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Billet de blog 7 août 2024

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Foyer Béthanie, en Kanaky

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La décision de fermer le foyer Béthanie, le 31 juillet 2024, sonne comme une décision politique. Elle résonne avec l’idée que la communauté océanienne serait responsable de la période de troubles sociaux, troubles qui auraient conduit à l’épuisement des finances publiques. Pourtant, ces caisses étaient déjà vides bien avant ces événements, une situation dénoncée, entre autres, par le parti loyaliste Calédonie Ensemble, qui affirme :

"La suspension de l’aide médicale en Province Sud conduira à une économie de 320 millions sur un budget réel de 50 milliards de francs, tandis que des dépenses de près d’un milliard de francs ont été décidées simultanément. Il s’agit donc en réalité d’une mesure de rétorsion politique et sociale à l’encontre des habitants des quartiers populaires de l’agglomération, considérés par la présidente de la Province Sud comme responsables des émeutes depuis le 13 mai."

(Extrait du document de Calédonie Ensemble, « Aide médicale en Province Sud : une réforme mortifère », 25 juillet 2024 : https://heyzine.com/flip-book/91399bfe0b.html . 

Cela dit les troubles sociaux n'ont certainement rien arrangés. Tout laisse à penser que les aides se concentreront désormais sur les entreprises, distribuées peut-être bien à la tête du client.Le foyer Béthanie, quant à lui, fut l’objet d’une instrumentalisation politique. Le fait est que la Province Sud offre un refuge à des femmes kanakes/océaniennes potentiellement rejetées par leurs communautés respectives, insinuant ainsi que le milieu kanak et océanien serait intrinsèquement violent envers les femmes. Ce récit suggère de façon subliminale, que sans la présence des Européens, la société mélanésienne/océanienne sombrerait inévitablement dans ces travers féminicides, sans interroger plus que cela les violences conjugales subies par une partie de la communauté océanienne comme le résultat d’une misère sociale. Pour autant, jamais rien n’excusera le fait de lever la main sur une femme !  Loin de nous l'idée de justifier cela quand nous dénonçons un climat social qui est malheureusement propice à de telles violences. Cela dit en métropole, quand des policiers sont accusés de violence conjugales, ça ne fait pas grand bruit. 

Il faut dire aussi qu'un foyer social n’a pas vocation à être rentable. Il ne s’agit pas d’un business, mais d’un service public destiné à accompagner un public en difficulté. Le foyer Béthanie était un rempart contre la misère, favorisant la réinsertion sociale et professionnelle là où les services publics manquent de moyens. Les femmes accueillies y payaient un loyer symbolique leur redonnant une estime de soi. Elles avaient besoin, pour un temps, d’un refuge où se reconstruire. Aujourd’hui, elles ont sans doute l’impression d’avoir été utilisées comme une vitrine sociale. On peut regretter le manque de professionnalisme de l’ancienne directrice du foyer, qui aurait diffusé sur les réseaux sociaux des messages alimentant un climat social déjà tendu sur l’île. Laure Régnauld semble vouloir faire diversion lorsqu’elle affirme, face aux caméras de la chaîne Calédonia, le 6 août 2024, ne pas avoir reçu de subventions, alors même que des bénéficiaires du foyer pointent du doigt une gestion interne opaque.

Les subventions allouées au foyer Béthanie s’élèvent pourtant à 73 millions CFP de la Province Sud et 9 millions CFP du gouvernement. Nicolas Panier, secrétaire général de la Province Sud, affirme à la chaîne Calédonia, le 6 août 2024, avoir versé 40 % de cette somme en début d’année. Pour percevoir le reste des subventions, l’association devait, avant le 30 juin 2024, justifier l’usage des fonds alloués l’année précédente et présenter des projets pour la fin d’année. Or, l’association gestionnaire du foyer n’a pas transmis ces justificatifs, ayant déjà pris la décision d’arrêter son activité. Si l’on en croit les déclarations du secrétaire général de la Province Sud, la fermeture du foyer Béthanie n’est donc pas due à un problème de subvention immédiat, mais à une décision prise en interne par l’association gestionnaire. Une association qui, visiblement, s’éclipse par un trou de souris sans rendre de comptes à personne. Et c’est  là que le bât blesse. Comment expliquer que la Province Sud ne cherche pas à savoir où est passé l’argent ? Comment Nicolas Panier peut-il ne pas s’inquiéter du fait que 40 % des subventions versées en début d’année ont disparu ? Si la Province Sud est à ce point en déficit budgétaire, pourquoi n’a-t-elle engagé aucune action contre une association qui semble avoir détourné des fonds ? On a presque l’impression que la Province Sud a laissé filer la direction du foyer, sans exiger de comptes. Dans ces conditions, on comprend la colère des femmes monoparentales bénéficiaires du foyer. Elles ont payé leurs loyers et leurs factures, et aujourd’hui, elles se retrouvent à la rue, sans savoir où est passé l’argent de la subvention et des loyers. Tout cela sent le soufre, le timing interroge quand l’heure est au démantèlement des droits des minorités, pour le compte de ceux qui sur le dos des troubles sociaux du 13 mai 2024, se partagent les restes d’un gâteau, découpé en parachutes dorés pour prendre le large, quand le temps béni des colonies arrive à son terme.

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