Issue référendaire incertaine en Nouvelle-Calédonie-Kanaky

 

 

 

« le national-populisme est un fait récurrent et devient massif quand il y a fragilisation du lien social, déconnexion entre système politique et société, et incertitudes sur l'identité nationale. Ces éléments se conjuguent aujourd'hui. Ils se conjuguent d'autant plus dangereusement que des phénomènes nouveaux les cristallisent. Les communautés-cibles proviennent du passé colonial français, d'un passé qui n'a pas été assumé de manière cohérente par sa mémoire collective » 1

 

 

 

La bipolarisation de la classe politique néo-calédonienne, conforte la nécessité d'une consultation citoyenne 2, au sujet de l'accès ou non à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Traduisant de véritable matchs politiques référendaire entre deux ethno-nationalisme ( kanak vs français ) 3.

 

 

 

« Une autre source de la pensée raciale a été le « darwinisme social », qui a promu une vision hiérarchique du monde en interprétant les inégalités sociales comme naturelles et les tentatives d'y remédier comme une menace de submersion des supérieurs par les inférieurs, un risque de dégénérescence. Telle est l'origine de l'eugénisme. Ces exemples illustrent l'existence d'une matrice commune au nationalisme, au racisme et aux conceptions hiérarchiques de la société  » 4

 

 

 

D'un côté une « superbe à la française » forte du paradigme libéral, attribuant (soi dit en passant) aux insulaires 5, un sacre existentiel sans substance. Autrement dit, une « liberté » qui paradoxalement ne fournit pas plus de moyens ( que cela) de contrôler leurs vies ( du moins pour ceux qui n'ont pas un statut de privilégiés), bien au contraire les asservit d'avantage à la société de consommation.

 

 

 

 

 

" être libre ce n'est rien, devenir libre c'est le ciel " Fichte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De l'autre la vision indigéniste 6, nuance la modernité d'avoir ériger « l'homme total », tandis qu'elle a ostracisé les racisés, au seul profit des « blancs » . Reflétant ainsi la vision essentialisante de l'indépendance, comme solution ultime, aux maux du peuple premier 7.

 

 

 

« Si l’intégration s’adresse à des individus achevés ou en devenir c’est pour leur accorder la plénitude de leurs droits selon une perspective égalitariste abstraite, qui voilerait, pour mieux les ignorer, les origines et les particularités dont ils sont dépositaires. » 8

 

 

 

La cristallisation politique, n'est-elle pas le reflet d'une certaine suffisance ? Suffisance, d'une vision apologétique marxiste qui consiste à contrôler le processus de transformation du nickel. Certes viable, mais au combien aliénante via une perception émancipatrice du surproductivisme, au grand dam semble t-il de la biosphère. Et pour cause, cela dénote le discours de certains indépendantistes, de vouloir miser sur une forme d' « économie de rente » 9, tout en vantant le rapport privilégié à la terre du peuple premier, qu'eux mêmes ( sous couvert de modernité) contribuent à pervertir. Suffisance à « rester » français qui logiquement n'exempte en aucuns cas de « devoir » porter un projet de société ( quand bien-même) ambitieux, répondant ainsi à des enjeux contemporain ( exemple, le réchauffement climatique). Suffisance, du fait de ne pas, envisager de manière ferme, un « après nickel », traduisant une certaine tiédeur politique, d'aborder cette question. Et enfin suffisance d'évoquer le destin commun, telle une formule magique unitaire qui revêtirait d'avantage la forme d'une « thérapie de groupe stérile », renvoyant chacun devant sa volonté de tendre ( ou non) la main à l'autre, sans jamais vraiment s'attaquer aux disparités sociales qui sévissent sur cet archipel et qui menacent ( vraisemblablement) le « vivre-ensemble ».

 

 

« Mes frères en esprits, écrivains de France (…). Que votre voix s'élève ! Il faut que vous aidiez ceux qui disent les choses telles qu'elles sont, non pas telles qu'on voudrait qu'elles fussent. Et plus tard, lorsqu'on aura nettoyé les suburres coloniales, je vous peindrai quelques-uns de ces types que j'ai déjà croqués, mais que je conserve, un temps encore, en mes cahiers. Je vous dirai qu'en certaines régions, de malheureux nègres ont été obligés de vendre leurs femmes à un prix variant de vingt-cinq à soixante-quinze francs pièce pour payer leur impôt de capitation. Je vous dirai... Mais, alors, je parlerai en mon nom et non pas au nom d'un autre ; ce seront mes idées que j'exposerai et non pas celles d'un autre. Et, d'avance, des Européens que je viserai, je les sais si lâches que je suis sûr que pas un n'osera me donner le plus léger démenti. Car, la large vie coloniale, si l'on pouvait savoir de quelle quotidienne bassesse elle est faite, on en parlerait moins, on n'en parlerait plus. Elle avilit peu à peu. Rares sont, même parmi les fonctionnaires, les coloniaux qui cultivent leur esprit. Ils n'ont pas la force de résister à l'ambiance. On s'habitue à l'alcool. » 10

 

 

 

 

Cette suffisance souligne un manque de vision commune, une perspective clientéliste  cherchant à attiser les foules quant à une issue référendaire, encore incertaine. Si bien qu'en l'état actuel, les référendums scindent d'avantage les électeurs, marquant la difficulté de constituer un peuple. Tant ils ont tendance à entretenir un climat social et politique, pour le moins crispé. Perceptible entre autres via une bataille de communication ( d'informations ou de désinformation) qui fuse sur la toile ( via notamment l'apparition de « facho-sphères »). Étant donné que cette consultation, s'articule dans l'imaginaire collectif néo-calédonien, autour de l'antagonisme « tradition vs modernité » 11 qui s'amorcerait, telle une aporie.

 

 

 

« Cette tension entre race, culture et nation n'avait point été entièrement effacée, ni par la Révolution ni par le républicanisme. Certes la Révolution avait affirmé la primauté de l'égalité de tous et de la commune appartenance à la cité républicaine sur toutes autres formes de distinction sociale ou raciale. Mais, en même temps, la France révolutionnaire n'avait cessé de faire de la différence raciale un facteur de définition de la citoyenneté. Petit à petit, la tension entre un universalisme ignorant de la couleur et un républicanisme libéral friand des stéréotypes raciaux les plus grossiers s'était enracinée dans la science et dans la culture populaire françaises au moment de l'expansion coloniale. Elle s'était exacerbée dans un contexte où l'impérialisme colonial avait pour fonction de revivifier la nation et le « caractère français » et de « diffuser les bienfaits de la civilisation ». Au demeurant, la nécessité de diffuser notre « civilisation » ne se justifiait que par la distinction nationale entre la France et ses Autres. » 12 

 

 

 

 

 

1 Claude Liauzu, Minorités, citoyenneté, nationalité. L'identité française entre archaïsme et modernité, Le Monde Diplomatique, août 1998.

2 C'est à dire une mesure pour le peuple mais dont l'avenir institutionnel se construira sans lui.

3 Mais tout deux plus ou moins au service d'un capitalisme financier.

4 Claude Liauzu, L'usage des termes « race, ethnie, nation » dans le contexte des conquêtes coloniales françaises », Table-Ronde « Rapports interethniques à Madagascar et construction nationale (19e et 20e siècles », 4 -5 décembre 1998, sous la direction de Françoise Raison, université Paris 7 – Denis Diderot.

5 Vraisemblablement indignes de ce privilège pour ceux dot les origines renvoi à la nature ( les racisés kanak et/ou océanien) autant dire des êtres qui ne sont pas dotés de « raison ».

6L' indigénisme c'est interpréter le monde par essence, en identités ataviques. D'autant plus que les valeurs d'appartenances sont aussi bien « inclusive », qu' « exclusive ». C'est en quoi le fait d'instituer une identité, au détriment d'autres, cristallise le monde, dans la binarité ( s'exposant à d'éventuelles rixes possible du « eux contre nous ») . Etre indigéniste c'est adopter la vision que « chaque peuple a une identité et une seulement ». Hors dépasser l'indigénisme, c'est « exorciser » l'identité de sa substance chauvine, sans pour autant abandonner sa nationalité, « mais considérer l'identité locale comme non exhaustive » ( Said, 2000). « , dépasser l'indigénisme ne veut pas dire abandonner sa nationalité : dans ces conditions, on sera moins ardent à s'enfermer dans sa communauté, avec ses rites d'appartenance, son chauvinisme et son sentiment de sécurité appauvrissant.(...) La nouvelle alternative est la libération, non l'indépendance nationaliste – libération qui par nature suppose de passer rapidement dit Fanon, de la conscience nationale à la conscience politique et sociale. » ( Said, 2000) Said Edward W, Culture et impérialisme, Fayard Le Monde Diplomatique, 2000, p.325-327.

7 Souhait porté par des acteurs politiques bien installés dans leurs fonctions et qui ont perduré l'approche institutionnaliste, d'un Jean-Marie Tjibaou.

8 Nacira Guénif-Souilamas, « En un combat douteux », Revue européenne des migrations internationales, vol. 21 - n°2 | 2005, 91-109.

9 Avec pour model ( par excellence) l'usine KNS.

10 René Maran, Batouala 1921.

11 Mais encore « particularisme vs universalisme ».

12 Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit, La Découverte, Paris, 2010, p.66.

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