Parenthèse de gauche et connerie de droite

Thanasis Karteros, billet publié le 03/05/2015 dans le journal de Syriza, I Avgi

Sans doute l'avez-vous compris, mais le scénario de la parenthèse de gauche, qui se joue tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, a un petit problème : Il n'a aucune chance, à moins que la gauche, soumise aux pressions, aux contraintes et à la corruption ne rentre dans le jeu. Ou plus exactement, si la gauche, rentrant dans le moule, ne se laisse pas domestiquer et si elle ne va pas se laver dans le Jourdain du réalisme mémorandaire. C'est-à-dire, en fin de compte, si elle n'efface pas les lignes rouges et ne donne pas son blanc seing à toutes les exigences des Dijsselbloem, Schäuble, Draghi, et du FMI. La joyeuse compagnie des institutions.

Et cela pour trois raisons essentielles. D'abord, Samaras est un homme fini et la Nouvelle Démocratie est dans un triste état. Ensuite Vénizélos est un homme fini et le PASOK est réduit à l'état de particule. En troisième lieu Stavros est trop léger pour que s'engage un travail sérieux avec lui. ils sont même tous en bloc bons pour la décharge, et cela les Tuteurs le savent.. Par conséquent, rien ne se passera sans Syriza. Au minimum sans une bonne partie de Syriza. Un Syriza passé au rabot, à la polisseuse et au vernis, prêt à assumer des responsabiltés, comme le font les gens responsables.

D'un certain point de vue, on pourrait croire à une plaisanterie, mais Syriza est aujourd'hui le seul pilier de la stabilité. La seule force à avoir un soutien, une approbation, des cadres frais, des liens avec la société. Et Tsipras. Donc, suivez-moi : il leur faut changer Syriza pour se débarrasser de Syriza! C'est fou, non ? Est-il possible que des autorités sérieuses se montrent aussi niaises ? Qu'ils fondent des espoirs sur de tels bobards ? Qu'ils ne comprennent ni ce qu'est vraiment la Grèce, ni ce qu'est Syriza. Qu'ils investissent de l'argent, de la propagande et Jeroen dans une telle mascarade ?

C'est pourtant la réalité. Parce qu'ils n'ont pas d'autre solution. Ils ont épuisé les partis et les personnalités qu'ils ont utilisés. De sortes qu'elles peuvent avoir leur utilité pour insulter le nouveau gouvernement à longueur de journée, comme des créatures qui, après avoir vieilli dans le péché, haïssent la jeunesse. Mais pour gouverner ? Ca ne peut arriver que dans les fantasmes nocturnes de Vénizélos. Donc, ils ont besoin d'un certain Syriza. Un peu à gauche, un peu à droite, un peu corrompu, un peu aux ordres, un peu rangé. Avec une petite onction d'union nationale. Et à nous la bonne vie, et une meilleure encore pour les créanciers.

S'il vous plait, ne vous en prenez pas au facteur. Nous parlons d'un plan élaboré par d'importants cercles étrangers, qui collaborent avec d'importants cercles à l'intérieur. Ils ne le cachent pas d'ailleurs. Des publications sérieuses en donnent de très sérieuses analyses. Et riez tant qu'il vous plaira, mais ne les sous-estimez pas. Non pas parce que toutes ces inepties n'en seraient pas. Mais parce que c'est un peu dans cet état d'esprit qu'ils négocient tout en utilisant le chantage. Et quand l'ignorance rencontre le parti pris, on ne peut pas écarter un grand boum.


Note du traducteur

La parenthèse de gauche est le rêve ressassé par les dirigeants de l'opposition et les analystes d'une presse très majoritairement à droite. L'expression lignes rouges est systématiquement mise en avant par Syriza lorsqu'il s'agit, dans les négociations, de marquer le refus des nouvelles mesures d'austérité exigées par les institutions européennes.

Les billets d’humeur de Thanasis Karteros sont publiés dans le journal de Syriza,

http://www.avgi.gr/article/5508652/aristeri-parenthesi-kai-dexia-blakeia

 Mes remerciements à Panaghiotis Toumas, http://www.lexi-logos.gr

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