Pourquoi je ne voterai pas au prochain référendum

d'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie

 

 La France a une relation singulière avec le référendum, en prenant exemple sur celui de 2005. Elle peine à se saisir de cet outil démocratique, faisant écho au souhait des gilets jaunes de mettre en place le Référendum d'Initiative Citoyenne. Alimentant de fait la défiance éprouvé par la société civile, quant à la faculté de la classe politique a représenté leurs intérêts, d'une part. D'autre part la relation française avec ses colonies, laisse envisagé un néo-colonialisme, institutionnalisé par le capitalisme (une main mise sur les richesses ), qui perdure tout aussi bien dans les anciennes colonies, dont les indépendance ne sont que des « décolonisation administrative de façade ». Les partisans du non à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, aiment à souligner la « mission civilisatrice », du pays des droits de l'homme d'avoir sortie cet archipel des méandres de l'obscurantisme. Occultant de fait, que ce paternalisme supposé, est essentiellement animé par un concours de « prestige social internationale ». Les essais nucléaires de Mururoa, ainsi que la contamination au chlordécone dans les Antilles française ( bien que ce sont des exemples parmi d'autres) s'inscrivent dans cette logique, mais avant tout symbolisent la démesure française.

 

« On noiera la révolution dans les urnes, ce qui n'est pas étonnant car de toute manière, elles sont faites pour ça » J-P Sartre

 

Le fait de voter nous coupe de la foule et nous dispense de nous occuper des affaires publics. L'isoloir est un paradoxe vivant, c'est à dire qu'on est seul vis à vis de soi-même, et qu'on va décider de la société qu'on veut. Le moment du vote, est le moment ou le peuple constitue le pouvoir. Cela revient à dire que le peuple en tout, n'est que la somme des votants. Ce qui est paradoxale parce que l'isoloir est une garantie de la liberté individuelle, pour être dans le « secret d'une conscience », c'est donc en se désocialisant, qu'on va constituer le peuple. Ce procédé casse l'effet d'entrainement du peuple, le fait d'être ensemble. C'est une représentation qui suppose que le peuple émane de la rencontre, de l'addition des volontés individuelles, ce qui est une manière pour Jean Paul Sartre, de nier la réalité même du peuple. Nous sommes sérié, sérialisé les uns à côté des autres. Du point de vue de Sartre c'est au nom de la démocratie qu'il est contre le vote. C'est au nom d'une démocratie directe, et non pas une démocratie représentative, qu'une démocratie délègue à d'autres le droit de gouverner en son nom, et pour Sartre un paradoxe une contradiction irréconciliable, quelque chose à surmonter, à défaut de le surmonter, une mascarade à laquelle il ne faut pas participer. Si la démocratie c'est l'exercice de la souveraineté par le peuple, sur le peuple, alors elle ne peut pas naître dans un isoloir. L'isoloir c est la machinerie libérale qui sert à détruire, qui a pour fonction de détruire la démocratie, pour Sartre. Les urnes sont faites pour ramener l'individu, seul en face de lui, et donc empêcher que se constitue la démocratie. Sartre nous informe que ce qu'on appelle démocratie est un système purement individualiste, c'est pas du tout l'exercice de la souveraineté par le peuple, parce que nous nous méfions du peuple en tant que tel. Ce que l'on appelle démocratie, c'est un système qui protège les droits subjectifs, les droits de l'homme, mais les droits de l'homme sont des droits individuels, et qui servent à tenir légitime le candidat élu pour lequel on a pas voté, qui servent à court circuiter en permanence la démocratie directe, d'après Frédéric Brahami.

 

 

" être libre ce n'est rien, devenir libre c'est le ciel " Fichte

 

De par le positionnement qui est le mien, vis à vis du sujet qui nous concerne ici. Le reproche incontournable adressé à cet égard, reste celui lié à la mémoire des ancêtres 1. Quant à mon refus de participer à cette « mascarade démocratique », selon certains dires ma présumé insolence, n'honore pas le sang qui a été coulé, par les « anciens ». Or paradoxalement, c'est bien dans la continuité du chemin, qui a été tracé par ses derniers, que s'inscrit donc, cette démarche. A savoir qu'elle prend acte de la nécessité d'un changement de modèle, qui gangrène l'ensemble du vivant. La démocratie n'étant que le « paravent » de l'oligarchie, ceux en quoi les « vieux » se sont battus contre ce système de domination. Or suite au contexte post-colonial, les clivages engendré par l'impérialisme, se perpétuent, à travers le capitalisme. Du fait que l'Occident s'est construit sur des inégalités, qu'il a engendré, en exportant un système pyramidal, de domination 2, mondialisé, imposé au Sud, telle une « libération ». En raison de quoi la représentation « émancipatrice » de la révolution industrielle, a été mis à mal 3. Le destin de la Nouvelle-Calédonie semble alors, faire face à un défi plus grand que les dit référendums. Celui de se réinventer, via l'après nickel, vers un nouveau modèle, aux vues d'inégalités, qui sévissent sur cette île, et qui tempèrent le « vivre ensemble ». De ce fait, ce destin 4 ne peut se jouer dans les urnes, car le caractère subversif, qu'il induit renverserait, un ordre pré-établi, qui pensez-vous bien, orchestre sciemment un scénario pour que cela ne puisse se produire. A titre d'exemple, en institutionnalisant une pauvreté asservissante ( la vie chère, la baisse des services publics), un Etat endetté, soldant sa souveraineté au profit de l'intérêt privé, avec pour seul motif (valable) la théorie du ruissellement. La réappropriation par la société civile, des questions politique et économique, en son sens originel, qui est celui tiré du terme grec oikonomia ( gestion de la maisonnée ). Telle une forme d'empowerment social, qui admettrait que le sort des générations futures ne peut se sceller, qu'au seul prix de notre complaisance, si ce n'est de notre sommeil.

 

Mais encore que le vote des concitoyens concernant une question d'intérêt général du territoire qu'ils occupent. Constitue un symbole démocratique inébranlable. Aller à l'encontre de cet idéologie, du moins de déconstruire ce dernier dans le contexte de décolonisation, qui nous anime ici. C'est dans l imaginaire collectif, nier la dualité qui cristallise l'avenir institutionnel de cet archipel, sous une forme d'ethnonationalisme kanak d'un côté, et de l'autre un ethnonationalisme français, cependant tout deux assujettit, au nom de la mondialisation, à un néo-colonialisme. A ce propos, ce référendum est une diversion des vrais problèmes. Compte tenu des pronostic 5, il sert avant tout de stratagème pour faire accepter sa domination aux autochtones par voie démocratique. Car la France depuis les accords de Matignon a phagocyté la société néo-calédonienne, et a terni l’insurrection kanak à grand coup de subvention. Ajouté à cela le manque d'audace de la part de la classe politique locale, de proposer un projet de société, qui répondrait aux enjeux contemporain ( réchauffement climatique, etc). Nous amène à penser que ce référendum est un outil bien que démocratique, n'étant pas ou peu accessible pour le commun des mortels, par le raisonnement technique, qu'il induit, de par sa finalité institutionnelle. En raison de quoi, cette consultation 6, est une mesure pour le peuple, mais dont l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, se construira sans lui. 





«  Quand on sait que les grandes organisations internationales n'ont à la bouche aujourd'hui que les termes de « démocratie », de « droits de l'homme », de « transparence », et de « société civile », le risque n'est-il pas là, majeur et classique que s'installe une sorte d'homologie lexicale entre la voix des dominants et celle des dominés, un terrain d'entente favorable à un dialogue de dupes dont on connaît à l'avance le nom du perdant ?7 »

 

 

 

En admettant que l'avidité du néo-libéralisme n'a de couleurs, en ce sens qu'il se nourrit des inégalités sociales, qu'il prétend atténuer. De plus la classe politique à son service maquille ce constat via un clivage ethnique, qui repose sur une essentialisation de la figure de l'autre, comme différentiel civilisationnel insoluble. La Nouvelle-Calédonie étant une ethnocratie, à savoir que le gouvernement tient sa place des tenants et des aboutissants des différences ethniques, particulièrement perceptible lors des dernières élections provinciales, ou le clientélisme ethnique y a joué un rôle certain. Tant que nous accorderons de l'importance au barrières artificielles qui séparent les insulaires quelle qu'ils soient entre eux, nous ne pourrons rester que spectateur. Au terme de l'analyse si nous devrions nous inspirer de la France, nous pourrions réclamer à notre tour un Référendum d'Initiative Citoyenne, afin de devenir acteur de notre avenir ( ainsi que celui des générations future) qui semble nous échapper. Etant donné que le but n'est pas de faire sa part, mais de ne jamais faire seul, tout autant qu'il n'est pas d'être libre, mais d'être libre ensemble. L'émancipation n'étant pas "donnée", elle n'est certainement pas le fruit des urnes 8, elle se conquiert...

 

We carry in our hearts the true country

and that cannot be stolen

We follow in the steps of our ancestry

and that cannot be broken

 

Proverbe aborigène

 

 

 

1En ma qualité de métis kanak/polynésien.

2 Toujours est-il que le principe de hiérarchisation ainsi que celui de séparation des espaces d'après Fanon, inhérent à la colonisation, demeure sous la forme d'un néo-colonialisme, incarné par le néo-libéralisme.

3 La crise du nickel a eu raison de la vision aliénante marxiste, de la productivité industrielle, comme seul processus émancipateur.La manne minière confère un « avantage » au pays, qui paraît fragile, est surtout remise en cause via les externalités qu'elle génère ( pollution des sols et maritime).

 

4 Suivant la logique précédemment cité.

5 Les mélanésiens ne sont plus prioritaire, qui plus est ne sont tous pour l'indépendance.

6 Puisque ce référendum a vocation d'être de type consultatif.

7Jallon Hugues, De la résistance à la dissidence : les voies étroites de la contestation globale, La Découverte (« Mouvements ») 2003/1 n°25, pages 45 à50, cit p.47, 48.

8 Qui sert avant tout à produire plus de dépendance envers un capitalisme avide, pourquoi diable alors les dettes des Etats ne font qu'augmenter.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.