4 " intellectuels " néo-calédonien se paient Edwy Plenel

Dans une tribune parue à ce jour dans le journal Le Monde.

 

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/16/referendum-en-nouvelle-caledonie-la-posture-anticoloniale-venue-de-la-metropole-nous-indigne-car-elle-nous-deresponsabilise_6052350_3232.html

 

La tribune évoquée ici en appel à la nuance, mais c'est une " nuance naïve " qui érige une posture intellectuelle néo-calédonienne, en un anathème  contre la pensée anti-coloniale 1. Pourtant dans la série référendaire d'accès ou non à l'indépendance, cette pensée pourrait s'appréhender comme une démarche exhaustive. Si bien que dans un processus de décolonisation, la pensée en question, reste pertinente pour analyser un système d'oppression systémique .  Cette tribune affiche une volonté de " penser par soi-même " de  " disposer de soi même " qui paradoxalement est une réflexion au coeur de la pensée décoloniale. D'où le quiproquos qui vient jeter le discrédit sur ce témoignage à l'unisson faisant d'avantage office d'une « récupération calomnieuse ». Étant donné que la démarche d'altérité de la pensée décoloniale est instrumentalisée, contre elle-même. De plus le fait de citer de manière anecdotique, la « créolisation » d'Édouard Glissant, ne suffit pas à éclaircir le point de vue partagé par les auteurs. Mis à part si on comprend ce concept comme un processus d’acculturation . Dès lors le « métissage » tant vanté ici prendrait des allures d'un nouvel essentialisme. C'est à dire une identité « néo-calédonienne » en devenir qui balayerait le clivage persistant, incarné par l'antagonisme tradition ( kanak, océanienne, identité racine) versus modernité ( modèle de l'homme total vanté entre autres par la mondialisation, comme universalisme). Les arguments teintés de pathos jalonnant cet écrit, surfent sur le fait que cette île serait ( potentiellement ) une poudrière ( relatif à la période des «  évènements » 2 ). Propos qui viennent aveuglément justifier l'amalgame ; selon lequel, la radicalisation de la violence prôné soi-disant par la pensée anti-coloniale, serait fantasmé comme sans-issue. On aurait tendance à croire en lisant cette publication que les «  vieux » n'ont fait que  prendre les armes pour assouvir leurs « pulsions meurtrières ». Non sans rappeler la mésinterprétation, de la préface de Jean-Paul Sartre, des Damnés de la Terre de Frantz Fanon qui a été comprise telle une vision apologétique de la violence. Hors cette perception bicéphale est déconstruite par Fanon lui-même.

 

 

 

Ce « conseil des sages » autoproclamé, se suffit à  la supposé prééminence de ses membres. Dans le but de nous faire ingérer leurs outrages de la pensée anti-coloniale, via une prophétie auto-réalisatrice . Compte tenu d'un argumentaire se félicitant de s'être libéré du poids de la lignée, comme héritage politique, social et culturel, « pesant ». Ils dénoncent une forme de paternalisme occidental 3, aussi bien qu'un paternalisme local. Tout en infantilisant eux-même leurs auditoire via une « victoire intellectuelle » qui vise à faire abdiquer les « néo-citoyens » du primitivisme/séparatisme , sous couvert de libertés individuelles. Si bien que l'effet d'annonce induit dans la publication ( « nous autres intellectuels calédoniens pensant que » ), offre une tribune à un discours policé laissant entendre le sursaut d'orgueil, d'une «  mondanité intellectuelle néo-calédonienne », trier sur le volet ... Ce cris d'existence résonne comme une « déroute identitaire ». Du fait que cet écrit promeut de façon univoque, un rapport transgénérationnel, quelque peu clivant. À savoir que dans ce contexte de décolonisation, le fait de critiquer la pensée anti-coloniale apparaît comme une antinomie, faisant le jeu de l'idéologie universaliste française. En d'autres termes, un vivre-ensemble opaque qui consumerai le particularisme 4.



 

« La décolonisation a vu surgir une pléthore d'Etats nouveaux dont les frontières résultent des découpages plus qu'arbitraires du partage colonial. Ces Etats, souvent artificiels, du tiers monde tentent d'imposer à leurs « néo-citoyens » une identité nationale abstraite et vide. Ce faisant, ils luttent avec un acharnement digne d'une meilleure cause contre les identités culturelles des ethnies concrètes. »  Latouche Serge, L'occidentalisation du monde, Ed La Découverte, Paris, 2005, p.100-101.

 

 

 

La parole néo-calédonienne pour s’élever, doit d'abord se libérer. Afin que sa résonance demeure ( plus ) forte, elle ne doit pas s'appréhender uniquement comme le monopole des « ainés », s'affirmant ainsi loin d'une « créolisation silencieuse ». Cette créolisation est pourtant loin d'être incompatible à la pensée décoloniale. D'après Frantz Fanon cette pensée à son apogée, dépasse les couleurs, les différences ainsi que les scissions du monde. Il ne s'agit pas de renverser l'oppresseur ( pour éventuellement le remplacer ) mais de sortir de la domination par la « destruction du système d'aliénation ». L'objectif n'est pas d'être libre mais d'être libre ensemble. C'est en cela que la pensée décoloniale est émancipatrice car elle ne conforte pas l'essentialisme/séparatisme, elle le transcende afin d'ériger la " commune humanité " ( de renouer ainsi avec la pluralité du monde qui souffre jusqu'alors d'une vision unilatérale).

 

La citation de Déwé Gorodé s'inscrit dans cette logique, une océanité 5 qui retentirait tel un « précieux horizon d'universalité » ( un pluralisme reflétant la mosaïque néo-calédonienne ). « la parole est le fruit du silence », mais c'est un silence violent  6.







« Il ne s'agit plus de connaître le monde, mais de le transformer » Karl Marx

 

 

 

 

 

1 Cette tribune ( un peu du réchauffée) se trompe de cible, c'est d'autant l'usage de mr Plenel , d'une je cite " grille d'analyse datant des années 80 ", que la grille d'analyse elle-même qui devrait être décrier. Ces intellectuels s'indignent de la pensée anti-coloniale sans jamais évoquer le néo-colonialisme. Alors que le néo-colonialisme vient conforter cette grille supposée " désuet ". Pour Fanon la colonisation constitue entre autres la séparation des espaces, dont l'archipel concerné ne semble pas échapper à cette logique.

2 Situation de quasi guerre civile sur cette île de 1984-1988.

3 Par le biais d'analyses simplificatrices comme autant de raccourcis idéologique, en faisant eux-mêmes des raccourcis en se positionnant comme des détracteurs de la pensée décoloniale.

4 La France n'y serait alors pour rien face à l'incurie calédonienne, taisant le fait d'une société néo-calédonienne phagocyté par l'ancien colonisateur.

5 « Cette valorisation du verbe s'est largement transmise aux autres communautés ».

6 Dans cette optique le « destin commun » fait figure de thérapie de groupe , pour libérer la parole.

 

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