A propos de Chavez

Comme suite à un mail reçu par des amis qui me répondaient à un autre mail où je citais l'action de Chavez au Venezuela, je me suis un peu épanché. Il faut dire qu'avec ces ami de 40 ans, nous nous sommes toujours engueulés, et toujours appréciés, et c'est toujours avec plaisir que n ous nous retrouvons. Ce n'est pas toujours facile par contre de s'échanger des analyses sans que nous butions toujours et encore sur nos différents habituels que nous avons du mal à faire apparaître... Bon. Voilà ce que j'ai répondu... 

Bonjour,
Il ne faut pas laisser s'endormir le goût du débat !

Chavez : ce n'était pas un homme politique comme on l'admet en Europe, et je n'en voudrais pas... En Amérique du sud, pas besoin de retracer toute l'Histoire pour se souvenir que ces peuples n'ont eu droit qu'à des dictateurs jusqu'à il n'y a pas si longtemps. Et là où ceux-ci ne règnent plus, les dirigeants élus sont contraints de gouverner sous l’œil acéré des USA qui ne tolèrent pas de dérive « socialiste ». Ainsi, la présidente Bachelet n'a pas fait faire au Chili de pas significatif qui aurait permis de rectifier les choix faits par Pinochet. Le Brésil a fait mieux... jusqu'à quand ? Au Venezuela, Chavez a compris qu'il fallait prendre un chemin résolument en faveur des pauvres, et cela de façon irréversible. Pour ce faire, il fallait échapper au mouvement général qui dans le monde privilégie l'essor des élites et des classes moyennes supérieures et qui se produit toujours au détriment des plus faibles considérés comme des bons- à-rien et des feignants. Son arme a été celle du pétrole. J'ai entendu dire partout qu'il « faisait une erreur » car il s'agit là d'une « économie de rente », c'est à dire que, quand il n'y aura plus de pétrole, le Venezuela rira jaune. L'argument est formidable ! Et les amis du Qatar, du Koweit, de l'Arabie saoudite, que font-ils ? À eux, on n'applique pas le reproche de l'économie de rente ! Bizarre raisonnement, non ? Dans ces pays arabes on utilise à fond les revenus du pétrole pour enrichir les classes dirigeantes qui planque dans le monde les fruits du pillage de leur pays auquel ils se livrent. Et cela est admis dans le monde capitaliste entier, où un dirigeant en faveur des pauvres est un dictateur, alors qu'un dirigeant en faveur des riches est un dirigeant respectable, en tous cas respecté, comme le président chinois que Obama cajolait encore ces jours derniers, ou le prince saoudien qui fait une fête dans les locaux du Sénat en France !

Pour revenir à Chavez, son attitude agressive envers le monde capitaliste est facile à comprendre : il a toujours voulu s'opposer aux USA, par stratégie. Quand il a nationalisé le pétrole, il a inversé la donne : avant, les compagnies étrangères prenaient 80% des revenus du pétrole et en laissaient 20% au Venezuela. Chavez a juste inversé les chiffres. Il a failli ne pas réussir car il a été constamment contesté dans sa fonction alors qu'il a été élu plusieurs fois régulièrement (surveillé par le monde entier) ; des manœuvres et tentatives d'assassinat n'avaient pour but que d'empêcher le Venezuela de se doter durablement de ce système pétrolier favorable au peuple. Quand Chavez soutient la Syrie, c'est du même ordre que les positions belliqueuses de la Corée du Nord (qui maintenant parle de concertation), et cela ressemble même à celles de De Gaulle sur le Cambodge ou sur le Québec. Dans tous ces cas, il s'agit de lutte médiatique contre les USA qui monopolisent tout. Dernière nouvelle : les ricains espionnent le monde entier, ils peuvent avoir connaissance de ce que j'écris ici ! Ce n'est pas de la parano ni de l'anti-américanisme, c'est réel, et celui qui a dévoilé le pot-au-roses est en fuite pour préserver sa peau. On serait en droit de dire qu'un Chavez a fait moins de mal au monde (il n'en a d'ailleurs fait qu'aux riches de son pays et des USA) que Obama. On voit ce qu'il y a de pervers à considérer toujours la personnalité des hommes qui gouvernent (ou des femmes) au lieu de regarder les politiques qu'ils mettent en œuvre. J'ai de la sympathie pour Hollande que je considère comme un homme honnête politiquement, agréable dans la vie, mais cela, de nos jours m'interdit de critiquer sa politique... si je le fais, on considère que « je dis du mal de Hollande ». Voilà une bonne raison de passer à la VIème République qui, comme ses partisans le souhaitent, mettrait fin à cette mascarade qui fait de la politique une scène de télé-réalité.

Au Venezuela, les libertés fondamentales ont toujours été garanties, personne n'a jamais pu le contester sérieusement. Quand le gouvernement de Chavez a fermé deux chaînes de TV, on a entendu des cris d'orfraies partout, pourtant, ces chaînes étaient publiques et ont été fermées pour des raisons autres que de censure. D'ailleurs nous l'avons su par les chaînes privées du Venezuela qui avaient toute liberté de diffuser la nouvelle. Et la récente élection présidentielle ne s'est pas passée plus mal que celle de Bush contre Al Gore, et moins mal que celle du président de l'UMP.

Je n'ai jamais « aimé » Chavez. Mais j'ai trouvé que l'on ne respectait pas les choix des peuples quand ils n'allaient pas dans le sens autorisé par le capitalisme international. Je pense ici à ce pauvre Cuba. Je ne dis pas ce « pauvre Castro », car je ne parle pas de people ni de show-biz mais de politique. Si les USA levaient leur embargo ignoble, ce pays pourrait vivre et échanger librement, et le régime castriste évoluerait forcément à grande vitesse, probablement comme cela s'est produit avec l'URSS. Je répète ici qu'il y a deux poids et deux mesures car Cuba ne mérite pas plus que la Chine communiste d'être sous embargo américain.

Si une affaire comme celle du cadeau de Sarko à Tapie s'était produite au Venezuela, on aurait entendu les commentaires scandalisés sur ce dictateur... D'ailleurs, si je devais comparer Chavez à un politique français, ce serait à Sarko. L'un sacrifiant aux pauvres, l'autre aux riches. Et je ne crois pas que ce soit toujours bon de se situer entre les deux. Quand Sarko tient le manche, il fait tout pour ses copains (et pour cela il a généré le doublement de la dette en 5 ans... et on la rembourse tous !). Ce n'est pas ce que l'on voit actuellement avec Hollande... c'est tout à son honneur, mais cela ne peux servir qu'à sauver un système que la droite sait utiliser au profit exclusif de son camp quand elle est aux affaires.

J'en ai dit beaucoup,mais c'est pour montrer que la personnalité de Chavez pèse peu par rapport aux problèmes de la planète, et aux nôtres en France d'ailleurs.

En conclusion, ma sympathie va à mes amis, à ma famille. Pour la politique, j'évite les bisous. Un gars du Parti de Gauche de Digne me disait dans une conversation qu'il n'avait pas plus confiance en Mélenchon qu'en un autre... Cela paraît choquant quand on est habitué à la pantomime actuelle...Pourtant, les enjeux sont effectivement d'un autre ordre que celui des sentiments envers untel ou untel...

Alors, merci pour cet échange, car en ce moment, à Manosque, nous sommes tristes parce que le copain du PS qui était partant pour la tête de liste des municipales s'est retiré. Il a considéré qu'il n'était pas soutenu suffisamment par les « grands élus ». De tendance Hollande, il était capable, par sa façon de voir, de rassembler ; il a de très bon rapport avec tout ce qui est de gauche ici ; souvent quand je le rencontrais, il ne manquait pas de me rappeler qu'il comptait sur moi. Je lui ai toujours montré qu'il aurait mon soutien malgré mes choix au Front de gauche. Alors, sa décision nous a scié les jambes. Ici, les élus socialistes soutiennent Hollande, mais ils œuvrent surtout pour leurs carrières, et là, leurs voies sont impénétrables ! Et nous sommes assurés de retrouver notre maire UMP qui a toute la sympathie des « grands élus » en question.

Cela ne nous empêchera pas de continuer nos activités mycologiques et botaniques dans une Provence qui ressemble de plus en plus au département de l'Isère en ce qui concerne le climat !

Avec nos amitiés apolitiques et donc sincères...

 

 

 

 

 

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