La loi sur le séparatisme, une loi disparate

 

 

Les critiques acerbes 1, à l'encontre du communautarisme font (plus ou moins) allusion à la « pensées sauvages », des racisés, vraisemblablement inscrites dans leurs patrimoine génétique. Ces propos disqualifiant à l'encontre des concitoyens (issue de l'immigration) visent à délégitimer leur souhait de faire valoir sur la place publique, leur souffrance face à l'absence de réelle volonté politique, de construire du commun. Étant donné qu'ils subissent de pleins fouets des discriminations liés à la couleur de leur peau (stigmatisation à l'embauche, accès restreint à la santé, au logement, contrôle au faciès), dans le pays des droits de l'homme 2. Ce pays fait preuve d'amnésie face au sacrifice orchestré lors des différentes guerres mondiales, de vies « indigènes » portées volontaires pour aider la métropole française, à se libérer. Aujourd'hui ses descendants s'indignent d'une dénégation de la figure de l'autre ( « racisé » de surcroit), comme source d'exclusion de certaines strates sociales. Cela paraît insupportable pour une génération qui a vu leurs parents souffrir d'un racisme ambiant qui lors des « trente glorieuses » était malheureusement toléré. Aujourd'hui ils ont si l'on peut le formuler ainsi « gagner leurs places », via les études, la formation professionnelle, ou encore l'entrepreneuriat, autant dire les méandres de la méritocratie. Ils comptent faire entendre leurs voix dans un pays qui est aussi le leur, dont ils contribuent à construire, et à y faire évoluer les mœurs. Par le fait d’alerter l'opinion publique sur un droit à la différence, un droit de regard sur l'histoire (nos « ancêtres les gaulois ») qui ne fait plus la recette républicaine ( du moins celle de l'actuelle V -ème république). Dans le but de démontrer avec caractère, la nécessité de créer une « mémoire collective », d'entamer ainsi le chemin du « vivre commun », au-delà d'un vivre-ensemble qui n'est alors qu'un vivre-avec sans substance.

 

 

 



Si l'on considère le fait que l'Etat français diffuse de façon récurrente , via une presse acquise à sa cause, des amalgames entre communautarisme et extrémisme, ciblant les français de confessions musulmane. Or, ces dernier sont attachés aux valeurs républicaines, nuançant de fait leurs intégration présumés douteuse. Le droit à la différence, parait fragilisé, dès lors il doit être perpétuellement, revendiquer et défendu, comme un droit fondamental 3. Tant le débat sur l'identité nationale, a coupé l'herbe sous le pied au communautarisme (ici essentiellement noir et arabe), sous couvert d’intégration. De plus, le ( faux) débat sur la liberté d'expression, donne ( trop souvent ) l'occasion via un parti pris éditorial, à un acharnement quasi viscéral, envers le communautarisme, lors de nombreux plateaux T.V. Avec la femme voilée comme cible privilégiée 4,  via des polémiques régulière, sur le port du voile, en nous incitant à penser que cette première est soumise, donc incapable de « penser par elle-même ». C'est pourquoi la France se donne comme mission ( civilisatrice) de la sauver, d'un paternalisme islamique, pour la soumettre au diktat du paternalisme occidental, sous couvert ( paradoxalement ) de liberté individuelle. Excepté que, les français(es) de confession musulmanes, rectifient le tir 5, quant à l'instrumentalisation de la laïcité qui sert d'avantage d'après eux, à justifier un laïcisme 6.  Mais les médias ( LCI, BFM TV, France Info, et CNEWS) ne leurs donnent pas ou peu de temps de parole 8, préférant laisser place à une polémique prémâché, via notamment l'amalgame récurrent  des  « barbus obscurantistes » qui souillent les valeurs républicaines. Ce ressentie est largement diffusé dans les médias, tel un « choc des civilisations » 9. Faisant écho à la loi sur le séparatisme étant  une loi disparate, par son caractère "cosmétique" qui ne vient pas renforcer les textes en vigueur bien au contraire, sacrifie un certain communautariste religieux ( en ciblant l'islam, contraint l'ensemble des religions), sur l'autel de la démagogie, c est à dire une loi qui servirait d'évangile, aux adeptes de la théorie du « grand remplacement ».

 

 

 

 

En effet la chosification du pluralisme représenterait une « chasse aux sorcières », servant à détourner l'attention de l'opinion publique, du bilan d'un programme politique dogmatique, porté par la théorie du ruissellement, comme seul motif pour justifier le basculement vers le « tout-privé ». A savoir que le système néo-libéral ne tolère que difficilement des formes de contre-pouvoir qui viendrait ternir, son influence sur les individus ( de préférence isolés, donc vulnérables). Le communautarisme d'après Ferdinand Tonnies peut constituer une de ses formes, car il induit une organisation, une mobilisation qui viendrait palier aux aléas de ce régime économique. En effet, selon Alain Marie les individus n'ont d'autres choix que de se tourner vers des formes de solidarités collectives, représentant la seule forme de solidarité accessible pour les plus modestes. Etant donné que pour Réjine Sénac les « non-frères », c'est à dire ceux qui ne sont pas compris dans la fraternité républicaine ( historiquement les femmes, et les non-blancs) ; sont les victimes d'un héritage républicain sexiste et raciste 10, puisque l'égalité tarde à se faire sentir. C'est dire si l'image déshumanisante du dominé, comme héritage du temps colonial persiste. Le racisé ( dont les origines sont issues des colonies) souffre alors d'une double tare. Tout d'abord celle d'être racisé, ensuite de se rattacher ( inutilement ) à son particularisme, ses traditions de refuser la modernité qui lui promet maintes merveilles. Autant dire des vies prosaïques qui renvoient à la nature 11 non seulement comme sous-espèce ( des êtres qui ne sont pas dotés de raison), mais comme source quasi-infini de matières premières ( force de travail)  à disposition ; étant uniquement considérés, comme des corps.

 

 

 

 

 

Le racisme et l'universalisme, forge une vision manichéenne, un bipartisme, politique, illusoire d'un réel choix social possible. La raison étant que nos sociétés contemporaines se fondent en partie sur la démocratie athénienne Ecclesia qui fut le paravent de l'aristocratie servant à acheter une paix sociale, dans le but pour la classe dominante de pouvoir prospérer paisiblement. Or de nos jours, l'éviction de la figure d'un État souverain au profit semble t-il du secteur privé a creusé des écarts sociaux tels que la paix sociale demeure fragile. Suite au constat que l'État ostracise ses citoyens pour mieux les stigmatiser ( relatif à certaines banlieues françaises), en leurs fermant des portes ( stigmatisation à l'embauche, intersectionnalité, etc) 12. Le pouvoir marginalise le pluralisme par un racisme ambiant dont il est lui-même l'instigateur 13. Le philosophe Étienne Balibar nous indique dans « Race, nation, classe » que l'État ne peut instaurer l'universalisme, à savoir une réelle égalité car le racisme lui permet de paupériser une partie de la population, afin de disposer d'une force productive à bas salaire. Il s'en suit dans le discours politique d'un yo-yo permanent entre universalisme et racisme, comme fond idéologique du discours électoraliste. Sans jamais avouer que le racisme permet de préserver le capitalisme en tant que système ( afin de faire de la plus value). Le racisme n'apparait alors pas comme une dérive du système, le racisme est le système, si l'on considère, sa nature intrinsèquement structurelle.







La loi sur le séparatisme prive une partie des citoyens, de structures, les aidant, à faire valoir leurs droits, à la différence. C'est dire, le basculement prononcé, de la société française, vers « l'ensauvagement de l'ultralibéralisme », une dissension et un chaos accentué par l’exécution du commun dans nos sociétés ( les acquis sociaux/services publics), au profit du secteur privé. De ce fait, le politique favorise le « tous contre tous », comme écran de fumée pour masquer  ce basculement via une forme de racisme décomplexé .  Étant donné que le débat sur l'identité nationale a promu, un rapport identitaire, quelque peu clivant ( construit autour de la seule blanchité). Pourtant le fait de critiquer le pluralisme 14 , apparaît comme un non-sens, ( la démocratie étant le symbole même, d'un certaine pluralité) 15, faisant le jeu de l'idéologie universaliste française. Un universalisme se suffisant à  sa (supposée) prééminence 16, afin de nous faire ingérer son parjure du pluralisme, en promouvant un être décontextualisé, l'homo œconomicus 17 , dans le but de faire abdiquer les « racisés» de leurs particularisme, sous couvert de libertés individuelles. Un vivre-ensemble opaque qui consumerai le particularisme 18. Par conséquent, la liberté, est un trick qui permet à ceux qui ont dessinent les contours, d'asseoir leurs domination, car le cadre législatif dont est tributaire la liberté, a une fâcheuse tendance à la restreindre. Surtout quand elle présage un vent d'insurrection qui se fait sentir à l'horizon. C'est pourquoi être libre de nos jours, représente davantage un statut social privilégié 19 , ressentit via un " deux poids deux mesures " qui conforte certains dans leurs position  sociale dominante.  Tout autant que le monde semble libre de briller que par de juteux monopoles, naissant de violences et de ravages ( guerres, pays en reconstruction, etc.). Dans la mesure où,  la liberté fondamentale, dans un système capitaliste, constitue  une accumulation de richesse, au détriment du plus grand nombre, tant le capitalisme a pris le pas, sur une humanité qui reste en devenir

 

 

 

 

1 Tels des relent suprématistes

2 Ils dénoncent une instrumentalisation de la laïcité, c'est à dire une dérive vers un laïcisme. À ce propos la Cour des Droits de l'Homme Européennes, leur a donné raisons.

3 Ce constat s'inscrit dans une tendance globale tardant à rendre au pluralisme en général et aux sociétés vernaculaires en particuliers, le droit ainsi que le respect qui leur sont dues, que ça soit le site Uluru en Australie, le site Mauna Kea à Hawaii sans parler des différentes tribus amazoniennes., le droit à la différence des indigènes est constamment bafoué.

4 Causé par « une intolérance ancienne à la visibilité du religieux dans l'espace public », pour Valentine Zuber historienne spécialiste de la tolérance religieuse, directrice à l'Etude pratique des hautes études ( EPHE), et auteure de la « Laïcité en débat au-delà des idées reçues » ( Ed. Le Cavalier bleu, 2017). Tiré de l'interview mené par Anne Brigaudeau, pour France Télévisions, publié le 17/10/2019 à 15:58.

5 Par voie démocratique, lors de débat, du moins lorsqu'on daigne leurs donner la parole. Bien qu'il n'y est pas de représentants pour tout les musulmans, et encore moins de « spécialiste ». Toutefois il faut se méfier quand un individu, quand bien même serait-il musulman, se revendique de façon plus ou moins implicite, de porter la « voix » de ses semblables. Cependant, il y a des islamologue, comme Ghaleb Bencheikh, qui sur ces questions, sont loin d'être impertinent.

6 Relatif au fait d'exclure toutes manifestations religieuses de l'espace public, qui pour certains seraient la nouvelle religion inébranlable.

7 Donc à juste titre, disposent des mêmes droits, que tout un chacun.

8 Induit dans l'article de Robin Andraca, publié le 17 octobre 2019 à 15:55 sur le site de Libération, au titre équivoque « Une semaine sur les chaînes d'info : 85 débats sur le voile, 286 invitations et 0 femme voilée ».

9 Telle la débâcle annoncé du « débat démocratique » du moins sur certaines chaines. La raison étant que le racisme est instrumentalisé à des fins électoralistes, non sans rappeler les frasques érigés en florilège du haut de la grandeur d'Éric Zemmour, à qui l'on connait une passion quelque peu démagogique, mais fort heureusement pour lui habitué des plateaux de T.V .

10 Cette « superbe à la française » attribue (soi dit en passant) aux insulaires , un sacre existentiel sans substance. Autrement dit, une « liberté » qui paradoxalement ne fournit pas plus de moyens ( que cela) de contrôler leurs vies ( du moins pour ceux qui n'ont pas un statut de privilégiés), bien au contraire les asservit d'avantage à la société de consommation.Vraisemblablement indignes de ce privilège pour ceux dont les origines renvoi à la nature ( les racisés ) autant dire des êtres qui ne sont pas dotés de « raison ».

11 À ce propos pour Philippe Descola la nature est un concept occidental qui se définit selon lui comme une ressource potentiellement infini.

12 Encore qu'ils sont accepté plus ou moins par parcimonie, selon le degré hiérarchique .

13Via les relents sous-jacent du débat sur l'identité nationale, un volonté assimilationniste aux accents suprématiste, flirtant avec les valeurs de l'extrême droite.

14 Une stigmatisation institutionnalisé contre les musulmans qui se propage sur le plan médiatico-politique, quasi toutes les deux semaines. Pourtant, le pluralisme est une composante à part entière de cette identité française, à savoir le fameux « black, blanc, beur ».

15 L'assimilation sous-entend une bonne intégration, mais une fois « bien » intégré les individus racisés sont constamment renvoyés à leurs origines, issues des colonies.

16 Fondé sur une égalité chimérique.

17 L'homme pour se réaliser comme total, doit s'auto-satisfaire, se suffire à lui-même.

18 La France n'y serait alors pour rien face à l'incurie calédonienne, taisant le fait d'une société néo-calédonienne phagocyté par l'ancien colonisateur.

19 Etre libre c'est un champs des possibles via un rapport privilégié à l'éducation, à la société, visiblement même à la justice.

 

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