L'identité néo-calédonienne

A travers l'existentialisme de Jean-Paul Sartre

 

La Nouvelle-Calédonie éprouve la difficulté de se projeter dans un « destin commun »  sans « moi commun », l'identité néo-calédonienne étant en devenir. Son essence 1 se construit progressivement 2. Au stade embryonnaire, elle est le choix d'autrui ( ici des institutions). Or de fil en aiguille elle s'affirmera, par la société civile, qui la façonnera. De plus, pour Sartre « l'existence, précède l'essence », du fait que l'homme existe d'abord, et doit ensuite inventé sa nature, son identité 3. Cette île a entamé le chemin de la décolonisation, malgré ce processus, la reconnaissance du peuple premier n'est pas tout à fait acquise. Ce constat s'inscrit dans une tendance globale, qui tarde à rendre aux sociétés vernaculaires, le droit ainsi que le respect, qui leur est due 4.

 

En l'état actuel des choses, l'identité néo-calédonienne sert de « soubassement politique », hormis que son essence se manifeste sous une forme d'altruisme 5. Selon Sartre nous, nous construisons grâce à autrui. Notre liberté, s'articule via la liberté d'autrui, sans celle-ci, il ne peut y avoir de liberté du soi 6 . Tout comme la morale du conte amérindien emblématique du mouvement le colibri, mené par Pierre Rabhi, n'est pas de faire sa part, mais de ne jamais faire seul. La finalité n'est donc pas d'être libre, mais d'être libre ensemble. En ce sens, l'identité néo-calédonienne ne peut s'ériger sans l'autre, telle une démarche d'altérité, se reconnaissant une essence multiculturelle 7. Or de nos jours le système capitaliste tire profit de la concurrence entre individus, desservant ainsi le « vivre-ensemble », via les inégalités, qui y sévissent. L'allusion à la pensée sartrienne est à comprendre ici, comme une forme d'empowerment social, une réappropriation par l'homme du politique et de l'économique, en son sens originelle, qui est celui tiré du terme grec oikonomia ( gestion de la maisonnée ). D'après la critique marxiste, l'existentialisme sartrien est un individualisme, cependant la notion d'intersubjectivité qui y est induit, nous laisse entrevoir une forme de praxis. D'où l'action individuelle, peut aboutir sur des actions collectives, du fait que l'action sociale découle de l’interaction entre individus, composant le collectif, dont lequel, elle est réfléchie. Néanmoins cette pensée promeut une vision radicale de la liberté comme émancipatrice, en obombrant un tant soi peu les déterminismes qui feraient obstacle à sa pleine expression. A ce titre ces déterminismes revêtent aujourd'hui une forme d'intersectionnalité 8D'après Sartre «  l'homme est seul législateur de lui même ». C'est en quoi, l'existentialisme est un humanisme, car l'humanisme est un dépassement, une transcendance, puisque l'homme en cherchant à se définir modèle l'humanité, tel qu'il voudrait, qu'elle soit. Faisant écho aux propos de Benoite Groul « le féminisme est un humanisme », c'est à dire la promesse d'une meilleure humanité, par la reconnaissance de l'autre. Un humanisme universelle, qui traverse les scissions du monde, en construisant ensemble une « commune humanité » 9.

 

L'identité néo-calédonienne 10 doit donc s'inscrire dans la pluralité du monde, qui la précède, non pas par chauvinisme, mais plutôt pour honoré la mémoire de la «  commune humanité », qui jusqu'ici souffre d'une interprétation unilatérale.

 

 

 

1 L'essence d'une chose c'est sa nature, qui fait ce qu'elle est. L'existence c'est le fait d'exister dans un contexte précis.

2 Les référendums pour l'accès ou non à l'indépendance, l'après nickel, etc...

3 Celle d'être à la fois français, mais avant tout « calédonienne », voir « kanak ».

4 Que ça soit le site Uluru en Australie, le site Mauna Kea à Hawaii sans parler des différentes tribus amazoniennes., le droit à la différence des indigènes est constamment bafoué.

5 Puisqu' importe les strates sociales, des calédonien(nnes) ont fait un « geste » quant à la difficulté de certains, face à des situations dramatiques.Cela va s'en dire que cette identité s'appuie sur un réseau de solidarité, qui nous laisse à croire que malgré les différences. Les « enfants du pays » peuvent compter sur celui-ci, qui se refuserait à fermer les yeux quant aux difficultés, qui incombent à certaines familles.

6 Ce point insiste donc sur l'intersubjectivité, rejoignant les propos d' Hegel, quant à notre responsabilité vis à vis de l'autre «  notre liberté s'arrête la, ou commence celle des autres ».

7 Compte tenu de quoi cette poly-appartenance des individus n'est en rien un obstacle au vivre-ensemble. Si on considère le fait que certaines ethnies, qui composent cet archipel, ont auparavant déjà, été en contact. Etant donné que les océaniens sont les premiers navigateurs, et une des premières civilisation au monde.

8 Des discriminations propres à la classe, à la race, au sexe.

9 Se détachant ainsi d'une vision de l'humanité, liée à la prépondérance occidentale, via l'assimilation, engendré par la pensée unique.

10 Encore que ce projet politique de vivre-ensemble, est un  « coup d'épée dans l'eau ». Il suppose une égalité de droit, tandis qu'il peine à établir une réelle égalité des chances.

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