jacques Hamel.

 

Après les jours de deuil et de réflexion obligatoires, sortons de notre nécessaire méditation !

 

 

CONTRE L'ETAT CREPUSCULAIRE.

 

A qui je m'adresse ?

A tous nos morts depuis des années qui payent le lourd tribu des attentats. Sans compter les blessés à vie. Je dis nos morts car ceux qui déclenchent leurs guerres ne meurent jamais !

Je m'adresse dans le même temps à ceux qui sont précarisés par des emplois provisoires, dans des conditions d'habitats et de transports difficiles, démunis de diplômes et parfois dans des états de santé chancelants.

Enfin, je m'adresse à tout ceux qui de bonne ou mauvaise foi font le choix de soutenir le Front National. En effet, éblouis par de fausses promesses issues d'une clique dont l'histoire récente démontre combien elles ont portés préjudice à ceux même qui ont voté pour eux, ils se retrouvent floués, cocufiés, instrumentalisés.

 

A propos des morts inutiles, nous n'avons pas décidé d'entrer en guerre ni sur les sols étrangers ni sur notre propre territoire.

Nous refusons l'engagement de nos soldats pour des opérations extérieures plus tournées vers des objectifs mercantiles qu'humanitaires. Opérations militaires destinées à faire valoir notre industrie de l’armement comme à montrer les muscles de dirigeants en panne de crédibilité.

Le gouvernement « socialiste » et les va-t-en guerre élus ou non sont désormais comptables des morts de Nice et d'ailleurs.

Jusqu'où allons nous supporter cette violence illégitime de l'Etat ?

 

Nous refusons d'être persécuté par un Ordre Mondial qui pour satisfaire la cupidité d'oligarques français et/ou étrangers détruisent les ressources naturelles, déséquilibrent les peuples, abrègent maintenant la vie de milliards d'êtres humains. Cet Ordre néo-libéral porté par la plupart des notables politiques, des chiens de gardes médiatiques, etc, précarisent nos vies et les rendent incertaines, nous séparent les uns des autres dans le culte de l'éphémère.

 

Nous refusons les propositions du Front National qui reposent sur la peur, la crainte de l’étranger. Désormais c'est « l'Arabe », hier c'était « le Juif » et demain...Le « mauvais  français » ?

Cette colère est détournée au profit d'objectifs bien connus compte tenu de l'histoire des extrêmes droites en France et en Europe. Autoritarisme, éclatement du pacte républicain (Racisme institutionnel sous couvert de « préférence » nationale, renforcement des oligarchies nationales, repliement sur les frontières « historiques », schématisation des complexités politiques, sociales, culturelles... ) rejoignent les objectifs du néo-libéralisme.

Dans notre entourage, nous devons convaincre les électeurs potentiels du F.N. qu'ils font fausse route et que leurs votes engagent plus qu'eux-même.

La peur est mauvaise conseillère.

L'Histoire explique, tempère la colère aussi légitime soit-elle.

 

Une piste de réflexion parmi d'autres...

 

Vous voulez du neuf ?

Les services publiques !

Bon ! J’entends déjà le chœur de nantis ou des fanatiques qui pensent que les services publics sont à mettre à la poubelle de l'Histoire...

Nous utilisons à chaque instant les services publiques. Seuls les privilégiés peuvent s'en passer et encore...

Nous proposons de soutenir, d'exalter les services publics, seul moyen à la fois de resserrer la solidarité, de donner un patrimoine à ceux qui n'en ont pas et de prouver que l’État est proche du citoyen, du contribuable, de chacun d'entre nous.

En rentrant dans sa face obscure, l’État c'est à dire autant les collectivités locales que nationales demeurent invisibles tellement elles sont évidentes.

Mais elles sont peuplés d'agents dévoués parfois désintéressés qui semblent peu à peu gagnés par l'idéologie de la compétition, de l'individualisme (cf. les chiffres en hausse de votants pour le F.N. chez les fonctionnaires!)

 

Soyons clair ! Il ne s'agit pas de rêver d'un État fort.

Les plus vieux d'entre nous ont payé cher pour voir ce qu'est un État tout puissant.

Souhaitons concrètement un État où les citoyens contribuables co-gérerons les rouages principaux de cette République étatisée à venir. Comment peut-on imaginer un État accompagnateur (plutôt que Providence!) sans que ses principaux bailleurs de fonds qui sont aussi ses principaux utilisateurs ne puissent rien dire, rien penser ni agir à propos de son fonctionnement et de ses objectifs ? Les élus pour diverses raisons « oublient » l'importance historique des collectivités publiques, du populaire. A nous de leur rappeler en temps utile !

 

Car nous pensons que, si le Front National, si les morts des attentats, si l'Ordre Néo-libéral, c'est, en partie, que l’État est devenu crépusculaire, ténébreux. Son amoindrissement n'est ni le fruit du hasard ni de son seul fait.

Nous sommes responsables à notre niveau de ce lent dépérissement de notre État de fait. Si celui ci s'éloigne de nous c'est aussi qu'un grand nombre d’entre nous pense, à tort, que le fonctionnaire est un parasite, que payer ses impôts c'est ringard et que l’État doit disparaître.

Nous devons pousser, soutenir une plus grande implication des citoyens-contribuables-usagers aux orientations d'un service du public, au public.

 

Pour une République forte, des services publiques puissants !

Je sais bien que cette proposition, avec d'autres, va rester lettre morte mais c'est ma façon de penser aux morts de Nice, de ne pas vouloir évoquer les prochains et d'éviter le moralisme des vaincus d'avance.

Pour le dire autrement ; contre la nuit des attentats, l'obscurité des guerres et la myopie des fronts nationaux, éclairons l’État républicain par et dans nos services publiques.

 

C'est le bien général, et non l'intérêt particulier, qui fait la puissance d'un État ; et, sans contredit, on n'a vraiment en vue le bien public que dans les républiques.

Nicolas MACHIAVEL. Discours sur la première Décade de Tite-Live.



Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.