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Billet de blog 27 janvier 2026

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Aujourd’hui, c’est Brandt. Et Demain… ?

A l’attention de toutes celles et ceux qui militent pour une renaissance de l’industrie Française

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’ai appris avec tristesse la mise en liquidation du Groupe Brandt le 11 juillet dernier par décision du Tribunal des activités économiques de Nanterre. A noter qu’il s’agit du dernier industriel français producteur de gros électroménager. Une décision à mon sens brutale et trop rapide, sans qu’il ait été possible de préparer et de mettre en œuvre une ou plusieurs solutions de rechange. Ceci d’autant plus qu’il manquerait environ 8 M € pour amorcer un redémarrage.

On sait que les solutions de reprise d’une entreprise en difficulté par ses salariés ne sont pas en odeur de sainteté par les pouvoirs en place et les milieux patronaux, ce qui constitue une hypothèse plausible à cette décision. Cependant, il est prouvé que cette option de reprise est couronnée de succès dans de nombreux cas de figure. Quelques exemples : Panaget (parquets), Duralex (verres incassables), Pocheco (enveloppes de lettres) et bien d’autres

Autre argument avancé : il s’agit d’un « canard boiteux » comme beaucoup d’autres et on perd son temps et son argent à vouloir sauver cette entreprise.

Or, cette liquidation préfigure la mise au chômage de 700 personnes en production, soit près de 1000 en comptant l’administratif, les fournisseurs et la sous-traitance. Elle peut en outre créer des difficultés avec la société algérienne CEVITAL, associée de Brandt dans la production des lave-linges de marque « Vedette ». On notera enfin qu’une grande partie des filières « grand public » restent, ‘elles aussi, sous la menace d’une disparition dans la mesure où elles doivent faire face à une concurrence déloyale de la part entre autres des pays du sud-est asiatique dont la Chine. Cette disparition préfigure la poursuite d’un désert français et l’agonie du tissu rural face à l’hypertrophie des grandes structures.

Alors, faut-il rester les bras croisés et faire semblant de se désoler ou bien réagir ? A mon sens, le cas Brandt est bien entendu critique, mais non désespéré. Des solutions existent. Je les ai développées dans un ouvrage dont une partie est dédiée à l’analyse de nombreuses filières industrielles. 

En premier lieu, il’ s’agit de remettre en cause le jugement du Tribunal et d’apporter à Brandt la possibilité d’un redémarrage. Or, il existe des fonds structurels européens, dont les FEDER (Fonds Européen de Développement Régional) dont l’objectif est d’investir dans les projets de ce type. Il est nécessaire de rendre accessible à ces coopératives les fonds structurels de l’Union européenne, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. L’autre cause externe de la mise en faillite du groupe Brandt, c’est la situation commerciale de l’entreprise et de nombreuses autres face au contexte international. Personne n’ignore le déficit abyssal de la France face à ses partenaires commerciaux. A savoir, près de 50 G€ face à la Chine, déficit important face à nos partenaires européens, dont l’Allemagne. Il s’agit pour la France, et je l’ai amplement développé dans mon ouvrage, de rétablir un « protectionnisme » stratégique, en particulier face à la Chine qui impose sans vergogne un dumping sur l’ensemble de nos filières. Il s’agira d’un protectionnisme parfaitement ciblé :

  • Ecologique : taxer en conséquence les produits non éco-conçus, valoriser les labels d’éco-conception
  • Stratégique : protéger les start-up innovantes (et nous avons un large choix en France),
  • Social ou sociétal : refuser les produits élaborés par les entreprises faisant appel à du travail forcé.

D’où la nécessité pour l’entreprise d’adopter une démarche d’éco-conception caractérisée par l’obtention de l’Eco Label Européen afin de se démarquer de la concurrence internationale, voire européenne, dont une partie non négligeable ne respecte pas ces normes. Deux exemples à suivre : Schmidt, 1er fabricant de cuisines en France, précurseur de la norme « NF Environnement Ameublement » et le groupe Fournier, qui a obtenu l’Eco Label européen.

En second lieu, il s’agit, dans le cadre d’un audit, de mettre en œuvre toutes les conditions d’une remise en route efficiente. D’où quelques suggestions, parmi d’autres susceptibles d’être le cas échéant, prises en compte :

  • Disposer à terme d’un réseau de distribution autonome, car indépendant des pressions de la grande distribution,
  • Mettre en oeuvre un SAV à l’écoute permanente du client,
  • Inciter les français à choisir le « made in France. Mais pour cela, il faut être connu par le consommateur, d’où la nécessité de communiquer dans les médias et sur les réseaux pour valoriser la notion de circuit court et les « plus » du « made in France » par rapport à la concurrence ». Il s’agit, entre autres, de persuader les français de privilégier les entreprises françaises, une sorte d’acte de résistance industriel et commercial en quelque sorte ».
  • Veiller ne pas multiplier le nombre de modèles, défaut parfois inhérent aux structures « grand public », syndrome d’une gestion onéreuse de produits finis et d’une multiplication de coûts inutiles

A titre d’exemple ; il existe une société qui a vu le jour en 2015 et est en passe de réussir son pari. Il s’agit du groupe SFIT (METAVISIO). Il a créé la marque Thomson Computing dédiée à la conception et la fabrication d’ordinateurs PC de tous types Un configurateur a été créé et implanté chez ses distributeurs en liaison avec le centre de montage. Ce configurateur permet de répondre en huit jours ouvrés à n’importe quelle demande. Deux fabricants de cycles « haut de gamme » ont également adopté cette démarche.

En conclusion, j’ai tenté d‘élaborer une marche à suivre pour limiter l’hémorragie actuelle.

Est-ce que cela vous parle ?

Est-ce qu’il vous semble que cela soit possible ?

Moi, j’y crois et c’est pour cela, entre autres, que j’ai écrit mon livre que j’ai appelé « manifeste d’un citoyen engagé »

L’auteur de ce texte

Jean MELEUX

Ingénieur des Arts et Métiers

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.