L'égalité, cette prétention universaliste

Une analyse post-coloniale, sous le prisme du néo-libéralisme.

Introduction

 

« Toute société fabrique des stéréotypes négatifs sur les autres sociétés en même temps qu'elle se dote d'images valorisantes d'elles même. Les « barbares » sont toujours les autres. (…) Cette attitude millénaire sinon de rejet, du moins de suspicion devant l'autre, prend une tout autre dimension après la « découverte » de l'Amérique à la fin du XVè siècle. A la différence des précédents, l'Autre dont il est alors question trace un véritable principe de démarcation historique. L'humanité se divise en deux blocs. D'un côté l'Occident, et l'individu ; de l'autre, les autres. Tous les autres. Ainsi certaines études post-coloniales n'ont pas hésité à faire de la racialisation des autres ( Indiens, Noirs...) et de leur exclusion de l'humanité une des clés-refoulées-de la modernisation occidentale. La grande institution politique de l'égalité moderne serait allée de pair avec le projet d'exclure certains autres de l'humanité. L'affirmation de l'égalité des uns coïnciderait avec l'infériorisation raciale des autres-ce qui, pour la critique postcoloniale, invalide toute prétentions des modernes à l'universalité de l'égalité ( Quijano, 1998). 1»

 

Le néo-libéralisme s'est construit sur l'ossature capitale/coloniale 2, d'antan induit par la hiérarchisation des races, qui prend dorénavant une forme d'intersectionnalité 3. Cet écrit nuancera l'égalité, comme performativité au sein des sociétés moderne, via la racialisation de « l'autre » comme source d'exclusion de la commune humanité4. Pour ce faire, nous reviendrons sur cette corrélation entre race et colonialité, afin d'analyser des rapports de domination issues de la colonisation, qui via le développement se perpétuent . Nous nous intéresserons par la suite, aux programmes « d'empowerment » instauré par le développement, destinés au damnés de la terre, comme processus d'occidentalisation. Ensuite nous concentrerons notre travail, sur l'antagonisme de la tradition versus la modernité, en posant notamment l'idée que l'individualisme est un facteur d'évolution du lien social. Puis nous aborderons l'interprétation de la réciprocité dans l'échange, dans le don maussien, qui tend à justifier un individualisme naissant, qu'induirait cette réciprocité ( un rapport win-win)5. De plus la question de l'indigénisme comme dérives identitaire, sera posé, puisqu'il serait réducteur d'aborder cet écrit comme une hymne bucolique à la société traditionnelle, tandis que sa substance s'inscrit dans une réflexion, qui vise à dénoncer tout aussi bien l'euro-centrisme, que toutes formes d'ethnocentrisme6. Enfin nous conclurons sur les limites de la modernité, d'instaurer entre autres, une égalité aliénante avec l'homo œconomicus comme figure centrale du projet occidental, a savoir l'avènement d'un monde unifié. Reflétant une « humanité sélective »7, qui se doit de prendre le train du rationalisme en marche vers la route du progrès incarné par la science. Il suffirait alors « simplement » d'abandonné tout particularisme ( croyances, pratiques culturelles). Pour le compte d'une technocratie qui nous érigerait tous en tant que technicien, afin que nous oeuvrions ensemble à ce projet « moderne », qui est celui de la totémisation de la science.

 

Race et colonialité du pouvoir

 

« C'est ainsi que la race, à la fois mode et résultat de la domination coloniale moderne, a imprégné touts les champs du pouvoir capitaliste mondial. Autrement dit, la colonialité s'est constituée dans la matrice de ce pouvoir, capitaliste, colonial/moderne et eurocentré. Cette colonialité du pouvoir s'est avérée plus durable et plus enracinée que le colonialisme au sein duquel il a été engendré, et qu'il a aidé à s'imposer mondialement. »8

 

La notion de « race » n'est pas une notion neutre ( Guillaumin, 1981), apparu au début du XIX ème siècle9. Son usage essentialisant jalonne les discours impérialistes, et rend plausible un euro-centrisme s'autoproclamant comme supériorité biologique, alimentant bon nombre de fantasme ( celui de la race pure ), justifié scientifiquement par les thèses naturalistes du Siècle des Lumières. Ajouté à cela la vision déshumanisante diffusé à la fois par l'Eglise Catholique, et par une intelengentsia ( scientifiques, auteurs, penseurs etc) à l'égard des « barbares ». Non sans une certaine intention faussement arbitraire de légitimer un processus d'occidentalisation, connu sous le nom de « développement » qui serait alors un doux euphémisme pour éviter d'évoquer celui de « colonisation ». Tout comme les termes « culture » et « ethnie » l'ont été pour le terme de « race » qui sous-entend une conception raciste des particularismes ethniques10 ( Colette Guillaumin, 1994)11. Le développement et la colonisation témoignent tout deux d'une hiérarchisation, du fait d'imposer au Sud le projet d'un monde unifié, au seul profit de l'Occident. Le développement génère un asservissement de la part du Sud, par les multinationales occidentales ( le développement du sous-développement) via différents accord commerciaux ( le pacte colonial d'hier, aujourd'hui l'Accord de Partenariat Economique), ou des politiques d'austérité, briguant à l'Occident le monopole sur l'extraction des richesses des pays du Sud concernés. Dans cette logique de « social washing », l'entrepreneuriat fut de mise dans le but d'autonomiser, et de « rendre leurs dignités12 », aux femmes du Sud13. En les faisant adhérer, au principe d'économie d'échelle 14 (optimisation de la production, gain de productivité). L'entrepreneuriat symbolise de fait une égalité des chances, pour des personnes en exclusion. Un ascenseur social orchestré afin de responsabiliser les individus d'une part, et d'autre part, de justifier le retrait de l'Etat au profit du secteur privé, en prétextant le manque de moyens, dû à la somme exorbitante que nécessite le service public. En raison de quoi le microcrédit émergea comme le nouveau visage de la « méritocratie », pour « repêcher » les prolétaires les plus « capables »15. Face à un modèle prédateur dans les pays du Sud, un modèle « blanc euro-centré », qui précède d'un haut degré de racisme dissimulé, à savoir « un racisme de civilisation » ( Balibar, 2018).

« Cette unification du monde achève le triomphe de l'Occident. On sent bien que ce n'est pas tout à fait une fraternité universelle qui est le terme de cette expansion dominatrice. Il ne s'agit pas d'un triomphe de l'humanité, mais d'un triomphe sur l'humanité, et comme les colonisés de naguère, les frères sont aussi et d'abord des sujets. »16

 

 

L'empowerment

 

«  En intégrant les diverses parties du monde au marché mondial, l'Occident a fait plus que modifier leurs modes de productions, il a détruit le sens de leur système social auquel ces modes adhéraient très fortement. Dès lors, l'économique devient un champ autonome de la vie sociale et une finalité en soi. Aux formes anciennes d'être plus se substitue l'objectif occidental d'avoir plus. Le bien-être canalise tous les désirs (le bonheur, la joie de vivre, le dépassement de soi...) et se résume à quelques dollars supplémentaires...

Ainsi s'universalise l'ambition au développement. Le développement, c'est l'aspiration au modèle de consommation occidental, à la puissance magique des Blancs, au statut lié à ce mode de vie. Le moyen privilégié de réaliser cette aspiration est évidemment la technique. Aspirer au développement veut dire communier dans la foi en la science et révérer la technique, mais aussi revendiquer pour son propre compte l'occidentalisation, pour être plus occidentalisé afin de s'occidentaliser encore plus. »17

L’empowerment définit le fait d’autonomiser des individus en difficultés. Cette volonté fait suite au constat, que les damnés de la Terre ne s’approprièrent pas les actions, que les bailleurs de fond occidentaux avaient formulées à leurs égards18. L’empowerment19 oriente les individus vers une forme d’entreprenariat social20. Quant à la capabilité elle répond surtout à un idéal, motivant la mise en place de politiques wellfaristes21. Paradoxalement la capabilité dans son apogée, est un stade qui permettrait de se libérer des contraintes de l’Etat. Or elle a besoin de celui-ci pour mettre en place un cadre favorable à sa pleine expression. A aucun moment Amartya Sen22 ne fait mention d’une contrepartie, cette liberté serait alors sans condition, ni responsabilité. De cette nuance, on perçoit une vision romantique de la liberté, véhiculée par cette notion, qui s’inscrit dans la tradition de la pensée libérale. Compte tenu de quoi l’empowerment s’assimile à un processus et la capabilité en serait la vision, si ce n’est la finalité. Tout deux font référence aux libertés individuelles, et ont une visée uniformisante, parce qu'ils tendent à diffuser un paradigme néolibéral 23. Dès lors la capabilité, tout comme l’empowerment sont des processus qui sous couvert de développement visent à introduire les damnés de la terre dans une logique d’économie de marché.

La partie qui suit « L'antagonisme, la tradition versus la modernité », nuancera l'avènement de l'individualisme comme facteur de changement social. En rapportant le débat entre deux sociologues, que sont Emile Durkheim et Ferdinand Tonnies, ce dernier dont l'oeuvre Communauté et société, de Tonnies, consiste à décrire le passage de la communauté à la société. Ces deux sociologues articulent ici leurs pensées autour d'une évolution du lien social, que caractérise ce passage.



Tradition versus modernité

 

« La rupture originelle entre la tradition et la modernité n'a cessé de connaitre de multiples fissures tout au long de son histoire. (...) D'une part, on n'a cessé de peaufiner le profil de l'individu souverain par excellence en lui donnant des caractéristiques propres : il sera Homme, Blanc, Adulte, Hétérosexuel, Sain d'Esprit, Travailleur. D'autre part, on n'a pas cessé de dénigrer l'inconsistance de tous les autres types d'individus, par le biais de mécanismes d'imposition et de négation historiques multiples envers les (...) « minorités » de tout genre. Les deux mouvements sont évidemment liés entre eux, même s'ils se sont pour beaucoup autoreprésentés historiquement comme indépendants l'un de l'autre. Pourtant, la dénégation de l'Autre a souvent pris le pas, pratiquement parlant, sur l'affirmation de l'individu souverain, et désormais, et après plusieurs décennies de discours critique, on sait que l'invention de l'Autre est loin d'être épisodique dans la construction de soi. En fait, l'un suppose l'autre, peut être pas forcément d'un point de vue logique, mais en tout cas historiquement. La figure de l'individu souverain a toujours reposé sur le soupçon de la possibilité d'individuation des autres. En dehors de l'Occident, il n'y avait que des individus soumis à la collectivité, décrétés incapables de se tenir de l'intérieur. Il a fallu alors inventer les autres mondes, l'Amérique, l'Orient ou l'Afrique, comme autant de copies ratées de l'Occident24. »

 

Pour Tonnies, la dynamique de la modernité est un processus de laïcisation du monde, ( Sylvie Mesure 2013). D'après Durkheim ce passage est rendu possible par la division du travail, qui serait une nécessité à la survie du corps social. Les deux auteurs sont d'accord sur le fait que ce passage de la communauté à la société, a engendré une rationalisation de la société et une intellectualisation croissante de l'individu. Cependant Tonnies met en avant le rôle du «  marchand »25  qui a conduit à la dissolution de la communauté26. Émile Durkheim décrit à son tour ce phénomène à travers sa notion d'anomie27 . En ce sens que la Division du travail impacte la solidarité en isolant les individus ( Durkheim, De la division du travail social, 1883). Il précise aussi que l'incapacité des règles sociales à limiter les désirs individuels engendre une déception croissante et le sentiment d’aliénation ( Emile Durkheim, Le suicide, 1897). Certes dans les sociétés traditionnelles il a existé des formes d'échanges monétaires ( à titre d'exemple la kula ou le potlach), bien loin d'un usage de la monnaie individualiste et intéressé. Dans ce type de société, la monnaie traduisait un usage à visée holistique, car elle assurait le lien avec le divin et la société dans son ensemble. Dans la société moderne, la monnaie symbolise un usage à visée individualiste, traduisant une quête personnelle de possession matérielle, dénué de lien social ( Coppet, 199828). L'Occident s'étant érigé en tant que garant des libertés individuelles29 au sein d'Etats de droits, prônant l'équité pour ses concitoyens. Comparé aux sociétés traditionnelles où peut résider une prédestination des statuts sociaux.

 

La partie suivante dénoncera l'instrumentalisation des travaux de Mauss, qui servirait les théories d'un individualisme naissant qui se serait imposé de façon quasi-naturelle, faisant les beaux-jours du rationalisme, comme fantasme occidentale30. Le « je » remplace le « nous » et la satisfaction des besoins individuels priment sur le groupe. Tonnies qualifie cette évolution de « perversion du lien social » ( Sylvie Mesure, 2013).



 

La réciprocité dans l'échange, un fantasme occidental

 

« Pour les participants canaques ce qu'ils reçoivent n'est pas un contre don au sens de Marcel Mauss, mais l'annonce d'un don ultérieur en d'autres circonstances, la marque qu'ils sont venus et participé (...) On ne donne ou ne reçoit pas exactement les mêmes choses, et surtout on n'a pas d'obligation de réciprocité immédiate. Au contraire, rendre l'équivalent serait injurieux, parce que pouvant être compris comme la manifestation d'un désir d'arrêter là la relation offerte par le premier don31 ».

 

Ce type de don comme nous le souligne l'océaniste Jean Guiart permet avant tout de préserver un lien social lors de rituels ou autre cérémonies. Assez distinct semble t-il de la réciprocité dans l'échange que le don maussien impliquerait32. Le don-contre don ne s’arrêterait pas, aux deux seuls protagonistes qui interagissent, mais aussi aux entités respectives qu'ils représentent de façon consciente ou alors malgré eux33. Cette interprétation réduirait l'individu à un simple « marchand d'art »34. C'est au niveau du statut de la personne avec qui on interagit qui va déterminé en partie la valeur « symbolique » du don35. L'individu de haut rang à travers l'échange36 transmet un peu de sa force à une personne de rang inférieur pour qu'il surmonte une étape ( deuils, rituels, mariage). De cette interaction va survenir une responsabilité envers l'autre, qui s'avérera être une clef de réussite de la transmission. Dans les sociétés modernes cette responsabilité dans l'échange vis à vis de l'autre, s'efface peu à peu37, pour laisser place à une quête du profit. En effet, on s’aperçoit que cette responsabilité s'obscurcie face à autant d'asymétries d'informations38. Dans les deux types de sociétés, le don maussien peut caractériser une forme de rapports de force, toutefois il ne traduit pas nécessairement le même but39. Dans les sociétés traditionnelles, cette « transaction » n'assigne pas un rapport de force à proprement parlé, mais plutôt un « transfert de force »40, envers un individu que l'on qualifiera de moins expérimentés, se révélant être un apprentissage de la vie coutumière face à des évènements qui questionnent tout aussi bien le monde visible, que le monde invisible41.

 

 

L'indigénisme comme dérives identitaires

 

Le colonialisme implique une hiérarchisation, une séparation des espaces, entre dominant et dominé, que l'on soit blanc ou noir ( Fanon, 2002). L'indigénisme a malgré lui, a renforcé cette différence, en diffusant une vision démagogique d'un passé autrefois glorieux. Perceptible à travers la négritude de Senghor, le mouvement Rasta, le Black Star Liner de Garvey... Etre indigéniste c'est s’accommoder de la distinction établi par l'impérialisme, alimentant un certain « esprit revanchard ». De conforter cette hiérarchisation, en s'enfermant dans les carcans de l’essentialisme. D'interpréter le monde par essence, en identités bien que distinctes, non moins ataviques. Sachant que l'identité tout comme la culture est aussi bien « inclusive », qu' « exclusive ». C'est en quoi le fait d'instituer une identité en particulier, au détriment d'autres, est un procédé qui cristallise le monde, dans la binarité, s'exposant à d'éventuelles rixes possible du « eux contre nous », ou encore d'après Tonnies du « tous contre tous ». De ce fait la laïcisation bien qu'issue de la période coloniale, reste en soi un procédé intéressant ( Said, 2000). Etre indigéniste c'est adopter une vision, qui consiste à croire que « chaque peuple a une identité et une seulement ». Hors dépasser l'indigénisme, c'est « exorciser » l'identité de sa substance chauvine, sans pour autant abandonner sa nationalité, « mais considérer l'identité locale comme non exhaustive » ( Said, 2000). « , dépasser l'indigénisme ne veut pas dire abandonner sa nationalité : dans ces conditions, on sera moins ardent à s'enfermer dans sa communauté, avec ses rites d'appartenance, son chauvinisme et son sentiment de sécurité appauvrissant.(...) La nouvelle alternative est la libération, non l'indépendance nationaliste – libération qui par nature suppose de passer rapidement dit Fanon, de la conscience nationale à la conscience politique et sociale. » ( Said, 2000).42

Des figures telles que Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Ali Soihili, etc... Tous se sont battus contre le nouveau visage du colonialisme à travers la dette des pays du tiers monde, comme forme de néo-colonialisme. Ils ont observé que l'indépendance ne libère pas les peuples, mais permet aux anciennes puissances coloniales de perpétuer leurs domination. L'indépendance n'aboutit pas à l'émancipation, qui doit donc être en rupture avec le colonialisme. Il faudrait émanciper les peuples pas seulement du colonialisme, mais plus d'un modèle de domination capitaliste global et euro-centré ( Quijano, 2007). Ces figures panafricaines sont à ce titre des figures « modernes » car elles ont bousculé aussi bien un modèle impérialiste/capitaliste, que leurs propres modèle traditionnel ( droit des femmes, à travailler, à s'instruire ). Moderne aussi car elles portaient un projet de société, qui rejoint des enjeux contemporains ( écologie, justice sociale, droit des femmes), et humaniste car ce combat transcendent les hommes, puisqu'animés par ce vœu pieu de « disposer d'eux mêmes ».

 

« En agitant le tiers monde comme une marée qui menacerait d'engloutir toute l'Europe, on n'arrivera pas à diviser les forces progressistes qui entendent conduire l'humanité vers le bonheur. Le tiers monde n'entend pas organiser une immense croisade de la faim contre toute l'Europe. Ce qu'il attend de ceux qui l'ont maintenu en esclavage pendant des siècles c'est qu'ils l'aident à réhabiliter l'homme, à faire triompher l'homme partout, une fois pour toutes. Mais il est clair que nous ne poussons pas la naïveté jusqu'à croire que cela se fera avec la coopération et la bonne volonté des gouvernements européens. Ce travail colossal qui consiste à réintroduire l'homme dans le monde, l'homme total, se fera avec l'aide décisive des masses européennes qui, il faut qu'elles le reconnaissent, se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maitres communs. Pour cela, il faudrait d'abord que les masses européennes décident de se réveiller, secouent leurs cerveaux et cessent de jouer au jeu irresponsable de la belle au bois dormant43».

 

L'égalité est une construction socio-historique, partisane d'une « commune humanité » en devenir44. Nous permettant de briguer une responsabilité du « soi » envers « l'autre », de remplacer le « je », par le « nous », de faire société.

 

 

Conclusion

 

 

L'égalité est le projet moderne par excellence, étant le socle de la civilisation occidentale, ce terme pionner traduit le fondement des Etats de droits45. En dépit de quoi la modernité n'a pas tenu sa promesse d'ériger l'universalité de l'égalité ( les Objectifs Du Millénaire). Le développement a perpétué une colonialité46 au profit d'anciennes puissances coloniales47. Autrefois par l'Eglise et l'impérialisme, aujourd'hui par des institutions supra-nationales ( Banque Mondiale, FMI, BCE) qui à travers des dettes contractés, contraignent les pays à pratiquer des politiques d'austérité qui desservent l'égalité, en prônant la dissolution du service public. Cette technicisation du social ( retrait de l'Etat sur les questions sociales au profit de la sphère privée) par le biais du développement a mis l'accent sur l'entrepreneuriat social pour faire basculer les damnées de la terre dans une « société de marché », préparant un terreau favorable à l'expansion du « marché unique ». Si bien que l'égalité se voit relayé par la liberté, qui obombrait un tant soi peu l'échec d'une égalité universelle. La liberté devient le fer de lance de la modernité occidentale, allant jusqu'à justifier des interventions militaires dans les pays du Sud, pour « libérer » les peuples de leurs oppresseurs. Cette notion n'a d'ailleurs rien d'anodine quant au projet occidental d'un « monde unifié », via l'éclosion du néo-libéralisme, qui aurait triomphé, en se hissant sous la bannière de la liberté ; le marché libre... L'Etat encouragerait, l'entrepreneuriat, qui est un moyen politique privilégié, de responsabiliser les individus face à leurs échec. Argumentation teinté de fatalisme qui cherche à délégitimer l'Etat Providence, en dénonçant des dérives partenalisantes, tout en institutionnalisant des libertés individuelles qui s'inscrivent dans une « logique de marché » ( la propriété privée).

 

L'égalité suppute une fébrilité du politique dépassée par des enjeux contemporains, se focalisant sur des objectifs court-termistes ( électoraliste)48. Suite à quoi, l'instrumentalisation de la figure de « l'autre », nous laisse envisagé un « deux poids deux mesures », institutionnalisé, du fait de pointer un communautarisme religieux ( l'islam) par le politique comme un « mal intérieur ». Tandis que le « communautarisme capitaliste » ( le CAC 40) bénéficient de faveurs ( suppression de l'ISF, CICE). La mobilisation d'une « identité nationale » atavique dans le débat politique, permet aux xénophobes de vouloir imposer la « transparence » chez l'autre comme une sorte de miroir permanent dans lequel ils pourraient se reconnaître. Il y a cependant des intransmissibles entres cultures de ce que Glissant décrit comme « opacité ». Un des grands enjeux contemporain pour lui, consiste à faire accepter dans l'imaginaire collectifs, cette notion d'opacité chez l'autre. De sorte que le respect du divers devrait être une composante centrale de l'égalité, rejoignant la notion de « mondialité49 » théorisé par Glissant. Toutefois la modernité est une ode ( euro-centré, assumé) au rationalisme, faisant l'apologie de la décontextualisation du sujet. Propice au diktat de la technique, qui entraîne une dépossession démocratique, de la part du cratos ( le pouvoir)50 .

 

A l'ère de l'anthropocène, la modernité si elle souhaite s'inscrire dans la logique de « mondialité », doit, repenser l'égalité, qui alerté par un particularisme ( peuples autochtones, laissés pour compte), de recentrer le rôle de l'homme, et de la nature dans nos sociétés, au détriment du capital. L'égalité, est l'item moderne qui à défaut d'être universelle, nous amène à positionner l'autre, par rapport à soi. Nous sommes égaux par rapport à qui ? A quoi ? Ainsi les inégalités engendrés par le Tout ( la société ), sur le sujet ( le soi), incite un positionnement ( actif, ou inactif) face à des situations vécues ou non comme absurde. Le positionnement « actif », influencé par une morale subjective, se dissociant de l'éthique diffusé par l'holos ( le tout en grec). A la fois pour soi, ou pour l'autre, comme une démarche d'altérité qui insinuerait que l'autre n'est en rien indifférent à la construction du soi51.

 

L'égalité est une notion polysémique, comme le développement qui représente à la fois un état, et un processus ( Gilbert Rist, 2013). Elle est un processus d'altérité, ayant un caractère subversif, selon la rigidité du cadre en vigueur52. Tout autant qu'un idéal humaniste, matérialisé par l'Etat de droits. L'ambivalence de l'égalité, celle de vanter les louanges d'un individualisme, comme apothéose libérale. Tandis que la prétention de son universalité à orchestrer un « cheval de Troie », avec pour finalité, une obédience global, au « marché unique »53. De telle sorte que son instrumentalisation, par le néo-libéralisme témoigne d'une inconciliabilité entre démocratie et capitalisme. Du fait, du nouveau rapport travail/capital, au profit du capital. Dès lors suivant cette logique capitaliste l'égalité est synonyme « d'employabilité ». Mais encore que la montée de la grogne sociale, appelle à une réappropriation de la part du démos ( le peuple), de cette promesse démocratique «  je veut être maître de mon destin » qui semble en échec aujourd'hui, selon le philosophe Pierre Henri Tavaillot54. A ce titre, l'intégration du pluralisme, aux décisions qui visent à impacter le « bien commun », rejoint cet élan démocratique. Tel la construction d'une communauté de biens s'inscrivant dans une perspective de justice sociale55. Nous amenant à nous représenter, l'égalité comme une dynamique démocratique, aux accents réformistes, en constante émulation. L'égalité par nature, questionne notre rapport à soi, aux autres, ainsi qu' à la société 56. Son universalité, nous incite à ouvrir les yeux sur le sort de l'autre, de tous les autres ( peuples indigènes, et biosphère), et a brisé le silence, qui est considéré par « l'autre » comme un silence violent.

 

« À mesure que l'homme avance en, civilisation, et que les petites tribus se réunissent en communautés plus larges, la plus simple raison devrait aviser chaque individu qu'il doit étendre ses instincts sociaux et ses sympathies à tous les membres d'une même nation, même s'ils lui sont personnellement inconnus.

Une fois ce point atteint, il n'y a plus qu'une barrière artificielle pour empêcher ses sympathies de s'étendre aux hommes de toutes les nations et de toutes les races. Il est vrai que si ces hommes sont séparés de lui par de grandes différences d'apparences extérieures ou d'habitudes, l'expérience malheureusement nous montre combien le temps est long avant que nous les regardions comme nos semblables57».

 

 

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1 Cité In Martucelli Danilo, La condition sociale moderne l'avenir d'une inquiétude, Gallimard 2017, p.391, p.392.

2 Le développement institutionnalisa une américanisation du monde occultant tout particularisme, qui viendrait à l'encontre de l'esprit rationnel véhiculé par la techno-structure, qu'est le « marché libre ». C'est en quoi la prétention universaliste occidentale apparaît comme une démarche inextricable d'ériger la commune humanité sur un même pied d'égalité. Du fait que l'Occident s'est construit sur des inégalités, qu'il a engendré, en exportant un système pyramidale, de domination économique, sociale et culturel, mondialisé, imposé telle une « libération ».

3 Relative aux différents rapports de classe, genre et race, mettant hier comme aujourd'hui à mal, aussi bien le pluralisme, qu'une certaine « justice sociale ».

4 Dans l'optique d'appréhender le néo-libéralisme comme continuum coloniale du fait de la corrélation entre inégalité et colonialité, qui opère en son sein.

5 Permettant à l'individu de jouir d'une liberté, celle d'éventuellement, se défaire des contraintes exercé par le groupe auquel il « appartient », de rompre le lien avec celui-ci, pour trouver une situation qui lui serait plus profitable. L'échange permet ici de pratiquer des us et coutumes, et de préserver le lien.

6 Dont l'indigénisme tend à reproduire un modèle de domination économique et sociale. Cette partie proposera un argumentaire, s'inscrivant dans la logique développé par un auteur majeur en matière d'études post-coloniales, qu'est, Edward Said.

7 Poussé par des discours politiques galvaniseurs, avec pour idéal l'universalité de l'égalité.

8 Quijano Anibal, Race et colonialité du pouvoir, Mouvements 2007/3 (n°51), p.111-118.

9 Devenu un terme « plastique », c'est à dire propre au jargon scientifique/colonial, s'est ensuite démocratisé, reste tout de même fidèle à son sens initial, qui implique une « hiérarchisation ».

10 Attention le retour à la tradition, plus largement dans une certaine mesure la réappropriation de valeurs collectiviste dans un « monde fini » peut constituer en soi une forme de progrès. Ici nous sommes dans un représentation stricto sensus, que nous serons tout de même amener à nuancer plus tard via l'apanage de la modernité comme progrès par le seul Occident. Alors que le propre d'une culture d'un peuple premier mais encore au sens large du terme, n'est pas un phénomène figé elle évolue elle s'adapte, selon que l'environnement change, selon que les mœurs du groupe social concerné mutent.

11 Guillaumin Colette Cita on rée de Quelques considérations sur le terme « culture ». Ethnicisation des rapports sociaux, p164, éd l'Harmattan 1994.

12 Les pauvres auraient le monopole de la dignité, soulignant ainsi un fatalisme qui soutiendrait un asservissement dont il serait difficile de s'en défaire, et dont la méritocratie permettraient pourtant d'entretenir le mythe du « self made man », afin de susciter un quelconque espoir à ces derniers.

13 Ces dernières renvoient dans les consciences collectives du nord l'image de femmes soumises, battues et illettrées. Représentation instrumentalisé pour justifier une intervention humaniste d'aider ces « pauvres femmes » otages du carcan de l'obscurantisme, avec entre autres l'excision comme emblème.

14 La réussite de ses programmes tient en partie au fait que les damnés de la terre s'imprègnent ou non, du rationalisme. Si tel est le cas l'individu se verra accéder par ses gains de productivité à des biens premiers. Selon la théorie de la justice sociale élaboré par John Rawls ( logement, nourriture, eau, électricité) autrefois inaccessible, d'un bien-être étroitement lié à une forme de consumérisme.

15 En leurs proposant un service bancaire adapté à leurs modestes bourses.

16Latouche Serge, L'occidentalisation du monde, Ed La Découverte, 2005, p.49.

17 Latouche Serge, L'occidentalisation du monde, Ed La Découverte, Paris, 2005, p.44-45.

18 L’apanage du développement par les sciences dures, au grand dam des habitants du Tiers Monde a mené des projets déphasés de la réalité sociale de ses bénéficiaires. Les développeurs ont cru bon de se basé sur la figure de l’homo oeconomicus pour peaufiner leurs modèles. Cette vision standardisée, ne correspond pas à un individu vivant dans un pays du Tiers Monde, car ces pays (bien que pauvres) paraissent, être enclin à une solidarité communautaire. Non sans rappeler que la vision apologétique des sciences dures notamment l’économétrie qui a contribué à un certain échec du développement. Ce technicisme a accentué ses efforts sur les effets, et non les causes de la pauvreté. La notion d'empowerment fut le moteur des programmes de développement dans les années 90. Le mot d’ordre était à l’époque la participation, se traduisant en pratique par l’implication des bénéficiaires (sensiblement des femmes) à l’élaboration, à la mise en œuvre des projets.

19 L’empowerment implique une allusion indirecte à une autre notion, bien connu dans le monde du développement, qui est celle de la capabilité. Ce concept se définit selon les capacités intrinsèques d’un individu à prendre sa vie en main, au même titre que l’empowerment. Cependant cette dernière se distingue par une forme participative, contrairement à la capabilité, qui relève dans un premier temps de caractéristique physique de l'individu ( un aveugle n'aura pas la même capabilité qu'un voyant, etc), dans un second temps de la liberté individuelle. Hormis cette différence ces deux notions se rejoignent sur un point, c’est qu’elles sont toutes deux dépendantes d’un cadre, d’une structure, qui va accorder ou non plus de moyens pour que les individus jouissent de leurs libertés. Ces deux concepts sont donc des construits sociaux qui vont permettre aux individus d’avoir un certain contrôle sur leurs vies, et de pouvoir envisager des lendemains sous un angle nouveau.

20 Du moins dans le domaine du développement, car dorénavant cette notion trouve une certaine redondance dans le monde de l’entreprise, où ce concept prend des allures de management participatif. Elle s’apparente à un moyen de favoriser l’estime de soi, la confiance en soi, de favoriser l’initiative, pour ainsi permettre à l’entreprise de parvenir à ses objectifs.

21 Politique relative à l’Etat Providence, Enclin à institutionnaliser un bien être social, grâce à une société assurantielle selon Pierre Ronsavallon, c’est-à-dire une société redistributive..

22 Economiste indien qui conceptualisa la notion de capabilité.

23 Relatif à un concept central, modèle courant de pensé, exemple ; le paradigme économique.

24 Martucceli Danilo, Grammaires de l'individu, Gallimard, 2002, p.118, p.119.

25 Qui rejoint la notion de « l'homo oeconomicus», Relatif à un individu décontextualisé qui cherche à maximiser son bien-être via le calcul couts/bénéfices.

26 Tonnies n'est pas réfractaire à l'évolution de la communauté en société , au contraire son scepticisme traduit davantage une forme de réformisme face à une modernité qui lui apparaît aliénante.

27 L'anomie est une notion qui désigne à la fois certaines situation d'absence, de confusion, de contradiction des règles sociales.

28 Cit par André Orléans, Les monnaies modernes comparées aux monnaies primitives : l’apport de Daniel de Coppet, ; version du 14/02/2007.

29 La liberté de s'accomplir comme l'individu le souhaite, à partir du moment ou il participe à un éblouissement national de quelques façons que ce soit, à condition que ce rôle soit éminemment économique.

30 La réciprocité dans l'échange comme fantasme occidental insinuerait une liberté individuelle qui permettrai à l'une des parties de rompre le lien une fois que l'échange a été procédé. « Fantasme » puisque la relation n'a pas pour finalité la transaction en tant que telle, mais bel et bien la perpétuité du lien social qui prime avant toute chose, ce n'est pas tant la valeur de l'artéfact qui est en jeu mais la symbolique du lien, qui découle de l'échange, qui prime.

31 Jean Guiart, Les mélanésiens devant l'économie de marché. Du milieu du XIXème siècle à la fin du millénaire, p.73-78, Le Rocher à la Voile, Nouméa, 1998.

32 Qu'une des deux parties engagés dans la relation d'échange concerné puisse jouir d'une certaine liberté, celle d'éventuellement rompre le lien, pour s'engager dans un autre échange ( éventuellement plus fructueux).

33 Dans ce cas ils ne sont pas vraiment libre de par le succès de l'échange, reposent sur leurs épaules la bonne entente entre clans, tribus, différentes soit la responsabilité d'une éventuelle hostilité qui peut se manifester sous des formes variées ( mauvais sort, châtiment, guerres tribales) selon la gravité de la situation.

34 Cherchant pour lui et ses proches un investissement qui leurs permettraient de spéculer ( par la parole à un niveau symbolique, entre différentes individus de haut rang de la tribu, du clan), via une titrisation d'une dette morale. Par exemple le fait qu'un totem soit restitué après un laps de temps plus moins important, c'est plus qu'un objet c'est l'honneur qui a été rendue. Ici va être analysé par l'entourage ( les anciens) l'art et la manière de l'individu endetté de se libérer à la fois de sa dette morale, mais surtout d'un éventuel mauvais sort dont il aurait potentiellement fait l'objet. Donc de sa façon a interagir avec le monde visible/invisible. Dans le respect bien entendu solennel de la coutume, ce qui compte c'est l'appropriation via l'action individuelle ou collectives du respect des normes émanant du groupe social concerné, donc de leurs intégrations mais surtout de la perpétuité des rîtes, comme partie intégrante de leurs identités, ainsi que de la reconnaissance de leurs statut social par les membres intra-extra tribales.

35 Cette représentation hâtive des travaux de Marcel Mauss semble vaine, mettant de côté le caractère identitaire fort notamment à travers le phénomène de la lignée, ainsi que les structures sociales rigides dont lesquelles le peuple de chasseur-cueilleur évoluent.

36 Ce sont des dons de deux natures soit agonistiques quand ceux-ci un concours de prestige social exemple le potlach ou au contraire non agonistique exemple la kula.

37 Ou alors est daté dans le temps avec la garantie, ou encore se monnaie sous la forme de services ou garanties supplémentaires. On ne sent plus vraiment responsable par rapport à l'autre. Dans un monde où tout est à vendre où tout le monde devient un marchand pour reprendre les propos de Tonnies.

38 A titre d'exemple le marché des voitures d'occasions ( le marché des lemons, de Joseph Stiglitz). On parle aujourd'hui d'économie de l'information tant les informations fiables sont précieuses dans un monde interconnecté ou tout va plus vite.

39 L'idée d'un geste de retour au don initial bien qu'il soit manifesté matériellement traduirait d'avantage une forme de bienveillance, de volonté de préserver un lien social dans les sociétés primitives tant l'appartenance à un groupe social, y est omnipotent.

40 De quelqu'un qui détient un forme de puissance manifeste. Relatif au statut social, une expérience, un charisme, quelqu'un qui a accompli des choses, survécu à des événements qui transmet à son tour la pratique d'us et coutumes.

41 De ce lien social que l'on pourrait qualifier de « mystique », se manifeste à travers le don, tel un don d'une partie de son identité. Dans cette optique la dette ( qu'engendre le don ) est vécue comme une nécessité, puisqu'elle permet de perpétuer à travers le lien social, des rîtes intra-extra ethnique et assurerai un certain équilibre entre le monde visible -invisible. Dans les sociétés contemporaine la dette traduit un rapport de force, un assujettissement. Dans ce contexte la dette est perçu comme une contrainte.

42Said Edward W, Culture et impérialisme, Fayard Le Monde Diplomatique, 2000, p.325-327.

43 Cit Les damnés de la terre, François Maspero, p62, Paris, 1982.

44 Perceptible via l'avènement d'une communauté internationale de luttes sociales, qui ne s'est jamais manifesté de façon aussi vive ces dernières années, depuis la prise de conscience de système d'oppressions systémique ici et las bas.

45 Se référant à un Etat Nation fort ou il ferait « bon vivre ». Ce projet est rendu possible par la maîtrise de la nature. La figure de l'homo œconomicus est incontournable dans la logique rationnelle, du fait d'une modernité qui a vocation à achalander l'individu vers le « marché unique », dans une expectative « fordiste » ( uniformisation, production en série, consommation de masse), d'achalandé via le développement les damnés de la terre vers le marché unique. Pour permettre entre autres à la France d'écouler ses stocks invendus car pas assez compétitifs sur le marché européen, dans ses colonies. « Cette politique reposait en effet sur l'idée simpliste, selon les Marseillais, que les colonies pouvaient fournir à l'industrie métropolitaine toutes les matières premières dont elle avait besoin et, qu'en échange, elles pouvaient absorber les produits fabriqués que la métropole ne pouvait écouler sur les marchés internationaux en raison de leurs prix élevés. » d'après Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français histoire d'un divorce, Albin Michel, 1984, p.231.

46Rapports de pouvoirs établies lors de la colonisation et qui perdure à travers le système capitaliste, comme un néo-colonialisme.

47 Le processus de décolonisation a surtout permis aux empires de se « soulager du couts de la gestion administratives » de ses colonies encouragé par la pensée économique libérale. Tout en s'assurant via le pacte coloniale, d'avoir l'exclusivité commerciale ( création de monopoles sur leurs marchés intérieurs) et industrielles (exploitation de leurs ressources) sur leurs anciennes colonies.

48 De délayer dans un cadre discursif, la légitimation de leurs mandats qui tiendrait en partie sur leurs capacités à surfer sur la vague de la peur, avec pour toile de fond des rixes communautaires/ethniques, comme tsunami.

49 « Si la mondialisation est bien un état de fait de l'évolution de l'économie et de l'Histoire, et qu'elle procède d'un nivellement par le bas, la mondialité est au contraire cet état de mise en présence des cultures vécu dans le respect du Divers. La notion désigne donc un enrichissement intellectuel, spirituel et sensible plutôt qu'un appauvrissement dû à l'uniformisation que nous ne connaissons hélas que trop » Glissant.

50 Cette situation témoigne d'un Occident qui n'ose pas se saisir de « l'après capitalisme», étant la « bête noire » des politiciens occidentaux. Suite au déclin de l'Etat Nation, qui présage une dépendance accru de la société civile envers la sphère privée. La « capitalisation de la démocratie »amorce le fait que les multinationales s'accaparent le monopole d'incarner le progrès , ( exemple « la parade du progrès » de Général Motors).

51 Pour autant ce dispositif législatif bien que crucial ne soit pas suffisant pour disposer un tant soi peu des mêmes chances de réussir dans la vie. Beaucoup d'inégalités subviennent nous n'avons pas le même rapport à la culture dominante, de ce que Bourdieu appelle le capital culturelle/social.

52 Propice à une désobéissance civile, qui promeut une conception vivante, dynamique qui s'opposerai à une vision figé de la loi comme une entité transcendantal qui imposerai ses volontés sur l'individu, qui ne pourrai nullement en influencer les contours d'après Manuel Cervera-Marzal,enseignant de sciences politiques et philosophe, il travaille sur les mouvements de contestation et en particulier sur la désobéissance civile, tiré d'un interview pour France Télévisions/Premières lignes Télévisions/Storycircus 2017.

53 Elle implique un positionnement permanent vis à vis de normes imposé par la société de consommation de masse, comme idéal à atteindre, tel « la poursuite de chimères ». Faute de mieux et voyant pire ailleurs, elle permet aux classes sociales modestes du Nord, d'accepter leurs sort.

54 Propos recueillis lors de l'émission 28 minutes sur Arte le débat du 18 mars 2019.

55 Car elle peut aussi revêtir une forme de xénophobie quand l'autre ( le migrant), en dehors du soi menace la quiétude de la cité, en aspirant à s'aligner sur nos standard de vie, au détriment inconditionnelle semble t-il de notre confort. Ceux en quoi l'égalité incarne une « hypocrisie » celle de fermer les yeux face aux sorts de l'autre ( sur le territoire national, ou a l'étranger).

56 Comment pouvons-nous prétendre être égaux, quand on a conscience que le Nord pourvoie des armes, et mène des guerres au Sud. Certains militent pour défendre une universalité de l'égalité. Comme ce fut le cas lors du 4 mai 1970, ou quatre étudiants américains, non-violents de l'université de Kent ( Ohio), furent tués par la garde nationale, alors qu'ils manifestaient contre la guerre au Vietnam.

57 Cit Charles Darwin (La Filiation de l'Homme, chapitre IV).

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