Catastrophes en série : dans quel monde décidons-nous de vivre-?

Article paru dans le numéro 48 de la lettre [alerte] JM Bérard21 avril 2010

http://alerte.entre-soi.info/

 

Séismes en Haïti, au Chili, en Chine, inondations et victimes en Vendée, éruption d'un volcan et annulation de milliers de décollage d'avions...

 

Rassurez-vous, je ne pense pas que Dieu punisse Sodome et Gomorrhe pour leurs péchés, et je ne pense pas non plus, comme tel ayatollah iranien, que cela est du aux tenues impudiques des femmes.

 

Il demeure que les conséquences de beaucoup de ces phénomènes devraient conduire à s'interroger sur le fonctionnement de la société, en allant au delà de la critique facile et commode du rôle des experts, et au delà du simple bilan des coûts et des demandes d'indemnisation.

 

Éruption d'un volcan, émission d'un nuage de fumée. Devant un phénomène qui n'a pas vraiment de précédent, les experts conseillent de suspendre les vols. Qu'aurait-on dit, si un airbus de 500 passagers s'était écrasé ? Et puis voilà, trois jours après, les différents secteurs économiques concernés font leurs comptes, constatent que tout cela est bien coûteux, et commencent une campagne visant à discréditer les experts, campagne accompagnée bien sûr d'une demande de dédommagements en direction des gouvernements. C'est bizarre, l'industrie aéronautique ou l'industrie du tourisme n'ont jamais proposé de verser de l'argent aux gouvernements lorsque les affaires vont bien. Comme à l'habitude, profits pour le privé, risques pour le public.

 

Au lieu de discréditer les experts, ne devrait-on s'interroger sur la fragilité de notre société mondialisée, et se demander si là n'est pas la source des problèmes.

 

Mis à part Le Monde et Mediapart, je n'ai pas entendu de réflexion sur une société folle, où les cadres des entreprises ont besoin de faire l'aller et retour dans la journée à Madrid ou ailleurs pour une réunion de deux heures, où l'on fait venir les fraises d'Argentine en hiver, où les touristes genre Club Med envahissent et détruisent le monde en ne connaissant des autochtones que le sourire des serveurs pauvres qui garnissent des buffets surabondants, et où les entreprises travaillent à flux tendu, pour économiser la gestion des stocks, ce qui fait qu'au moindre problème de transport elles sont en chômage technique.

Deux catastrophes signalées par les média : la récolte d'huitres de Arcachon a été en partie perdue parce qu'on n'a pas pu l'envoyer pour le lendemain en Asie. Je pense effectivement que les paysans chinois n'y survivront pas. Quant-à l'équipe de l'émission de France Inter «Le fou du roi », elle est, avec son responsable Stéphane Bern, restée en perdition trois jours à Athènes. Dur métier. (Bon, d'accord, je pense qu'il y avait de l'humour dans leurs plaintes.) Le ministre Éric Besson, lui, n'a pas pu, pendant trois jours, renvoyer par charter des réfugiés Afghan. Que de drames.

Extrait d'un article de Hervé Kempf, Le Monde daté du 27 avril, à propos des touristes bloqués un peu partout : « Et puis s'agit-il de voyages ou de déplacements ? On m'a cité des tas de personnes empêchées de s'envoler vers l'Éthiopie, où elles devaient marcher quinze jours. N'y a-t-il pas quelque chose d'absurde à aller marcher 15 jours en Éthiopie ? « Oh, c'était si beau, et le contact avec la nature... On se désaltérait d'une simple gourde d'eau en contemplant le coucher du soleil. On retrouve les vraies valeurs, tu sais » 1,5 tonne de gaz carbonique l'aller et retour [qui plus est dans un pays où les habitants sont misérables, note de JM B]. Nous ne voyageons plus, nous consommons de l'éloignement. Le vrai voyage est lent, et les voyageurs sont ceux pour qui la route est une aventure, un danger et un espoir. Aujourd'hui, ce sont les travailleurs migrants […]

 

JM Bérard le 21 avril 2010

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