Jean Michel GUIART
Doctorant en sciences sociales
Abonné·e de Mediapart

297 Billets

0 Édition

Billet de blog 6 janv. 2022

Rester français ? Issue référendaire en Kanaky Nouvelle-Calédonie II

Jean Michel GUIART
Doctorant en sciences sociales
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une parentalité politique française pas encore digérée pour certains


Récemment en Kanaky-Nouvelle-Caledonie a pris fin la série référendaire d'accès à l'indépendance. Le boycott du peuple premier du dernier référendum, a laissé le champ libre aux voix du non à l'indépendance. Les indépendantistes ont jugé nécessaire de reporter le dernier référendum dû à la recrudescence de la pandémie impactant la communauté mélanésienne tout comme l'ensemble de l'île (hausse des cas, hausse de la mortalité). Mais la France n'a pas répondu favorablement à cette requête elle qui a insidieusement avancé la date du dernier référendum. Le deuil comme toute autre cérémonie de la société mélanésienne requiert du temps pour que la coutume prenne tout son sens, collectif. La situation paraît cocasse de demander à un marchand d'armes du temps pour faire son deuil. La France n'est pas une blanche colombe. Elle fut mise en cause dans le génocide Hutu contre Tutsi. Elle est aussi responsable de la propagation du chlordécone dans les antilles française, sans évoquer la gestion calamiteuse du covid dans l'hexagone qui a eu certaines conséquences (suppression de lits, pas de blouses pour le corps médical, pas de tests, pas de gels, pas de masques, pas assez de frigidaires pour garder les vaccins, etc.). Un autre indépendantiste du Pacifique a fait les frais de la France, en la personne d'Oscar Temaru à qui les avoirs ont été gelés, via des agences d'états interposées peut-être en rapport avec le fait qu'il veut porter plainte contre l'hexagone pour crime contre l'Humanité par rapport aux essais nucléaires en Polynésie.


Emmanuel Macron apparaît lui-même comme un président illégitime, dû à la forte abstention, lors des dernières élections présidentielles françaises. S'en suit une abstention massive aux dernières élections municipales, en juin 2020. La légitimité du gouvernement français actuel semble compromise, par une démocratie sans électeurs. On voit mal la France interférée en faveur des indépendantistes quant à leur souhait de délégitimer le dernier référendum. Du fait que la métropole a tout intérêt à garder cet archipel, sous son joug. Expliqué notamment par des zones maritimes assurant à la France une position stratégique non-négligeable sans parler des ressources minières propres à l'archipel.


Ajouté à cela l'historicité singulière qui caractérise la relation de la métropole avec le référendum. Cette consultation citoyenne représente pour la classe politique française une potentielle menace. Si on tient compte de celui du 27 avril 1969 qui témoigna de la démission du Général De Gaulle le 28 avril 1969. Mais aussi celle tenue, le 29 mai 2005, « pour ou contre le fait d'instituer une Constitution européenne » (le Traité de Rome signé un an plus tôt), dont la majorité des Français ont voté contre, dont le vote n'a pas été respecté. De plus, le souhait des gilets jaunes de mettre en place le Référendum d'Initiative Citoyenne, n'a visiblement pas été pris en compte par le gouvernement. Sans oublier la proposition d'Emmanuel Macron, d'organiser un référendum sur la question climatique qui semble vaine.

Mise à part les commodités administratives (passeport, diplômes, etc.) liées au fait de rester français, la vision que les insulaires ne sauraient évoluer sans la France demeure. Causé en partie par les grabuges de part et d'autres autour du projet de reprise de l'usine de Vale (l'usine pays) qui font que la projection d'un avenir serein paraît mal engagée. La société néo-calédonienne s'étrangle, avec le cordon ombilical français, peine à faire naître son identité. La France souhaite donner naissance à cette identité au forceps. En cajolant ceux dont la défiance envers l'indépendance kanak reste grande quitte à invisibiliser la cause indépendantiste par effets d'annonces paternaliste. L'hexagone redore son image de bon samaritain, en volant à la rescousse de cette île victime vraisemblablement de sa pensée sauvage qui tapit dans l'ombre attend d'assouvir ses pulsions meurtrières ancestrales. Tout en agitant l'ombre de l'ogre chinois qui parait-il frétille à l'idée de croquer cet archipel en forme de nem. À croire que la barrière de corail n'est pas assez solide pour repousser les attaques quasi-incessantes des nouveaux Mongols du XXI ème siècle, à savoir les chinois. Dieu merci le ministre de l'Outre Mer s'empresse de venir sur son cheval blanc, gonfler ses stats en Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Tandis que les Antilles françaises sont à feu et à sang, mais le ministre répond à cette détresse sociale par la répression.


Le fait de rester français ne doit pas cautionner un orgueil occidental de prétendre avoir éclairé le monde qui sous couvert d'affiliation historique vise à re-situer les subalternes dans une place établit lors du temps colonial. Rester français très bien, mais que signifie « être français » ? Si on constate qu'à l'approche d'élections présidentielles l'hexagone se triture avec la question de l'identité nationale, dans une trance identitaire entraînés par des prophètes de l'apocalypse.Un néo-fascisme véhiculé sur toutes les chaînes prophétise un choc des civilisations pour exister politiquement.Micros ouverts cette aristocratie s'auto-congratule anti-système via une démagogie florissante, arrosée par des détenteurs de médias qui se comptent désormais plus que sur les doigts d'une main. La métropole se fourvoie sur sa gestion du pluralisme. Un droit à la différence garantit désormais par les institutions supra-nationales, entre autres européennes. C'est pourquoi au regard de la gestion du pluralisme en France, il y a de quoi être sceptique quant à l'épanouissement d'une identité calédonienne et/ou kanak sous l'aile française. Car la France a tendance à considérer ses sous-groupes nationaux (dont font partie les Français de seconde zone, les noirs et les arabes) à travers le communautarisme autrement que par la discrimination. Par moments, toutefois, l'hexagone agrémente la différence par le biais d'un clientélisme électoral. Mais encore les minorités dans un imaginaire collectif semble t-il de plus en plus, démagogue ne participent à la gloire de la nation que par de significatives performances lors de compétitions sportives internationales.


Suite à quoi les élections présidentielles françaises s'appréhendent comme concours de haine envers les minorités via une droitisation du discours politique qui sonne aux portes pour vendre un calendrier, avec le nom de saint (e)s faisant les beaux-jours de la théorie du grand remplacement. Sous couvert d'assimilation/intégration, l'identité nationale permet aux ethnonationalistes d'imposer à qui bon leur semble, une hégémonie culturelle. Autrement dit battre le fer pendant qu'il est encore chauffé par les penchants réactionnaires. Pour marquer par une main de maître ceux dont les origines renvoient aux colonies. Fort d'une théorie du grand remplacement qui perçoit le monde en sous-ensembles peu ou pas défini. 

Tout cela sans considérer une poly-apartenance des individus, car la mondialisation n'est pas un processus unilatéral. Les identités et les cultures à tort ou à raison se mélangent, évoluent en phase avec le réel. Prêcher l'inverse revient à fantasmer une identité nationale comme immuable. Alors que le communautarisme/séparatisme se justifie avant-tout par des critères économiques qui plus est dans un système capitaliste où l'argent est roi. 


Un modèle de société qui reste à construire


Le processus de décolonisation entamé par la Kanaky-Nouvelle-Calédonie paraît englué, dans le marasme institutionnel. Un bourbier qui trouve ses origines dans les accords Matignon et de Nouméa enfermant le destin du «  caillou » ( le surnom de la Kanaky Nouvelle-Calédonie), dans une optique d'essor d'infrastructures via les transferts de compétences. Une perception marxiste cherchant à développer des infrastructures, comme forces productives comme rapports de production tel le socle matériel de la société néo-calédonienne. Au point que la classe politique concernée parait bloquée dans une vision passéiste du modèle industriel, comme unique chemin salutaire, mis en perspective par la théorie du ruissellement. Si ce n'est qu'elle s'accroche au modèle industriel tel le junkie à l’héroïne. Si on considère les externalités négatives que sont la pollution des sols, des rivières du lagon des montagnes saignées tout cela pour accéder à la société de consommation.


La question écologique sur cette île est écartée du débat politique locale. À l'image de sa jeunesse qu'on incite à partir étudier à l'étranger pour réussir sa vie et construire le pays. Quand celle-ci revient, elle est en compétition avec les expatriés et les locaux restés au pays qui ont un réseau politique/sociale conséquent. Parallèlement la loi sur l'emploi local n'apparaît pas si contraignante les calédoniens sont alors « challengés par les autres » challengés par une société néo-calédonienne de plus en plus phagocyté. Par ceux qui viennent chercher un meilleur statut social qui leurs est inaccessibles dans leur hexagone natal.


Mais encore la hausse de la délinquance et des inégalités fait le jeu de la droite locale pour diffuser ses slogans sécuritaires, et d'une gauche qui dénonce une racialisation de la figure de l'autre comme source d'exclusion de certaines strates sociales. À ce propos, la dépénalisation/légalisation permettrait de lutter contre les inégalités sans parler de l'usage médical reconnu, et constituerait une manne financière intéressante pour renflouer le service public. D'après Ivana Obradovic «  Les revenus fiscaux générés par la légalisation du cannabis ont été fléchés sur des programmes d’intérêt public. Dans les textes de réforme votés au Colorado, dans l’Oregon, le Nevada ou le Massachusetts, le produit fiscal est principalement affecté au secteur éducatif (construction d’écoles, bourses d’étude.(...) L’Oregon est l’État qui a le plus précisément fléché ces nouvelles recettes fiscales : 40 % pour la construction et la rénovation des écoles, 25 % pour les programmes de prise en charge des addictions et la prévention des dépendances, 15 % pour les services de police, 10 % pour les municipalités et 10 % pour les comtés. » 1. Cependant en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, les élus préfèrent raser des montagnes que parler de dépénalisation/légalisation du cannabis.

1Note n° 2020-4, La légalisation du cannabis aux États-Unis Modèles de régulation et premier bilan (2ème mise à jour de la note publiée en mars 2017 et actualisée en juin 2019) Paris, Octobre 2020


C'est pourquoi ces référendums sont une diversion des vrais problèmes, ils servent à poser les jalons d'une domination comme autant de stigmates sur les minorités par voie démocratique. Cet outil bien que démocratique n'est pas ou peu accessible pour le commun des mortels, par sa finalité institutionnelle, donc élitiste. Ces consultations, sont des mesures pour attiser les foules en tirant sur la corde de l'affect de la peur et non constituer le peuple. Car l'avenir institutionnel de l'île, se construira sans, ou contre le peuple. Car du haut de la tour d'ivoire que l'on nomme institution. Cette dernière permet aux élus de soi-disant défendre le peuple tout en baignant dans les privilèges liés à leurs fonctions celles qui consiste à avoir plus ou moins de talent à duper la plèbe. Au regard d'une rivalité politique prenant en otage l'ensemble de l'île. Une binarité permettant à des élus bien assis dans leurs fauteuils de prospérer au détriment d'une jeunesse qui peine à exister politiquement. Il ne tient qu'à cette jeunesse de tuer ses pères, tuer le capitalisme patriarcal. Car au risque de décevoir les médisants et les sceptiques une des heureuses projections de l'humanité pour sortir des abysses du capitalisme ne sauraient se dispenser d'une réappropriation du des communs, dans la continuité des propos de Thomas Sankara pour qui « la révolution commence d'abord par ce qui l'y a dans l'assiette ».

Une réappropriation des communs révolutionnaire


 " Il ne faut pas lier un navire à une seule ancre, ni une vie à un seul espoir. "   

Epictète, repris par Blaise Pascal


Le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS) a pour vocation d'incarner un parti révolutionnaire. C'est-à-dire constituer un rempart contre l'impérialisme économique. Pourtant, ce parti reproduit le même modèle d'oppression qu'il prétend combattre. Au regard de l'instrumentalisation de la question environnementale lors de slogans scandés à titre d'exemple lors du projet de reprise de l'usine pays. Les paroles données en faveur de l'environnement ont l'air d'être tombé dans l'oubli d'actes, de gestes fort envers les générations futures. Non sans rappeler une citation de Voltaire qui insinue que « quand il s'agit d'argent, tout le monde est de la même religion ».
Les élus indépendantistes se sont calqués sur le modèle industriel pour favoriser l'émancipation sous couvert de bonne gouvernance. Sans développer d'alternatives permettant d'assurer une transition entre société traditionnelle et moderne qui ne se veut pas brutale. Mise à part les projets de pépinières, de coopératives de santal ou autres exploitations de café qui ont un certain succès. Le champ des possibles reste vaste. Pourquoi pas mettre en place un label « trib's » pour valoriser le savoir faire traditionnelle agricole des tribus, et aussi organiser la pharmacopée traditionnelle kanak/océanienne sous forme de coopérative de femmes. Finissons-en avec les sacs plastiques via la vente de paniers tressés en feuille de cocotier ou autres, vendus devant les grandes enseignes par des associations de femmes. Mais encore reproduire l'initiative qu'on a pu observer au Cameroun, les Mutuelles de Croissance Communautaires du panafricain Paul Fokam. Cela revient à proposer des microcrédits prenant en compte l'aspect culturel dans les villages, on peut y déposer une relique traditionnelle comme garantie afin d'accéder à un petit crédit pour acheter un terrain ou des outils pour pouvoir exercer une activité agraire.
L'accent est mis ici sur l'aspect symbolique des items culturels comme effet de levier afin d'investir des sommes raisonnables, dans une perspective d'économie du bien commun. Ceci trouve un écho dans une initiative située au Vanuatu à travers les Pig Bank. Cette banque comme son nom l'indique prend en compte les monnaies traditionnelles, donc ici les dents de cochon pour accéder à un microcrédit. Les bénéficiaires de cette entité se retrouvent parfois à court de liquides pour payer la cantine ou autres factures. Ils ne sont pas pauvres à proprement parler, car ils ont un terrain une maison et sont plus ou moins auto-suffisants au niveau alimentaire. La Province Nord peut être à l'initiative de ce genre d'actions. Faisant de ce territoire un lieu d'expérimentation sociale qui laisserait entrevoir une certaine résonance à la fois pour sa base politique déjà sensibilisée par un certain rapport à la terre et pour ceux qui ne trouveraient pas le même écho dans une Province Sud obstruée.

Les élus indépendantistes se sont focalisés sur les institutions à la fois pour rattraper leurs manques d'infrastructures, mais aussi pour faire-valoir les prémisses d'une nation kanak en potentielle devenir. Le projet indépendantiste s'est focalisé sur une vision holistique « tout est question de gestion d'interdépendance » sans autonomiser sa base militante. Faisant écho au mal-être de certains jeunes militants indépendantistes qui ne trouvent plus vraiment de sens à la lutte. Les indépendantistes s'appuient sur la viabilité du projet souverainiste sans mettre en valeur par des initiatives le caractère agraire de la société mélanésienne et renouer ainsi avec une base politique qui est avant-tout révolutionnaire. En faisant admettre la tangibilité d'une souveraineté dans un premier temps alimentaire en cette période où la dépendance envers la mondialisation semble remise en cause. Cependant, il faut ajouter que les indépendantistes ne sont pas un bloc homogène. À l'image de la gauche française qui a délaissé la question de la race ( combat contre le racisme, contre l'intersectionnalité), les indépendantistes ont délaissé la question environnementale. Ressentit par le fait que ces questions sont évoquées par ces partis respectifs via des éléments de langage.


À vrai dire, le Sénat Coutumier s'anime à son échelle comme gardien de la terre et de la culture kanak. Encore que ce Sénat Coutumier semble rattraper par le souhait d'un plus grand rôle institutionnel. Hormis qu'on observe une crise de la représentativité envers des coutumiers qui a eu raison à plusieurs occasions semble-t-il de la case du dit Sénat. Ce qui faut souligner ici, c'est la nécessité de contre-pouvoir s'inscrivant dans une optique démocratique qui est celle de promouvoir un pluralisme érigé autour de l'art de la contradiction et au service de l'intérêt général. En outre, l'identité kanak évolue selon certains dires à côté de la société néo-calédonienne du fait d'une probable hétérotopie. De ce fait comme sa consœur française, elle reste floue dans l'imaginaire collectif. Toutefois vanter la vision fantasmagorique d'une identité mélanésienne atavique comme source d'un anti-utilitarisme patent semble caduc. Car à en croire la féminisation de l'intelligentsia mélanésienne, cette société mute. Si ce n'est qu'en l'état actuel des choses les identités se cristallisent politiquement. En effet, les identités se crispent autour d'un idéal propre à celles-cis d'où l'omniprésence de la question du statut autour du débat sur l'accès à l'indépendance. Dès lors, le bipartisme néo-calédonien, comme norme binaire irrigue l'ensemble de la société, car elle détermine les rapports de pouvoir comme fondement de la société néo-calédonienne. Si bien que les identités politiques, découlant du bipartisme (loyaliste vs indépendantiste), apparaissent comme des représentations sociales figées. Au cas où, la binarité politique comme représentation sociale serait questionnée, cela reviendrait pratiquement à remettre en cause l'identité même, de l'individu qui aurait du mal à se construire, en dehors de ce schéma politique intrinsèque. Ainsi, les référendums enferment, les individus, dans des identités politiques. Par conséquent, nous ne pouvons avoir une vision claire de ce vœu unitaire qu'est le destin commun, car nous sommes cristallisés, dans une identité politique qui prend le dessus sur l'intérêt général. 

Pour inverser cette tendance, déconstruisons les représentations sociales qui nous cristallisent dans la binarité, déconstruisons les différences, alimentant le confort appauvrissant, de l'entre-soi. N’en déplaise à certains pour construire du lien, il faut tout d’abord déconstruire des notions comme la colonisation, l’égalité (qui plus est dans un contexte de décolonisation). Dans le but de prendre conscience que l’intersectionnalité est une empreinte coloniale, il faut se saisir du courage de la nuance, diront d’autres. Autrement dit, remettre en question notre modèle actuel, non pas pour se flageller, mais pour s'inscrire, dans une démarche d’altérité. En cela le devoir de mémoire collective est primordial, car cet archipel ne peut s’enliser dans une amnésie, en se focalisant que sur les bienfaits de la colonisation pour nier, taire, la revendication du peuple premier, quant à son vœu, d’une plus grande reconnaissance de sa culture. Cette culture n’est pourtant en rien un frein, à l’épanouissement de tous. Dans la mesure où nous devons nous recentrer, sur l’essentiel. Face au réchauffement climatique qui nous guette, nous ne pouvons rester impassibles. Il nous faut nuancer, un bonheur calqué sur le mode de vie américain (l’américan way of life). Il nous faut déconstruire un commun qui dans nos sociétés contemporaines relate une uniformisation des modes de vie et de consommation (Coca Cola, Fast-food), promut par la mondialisation qui a eu pour effet entre autres de rendre notre santé fragile (hausse de l’obésité, et de diabète), ainsi que celle de notre planète (dégâts environnementaux dus au surproductivisme). En réponse à cela, on nous invite à croire que seuls nos sociétés modernes sont garantes de libertés, d’égalité, pour nous faire accepter notre servitude.


Toujours est-il que sur l'archipel, le débat identitaire se justifie par une série référendaire sur l'accès ou non à la pleine souveraineté qui pose les soubassements politiques d'une identité cherchant à se définir. Cependant, le questionnement identitaire néo-calédonien bute face à son modèle de société pro-industrielle qui promeut le rationalisme, au détriment de la question sociale et culturelle qui semble faire défaut à cette île, tel un revers de la mondialisation.


Conclusion


La terre unit, mais comment espérer de jours heureux pour tout un chacun quand on assiste bras croisés devant le dépérissement du des communs. Cela paraît absurde, mais l'absurde règne en maître dans nos sociétés qui sont à l'image du mythe de Sisyphe, d'après Albert Camus. L'absurde est adoubé et oscille de par le monde via les différentes places boursières. Marquant par des dramatiques répercussions l'aplomb de l'économique sur l'ensemble du vivant via les différentes crises qui ont jalonné le siècle. Les NTIC à travers notamment les écrans Bloomberg sont connectés en temps réel aux crimes contre la terre, ceux liés au surproductivisme à l'expropriation et aux différents conflits pour l'accaparement de matières premières. Compte tenu de la question climatique, le destin de cet archipel et celui de la planète ne peut se jouer dans les urnes, car le caractère subversif qu'il induit renverserait, un ordre social/politique/économique pré-établi, une oligarchie qui tire profit du surproductivisme. D'où le fait que la baisse des services publics permet d'asservir les subalternes au seul bon vouloir du marché, ceci est vanté paradoxalement comme source de progrès pour laisser le champ libre à l'initiative privé sous couvert de création d'emplois (précaires). Sans parler du juteux monopole de quelques familles néo-calédoniennes qui tirent parti de la vie chère. Le cœur du problème réside dans un déni profanateur du bienfait du peuple en particulier et de l'humanité en général, au profit de l'oligarchie.
L’ambiguïté du peuple (la majorité, ou l'extrême minorité selon l’abstention) consiste à croire que le système dont lequel il évolue est légitime sans quoi il refuserait de s'y soumettre d'après Blaise Pascal. Faisant écho à la notion de servitude volontaire élaborée par La Boétie. De plus, on voit s'animer dans l'espace public l'idée de raison publique qu'on trouve aussi chez Habermas. Cette dernière reflète la vitalité de l'espace public comme espace d'affrontement de division, mais aussi un espace de pluralisme. 

Mettant à mal l'idée que la stabilité des démocraties viendra d'une homogénéité. Dans la mesure où il faut comprendre la survie de la démocratie autour de normes collectives. L'exercice de la raison publique est un exercice en constate émulation flirtant avec la rigidité du cadre législatif en vigueur. Une désobéissance civile qui ne s'exempte pas d'organisation, on voit des protagonistes se mobilisaient via des manifestations, d'actions de conscientisation en établissant par exemple une contre-expertise. Une réappropriation de la part du démos (le peuple), de cette promesse démocratique «  je veux être maître de mon destin » qui semble en échec aujourd'hui, selon le philosophe Pierre-Henri Tavaillot. Un élan démocratique, comme « élan vital » qui pour Bergson symboliserait, des énergies se matérialisant par la suite en matière, en un « corps social » que représenterait le peuple. Cette énergie est perceptible au niveau de l'individu, propre à sa motivation, son implication, où au contraire son désintérêt. La réappropriation du commun semble prédisposée, pour palier à un manque d'égalité, car cette notion converge des intérêts, vers un but, en impulsant l'action, dans une temporalité plus ou moins longue. Cette quête de commun s'inscrit dans une « prospective » d'après Gaston Berger « de comprendre l'avenir et non pas l'imaginer », en étant vecteur de sens, car garant d'un lien social, construit par la dynamique de personnes qui l'animent. Tel un don de soi via la personnification « esthétique » (l'incarnation de valeurs), d'éthiques  qui consistent à faire valoir des valeurs, en normes. Faisant écho à la responsabilité de chacun, de vouloir pérenniser l'action sociale, celle qui s'inscrit dans une démarche citoyenne, de faire société.


Cette action sociale consiste pour la société civile à se réapproprier les corps constitués, les corps intermédiaires. Nous amenant à nous représenter, l'égalité comme une dynamique démocratique, aux accents réformistes, en constante émulation qui par nature, questionne notre rapport à soi, aux autres, ainsi que notre façon de faire société.


La réappropriation du commun, concernant le destin de l'île en question, revêt un sens moral, comme un sens commun révolutionnaire, selon Thomas Paine. La morale pour Gabriel Madinier s'inscrit dans une philosophie du devoir, d'éclairer sa conscience et quand on le peut celle des autres, en cherchant pour nous et pour les autres, à atteindre la dignité, induite par une réelle égalité. La réappropriation par la société civile, des questions politiques/économiques/sociales en son sens originel tiré du terme grec oikonomia (gestion de la maisonnée) apparaît cruciale. Un empowerment social, admettant que le sort des générations futures ne peut se sceller qu'au seul prix de notre complaisance, voire de notre sommeil. L'émancipation n'étant pas servie sur le plateau institutionnel garnie par le fruit aseptisé d'urnes, elle se conquiert. Ainsi renouons avec la nature, des îles du Pacifique Sud qui ont vocation à être des refuges, loin de la folie de la modernité par une réévaluation des faiblesses des forces des espoirs, une révolution qui consiste à mieux habiter le monde et demander ainsi pardon à la terre.


La Kanaky-Nouvelle-Calédonie a besoin de temps pour libérer la parole. Ce en quoi la série référendaire incarne davantage une thérapie de groupe, avec pour objectif d'établir un devoir de mémoire collective. La parole néo-calédonienne doit pouvoir se libérer, loin du monopole du capitalisme patriarcal. Sortir du clivage par la parole, en acceptant la ou les différences, car grâce aux liens sociaux, l'individu libère la pensée, en paroles. D'où l'importance de mots qui restent à poser sur une quête de sens, à soi et au monde, car la différence est-ce que la vie a de plus précieux. Il nous faut puiser dans le silence du monde, ce recueillement qui nous prépare à exister. Quand bien même le temps est porteur d'espoir, dans une vie ou une autre seul compte le regard que l'on porte sur le monde, car comme le souligne Marx « il ne s'agit plus de comprendre le monde, mais de le transformer ».

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Moyen-Orient
Paris abandonne en Syrie trois orphelins de parents djihadistes
Depuis novembre 2019, trois enfants français sont placés dans un orphelinat de la capitale syrienne. Leurs parents, membres de l’État islamique, sont morts sur place. Après plusieurs mois d’enquête, nous avons réussi à retracer le parcours unique de ces orphelins.
par Céline Martelet
Journal — Parlement
Face au RN, gauche et droite se divisent sur la pertinence du « cordon sanitaire »
Désir de « rediabolisation » à gauche, volonté de « respecter le vote des Français » à droite… La rentrée parlementaire inédite place les forces politiques face à la délicate question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — France
Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions
En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.
par Ellen Salvi
Journal — France
Garrido-Corbière : « Le Point », un journal accro aux fausses infos
Une semaine après avoir dû admettre que les informations concernant le couple de députés Garrido-Corbière étaient fausses, l’hebdomadaire « Le Point » a été condamné en diffamation dans une tout autre affaire, en raison d’une base factuelle « inexistante ». Un fiasco de plus pour la direction de la rédaction, qui a une fâcheuse tendance à publier ses informations sans les vérifier.
par David Perrotin, Antton Rouget et Marine Turchi

La sélection du Club

Billet de blog
Sale « Tour de France »
On aime le Tour de France, ses 11 millions de spectateurs in situ (en 2019) et on salue aussi le courage de Grégory Doucet stigmatisant le caractère polluant de l’événement. Une tache qui s’ajoute à celle du dopage quand le Tour démarre ce 1er juillet à Copenhague, où l’ancien vainqueur 1996 rappelle la triche à peine masquée. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Les dirigeants du G7 en décalage avec l’urgence climatique
Le changement climatique s’intensifie et s’accélère mais la volonté des dirigeants mondiaux à apporter une réponse à la hauteur des enjeux semble limitée. Dernier exemple en date : le sommet des dirigeants du G7, qui constitue à bien des égards une occasion ratée d’avancer sur les objectifs climatiques.
par Réseau Action Climat
Billet de blog
Apprendre à désobéir
Les derniers jours qui viennent de s’écouler sont venus me confirmer une intuition : il va falloir apprendre à désobéir sans complexe face à un système politique non seulement totalement à côté de la plaque face aux immenses enjeux de la préservation du vivant et du changement climatique, mais qui plus est de plus en plus complice des forces de l’argent et de la réaction.
par Benjamin Joyeux
Billet de blog
Chasse au gaspi ou chasse à l'hypocrisie ?
Pour faire face au risque de pénurie énergétique cet hiver, une tribune de trois grands patrons de l'énergie nous appelle à réduire notre consommation. Que cache le retour de cette chasse au gaspillage, une prise de conscience salutaire de notre surconsommation ou une nouvelle hypocrisie visant préserver le système en place ?
par Helloat Sylvain