Le « destin commun »

L'avant propos : ou la construction d'une « communauté de destin » pluri-ethnique en Nouvelle-Calédonie : un néologisme, au confins du monde.

Avant propos

 

« Et quand surtout la patrie, en tant que lieu de souvenirs aimés, lie les cœurs, rend la séparation difficile, attire avec nostalgie et un désir ardent de la revoir celui qui en est éloigné, elle a alors, comme endroit où on vécu et sont enterrés les ancêtres, où les esprits des morts errent et séjournent encore au-dessus des toits et entre les murs comme des figures protectrices et paternelles imposant leur souvenir, une signification particulièrement élevée pour des tempéraments simples et pieux. Ce sentiment existe déjà manifestement dans la maison et la famille, (...), comme porteur des arbres et des plantes, comme asile du gibier et enfin comme pâturage du bétail apprivoisé, n'est apprécié que pour de tels dons, riches et généreux, (...). Et cependant, le sentiment envers ces dons devient plus fort quand la maison et la ferme se fixent définitivement et semblent avoir poussé sur la terre cultivable qui porte alors en elle la force humaine transplantée, et pour ainsi dire la sueur et le sang de ceux qui ne sont plus, suscitant une pieuse reconnaissance de la part de ceux qui en bénéficient. L'être métaphysique de la famille, du clan, mais aussi du village, de la province et de la ville, est pour ainsi dire marié avec sa terre ; il vit régulièrement avec elle comme dans le lien conjugal. Ce qui est habitude dans le mariage est ici coutume1. »

 

Le « destin commun » émergea dans une volonté de « paix sociale », suite aux accords de Matignon Oudinot en 1988, puis ceux de Nouméa de 1998, qui aboutiront au partage de la souveraineté avec la France, vers l'accès à la « pleine souveraineté », par le biais de plusieurs referendums ( 2018 - 2022), lors desquels la question de l'accès à l'indépendance sera posée. Mettant fin à une situation de quasi guerre civile, lors de la période des « évènements » ( 1984 – 88). L'accord de Nouméa a aussi conduit, à une plus grande reconnaissance de l'identité kanak. Dorénavant ce peuple autochtone dispose d'un statut coutumier ( la coutume c'est le « schème de pensée » qui régit la vie mélanésienne), qui est reconnu par le droit civil. Si bien que depuis vingt ans, a été établie, une Académie des Langues Kanak, une Agence de Développement de la Culture Kanak ( ADCK), et du Centre Culturel Tjibaou, puis un Sénat coutumier, ainsi que la prise en compte de la langue et la culture kanak dans l'enseignement. Néanmoins, on s'aperçoit que des inégalités ( liées à l'accès aux formations supérieures, à l'emploi) persistent, du fait de leurs caractères structurels.

 

« Il est aujourd'hui nécessaire de poser les bases d'une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d'origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun » (accord de Nouméa, 1998, préambule, article 4).

 

Cet article analysera un modèle de domination mondialisé hérité de l'ancienne puissance coloniale. Par le biais d'un argumentaire qui déconstruira, la modernité, de son ambition universalisante, en pointant les limites du modèle occidental2, quant à sa reconnaissance de la figure de l'autre. C'est en quoi le « destin commun » sera abordé, sous l'aspect d'une intégration du pluralisme, en dépassant l'antagonisme de la tradition versus la modernité, non pas pour légitimer une partie plutôt qu'une autre3. Etant donné que la question de l'indigénisme comme dérives identitaire, sera posé, puisqu'il serait réducteur d'aborder cet écrit comme une hymne bucolique à la société traditionnelle, tandis que sa substance s'inscrit dans une réflexion, qui vise à dénoncer tout aussi bien l'euro-centrisme, que toutes formes d'ethnocentrisme4.

 

Le « destin commun », comme processus d'intégration du pluralisme, en appréhendant les questions identitaires, du moins celles relatives au communautarisme, via un parallèle entre le centre ( la France) et sa périphérie ( Nouvelle-Calédonie). Car ces mêmes questions identitaires entre ici et las bas, retentissent dans le débat public national, et extra-national. Ce questionnement identitaire fait écho, au contexte politique déterminant pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie ( pour, ou contre l'indépendance). Concernant une identité, une citoyenneté calédonienne, en devenir, pour ne pas dire en suspens. En raison d'un manque de vision émanant du politique, caractéristique d'une société pro-industrielle, qui a axé sa performativité essentiellement sur le rationalisme5, minimisant la question sociale et culturelle, qui dorénavant semble faire défaut à cette île, tel un revers de la mondialisation6.

 

 

Les indépendantistes, n'ont pas réussi à fédérer autour d'un projet de société, s'expliquant en partie par le fait, de leurs investissements dans le retard institutionnel des territoires, dont ils  ont la charge. Dans la mesure où, la nationalisation de l'usine de Koniambo, a été envisagée comme l'effet de levier nécessaire, permettant à la province Nord, de « peser », par rapport à la capitale de cette île qui a tendance à contenir le flux de capitaux. En raison de quoi la ville de Koné s'érige en capitale de la province Nord, en devenant attractive, face à une ville de Nouméa, de plus en plus obstruée. Du côté loyaliste on répercute le débat politique de l'identité nationale, vers celui lié au « destin commun », en dénonçant un communautarisme ( retour à la tradition ), comme un frein au progrès7. Outre le fait que les programmes politiques divergent, les besoins diffèrent8. Etant donné que pour les individus incarnant le pluralisme ( kanak, océaniens, asiatique ) c'est davantage les questions culturelles/identitaires qui priment, en revendiquant un droit à la différence, d'être les ambassadeurs de leurs traditions respectives. Tandis que pour les individus se revendiquant d'être des citoyens d'un monde unifié ( d'après des standards occidentaux), qui les importent, d'être des ambassadeurs de la modernité. Cependant tout les individus d'origine encline à incarner un pluralisme ne sont pas forcément unanimes, quant à la priorité de l'item culturel. Tout autant que les individus « modernes », ne sont pas non plus tous, aveugle quant aux limites de la pensée unique.

 

 

Le bi-partisme de la classe politique s'amorce par des prénotions propres à un « différentiel civilisationnel » laborieusement dépassable, voire insoluble pour certains, alors que d'autres dénoncent une racialisation de la figure de l'autre, comme source d'exclusion sociale ( du moins de certaines strates sociales). Cet affrontement politique manichéen a tendance à travestir le débat politique autour de la question ( de façon plus ou moins implicite) raciale. Tandis que le système capitaliste qui se nourrit des inégalités, qu'il prétend combler, est reconduit, tel un subterfuge comme étant la solution, et en aucun cas la source des maux de cet archipel. Avec pour effet de rendre la représentation dans l'imaginaire collectif du terme « commun » dont le destin néo-calédonien pourtant se dote, impalpable.

 

 

 

« Il me semble que le système français incarne de manière extrême l'universalisme le plus abstrait qui reflète « une colonialité du pouvoir à la française ». Contrairement aux discours ambiants, le communautarisme en France est surtout un communautarisme blanc, masculin et élitiste. Les instances de pouvoir, qu'il soit politique (Parlement...) ou économique (grandes entreprises) sont tenues par le même groupe qui ne cesse de reproduire ses privilèges.

 

Le paradoxe, c'est qu'on taxe certains groupes ethniques de communautarisme alors qu'on ne leur laisse pas de véritables moyens d'accéder à certaines sphères socio-économiques. Ils ont beau subir de multiples discriminations à l'école ou au travail depuis des décennies, leur capacité à se défendre est très limité. Les émeutes d'octobre 2005 illustrent l'impasse dans laquelle se trouve le système français qui proclame d'un côté une égalité théorique et qui de l'autre échoue à imposer une réelle égalité des chances.»9

 

Le « destin commun » a le mérite de questionner notre rapport à ce qui est commun, de ce qui ne l'est pas. Dans une perspective égalitaire qui peine à se prononcer en tant que telle. Suite au contexte post-colonial, les clivages passés, engendré par l'impérialisme, semble se perpétuer à travers les inégalités engendrées10, par le capitalisme. Toujours est-il que le principe de hiérarchisation ainsi que celui de séparation des espaces d'après Fanon, inhérent à la colonisation, demeure sous la forme d'un néo-colonialisme, incarné par le néo-libéralisme11. La raison étant que le développement institutionnalisa une uniformisation du monde occultant tout particularisme, qui viendrait à l'encontre de l'esprit rationnel véhiculé par la techno-structure, qu'est le « marché libre ». Du fait que l'Occident s'est construit sur des inégalités, qu'il a engendré, en exportant un système pyramidal, de domination économique, sociale et culturel, mondialisé, imposé au Sud, telle une « libération ». Ce « néologisme » fait office de trick, par ses allures humanistes, sans remettre en question le système capitaliste, qui instrumentalise le « vivre ensemble », à des fins productivistes. C'est pourquoi ce destin, est synonyme « d'employabilité »12 dans sa dimension égalitaire la plus probable. De plus la nature antonymique de ce « néologisme », ne peut que rendre étymologiquement, ce terme « opaque ». S'agirait-il, d'une politique propice à la construction d'un « monde commun », qui selon Hannah Arendt, la politique prend acte de la pluralité des hommes. Elle servirait à créer du « commun » en respectant la spécificité de chacun. Opposé à la vision qu'en a Carl Schmitt, pour lui, la politique consiste en la « discrimination de l'ami, et de l'ennemi», qui trouve une certaine redondance dans l'actualité ( terrorisme, migration, communautarisme) d'après Achille Mbembe13. A titre d'exemple, l'ethnonationalisme14 européen, prend une forme de xénophobie quand « l'autre », hors du soi menace la quiétude de la cité, en aspirant à s'aligner sur nos standard de vie, au détriment semble t-il de notre confort. Ou bien peut-être que le « destin commun » relève en théorie d'une vision nostalgique de la politique, créatrice de « commun » partagé par Hannah Arendt ( Martucelli, 2017 15) , propre aussi à la classe politique vieillissante sur cet archipel. En pratique il encouragerait une politique assimilationniste, en désignant un ennemi ( le communautarisme, tel un retour à la tradition ) au sens de Schmitt comme un « mal intérieur ».

 

Ce destin apparaît comme un « vivre ensemble opaque», car sans véritable substance « égalitaire 16». « Il est une mesure pour le peuple, mais qui se construit sans le peuple ». Propre aux sociétés ou la technique y tient un rôle prépondérant, s'accompagnant d'une dépossession démocratique à la fois du cratos ( le pouvoir ), qui se doit de favoriser un cadre législatif favorable à la pleine expression du « marché unique » ; ainsi que du démos ( le peuple) qui se voit démuni face aux aléas du « marché libre », en le destituant de cette promesse démocratique « je veux être maître de mon destin », qui apparaît en échec aujourd'hui, d'après le philosophe Pierre Henri Tavaillot. Cette dépossession démocratique engendrée par le secteur privé, incarne un concept phare du néo-libéralisme, qui est celui du marché auto-régulateur17. De la « crise de la surproduction » de 1929, on retiendra qu'une politique interventionniste est nécessaire pour amoindrir les effets dévastateurs de la crise sur la société. L'Etat assurerai le rôle de rempart, face au dérives du néo-libéralisme, comme ce fut aussi le cas concernant la crise des subprimes18 de 2008. Le krach boursier du 24 octobre 1929 remit en cause le modèle capitaliste américain des années 1920 basé sur une consommation de masse. En 1932 Franklin Roosevelt est élu président dans un contexte de crise et de défiance envers le secteur privé sans précédent. Il mit en place le New Deal qui constitue une politique interventionniste pour relancer l'économie. Réélu en 1936 Roosevelt se fait un devoir de limiter le pouvoir des banques19 et des entreprises. Les industriels tentèrent de rétablir au plus vite la confiance du peuple à l'égard du système capitaliste. A grand coup de propagande publicitaire sur un rêve américain idéalisé20, et avant tout moderne. Jusque dans les années 50 une tournée de Général Motors sur les routes américaines pour présenter aux citoyens leurs inventions ( « la parade du progrès »). Pendant 20 ans ce cortège se faisait le chantre du capitalisme et des bienfaits de la consommation comme les fondements du rêve américain. L'exposition universelle «  democracity » à New York en 1939 fut une vitrine médiatique de l'american way of life, dans le but pour Edward Bernays (1891-1995) d'unir la démocratie et le capitalisme. Cette manifestation fut l'occasion pour les industriels de présenter l'avenir du secteur, en créant ainsi les futurs besoins des foyers américains ( lave-vaiselle, micro-ondes, etc). En d'autres termes la démocratisation de la technologie, via une robotisation du service ménager fera en sorte que ces futurs consommateurs ne puissent se projeter en partie, dans un futur qui allait «  améliorer » la vie du foyer exclusivement via l'essor de la technologie. Cette forme de  démocratie capitaliste  naissante allait remettre l'américain moyen sur les rails d'un consumérisme de masse selon l'historien Stuart Ewen21.

 

Cette situation évoquée peint le portrait récurrent de discours politiques galvanisant un mieux être possible ( grâce à la croissance), de propager l'idée que les richesses crées vont profiter au plus grand monde à travers la théorie du trickle down effect ( la théorie du ruissellement22). Or les disparités sociales sont éloquentes, d'après le rapport d'OXFAM en 2017, 1% des plus riches détiennent 82% de la richesse produites, basé sur les données fournies par le Crédit Suisse publié en novembre 2017.

 

« De plus, les disparités actuelles représentent un grave danger, je ne cesse de le répéter, un grave danger pour la sécurité internationale: moins de 20 % de l'humanité jouit de plus de 70% des richesses de toutes sortes. Il faut partager. Il n'y a qu'une urgence: partager. Agir de concert, vivre ensemble, dès maintenant, dans un monde sans compartiments étanches, parce que tous ses habitants ont un destin commun. »23



Le « destin commun » permet avant tout de faire accepter sa domination, à ses subalternes, via une présumé égalité inconditionnelle entre tout un chacun 24. Ce rôle de mettre en place l'égalité, est attribué à la figure de l'Etat Providence, qui par ses devoirs régaliens, assurer une certaine égalité des chances via notamment le service public ( l'éducation, la santé, etc). Hors le retrait de l'Etat au profit du secteur privé, en prétextant le manque de moyens, dû à la somme exorbitante que nécessite le service public. Argumentation teintée de fatalisme qui cherche à délégitimer l'Etat Providence, en dénonçant des dérives paternalisantes, tout en institutionnalisant des libertés individuelles qui s'inscrivent dans une « logique de marché » ( la propriété privé). Suite à quoi le « destin commun » émergea comme le nouveau visage de la « méritocratie », expliqué par une vision fonctionnaliste, qui induit que pour prendre part à ce projet sociétal. On se doit de tenir un rôle dans la société qui soit profitable à cette dernière. Ce rôle ne peut être qu'éminemment économique. C'est en cela que, le destin commun promeut un « système méritocratique ».



«(...) nous avons effectivement développé tout un ensemble de mécanismes institutionnels ( école laïque, fonction publique, règles antinépotistes) dont l'objet est d'établir ce qu'aujourd'hui nous appelons « système méritocratique »..(...) Je pense que le système méritocratique est en réalité l'un des moins stables. Et c'est précisément cette fragilité politique qui explique le pourquoi et le comment du racisme et du sexisme ».25



En raison de quoi, ce projet politique s’accommode t-il, de cette notion de « commun » 26 ? Comment ce « destin commun », comme émulation ontologique peut-elle fédérer ? Autant de questions, qui divulguent, un manque de vision claire dans l'imaginaire collectif ( si ce n'est une réticence). Faisant les beaux jours de la bi-polarisation de la classe politique, qui se légitime en partie, en institutionnalisant, un climat de « tension sociale », au gré des référendums " pour ou contre l'indépendance de la Nouvelle Calédonie", sans vraiment favoriser d'alternatives au modèle dont lequel le « pays » évolue, et qui s'avère, source de ses maux. Suite à quoi les partis politiques de tous bords, semblent figés dans une vision passéiste du modèle industriel, issue des « trente glorieuse », symptomatique non seulement d'une classe politique vieillissante, mais plus encore d'un asservissement à l'économie de marché.

 

 

« Ces trois processus, industrialisation, urbanisation, nationalitarisme, contribuent à une monstrueuse clochardisation du tiers monde, véritable phénomène de « décivilisation ». Les valeurs et les raisons de vivre des populations sont niées. Les rapports des hommes au monde et les rapports des individus entre eux ( en particulier entre les sexes) sont bouleversées, ils deviennent de plus en plus abstraits, sans substance, mécaniques et fonctionnels. La promesses de l'Occident, celle de la richesse et de la fraternité, devient concrètement l'indigence, le déracinement, la déréliction, et cela non pas à titre transitoire, mais de façon toujours plus définitive. »27

 

Les accords de Matignon, et de Nouméa, ont édifié une identité kanak en « superstructure » 28 ( droit coutumier, Sénat coutumier), qui évolue « à côté », de la société calédonienne dans son ensemble29. Perceptible via l'établissement de notables kanak30, et par la main mise de l'usine de Koniambo. A eu pour conséquence une dissolution de la lutte indépendantistes, du fait d'une scission entre un projet de société actuel, qui repose sur une forme d'économie de rente31  d'un côté,  le projet d'une société agraire initiale de l'autre. La France a contenu, la lutte kanak, à grands coup de subventions, prétextant une « décolonisation » administratives de façade 32. En somme la « dualité » politique néo-calédonienne, universaliste pour les uns, traditionaliste pour les autres , n'en est pas vraiment une, puisque toutes deux sont garantes d'un progressisme capitalistique 33. Partant du constat que le développement a institutionnalisé une main mise des territoires par des firmes privées, et ainsi phagocyté leurs sociétés au nom de la mondialisation. Ce qu'on nomme « commun » dans les sociétés modernes, est de l'ordre d'une uniformisation des modes de vies et des consommations. La performativité de nos sociétés étant basée sur la consommation de masse.En conséquence de quoi, le « marché libre » absorbe et influe sur nos besoins, dans le dessein que, nous puissions difficilement nous  défaire de son influence( le « no easy way out »)34. C'est en cela que l'égalité symbolise le parjure de la modernité, du fait d'avoir orchestré via sa prétention d'ériger son universalité, un « cheval de Troie », qui a eu pour finalité une obédience globale au « marché unique ». Les initiatives citoyennes sur cette île sont embryonnaires ( AMAP, circuits courts ). Elles s'inscrivent dans la continuité de la crise des subprimes, le too big to fail ayant démenti, sur le fait que la taille importante d'une firme est un vecteur de perpétuité. Elles sont une transposition d'un modèle, en essayant timidement de s'imprégner des spécificités locales, amenés par le schéma classique de l'homme souverain 35. Suite à quoi, on observe un retour aux valeurs collectivistes/communautaires ( décroissance, sobriété heureuse), telle une alternative face à une société individualiste perçue comme effrénée. Faute de mieux le « destin commun », est garant d'une paix sociale avec pour toile de fond la menace de rixes ethniques possible, donc d'un « vivre ensemble sans substance » qui sert avant tout d'imposer une servitude volontaire à ses concitoyens, envers le système capitaliste. Le destin de la Nouvelle-Calédonie semble faire face à un défi plus grand que les dit référendums. Celui de se réinventer, via l'après nickel, à travers un nouveau modèle, aux vues d'inégalités sociales, qui sévissent sur cette île, et qui tempèrent le « vivre ensemble ».

1 Tonnies Ferdinand, Communauté et société, PUF, Paris, 2010, p.228-229-230.

2 Dont la France a participé à en écrire les grandes lignes.

3 Un parallèle sera envisagé entre ses deux type de société, qui peut prendre l'allure d'un pont culturel qui telle une démarche d’altérité, pour mettre en place des initiatives inclusives.

4 Dont l'indigénisme tend à reproduire un modèle de domination économique et sociale. Cette partie proposera un argumentaire, s'inscrivant dans la logique développé par un auteur majeur en matière d'études post-coloniales, qu'est, Edward Said.

5 L''économie de cette île est basé sur l'exportation de matière première. A ce titre elle est omnibulé par un modèle inndustriel. Mettant d'office de côté ceux qui n'ont pas un rapport privilégié à la maîtrise de la technique. De fait les « expatriés » sont privilégiés au niveau des postes à responsabilités, par rapport à leurs évolution dans des pays occidentaux, qui apparaît comme un gage unanime de confiance, mais surtout de qualité. Ce rapport à l'occident paraît délibérément « sublimer » le ressortissant français, face à leurs homologues d'outre mer ( qui n'ont pas jamais travailler et/ ou se former à l'étranger, participant à ce sentiment d’un ascenseur social bouché). L'emploi local apparaît comme un chantier politique qui a encore de beaux jours devant lui.

6 Hausse de la délinquance, manque de dialogue entre communauté, inégalités sociales accrues, chômage des jeunes océaniens, décrochages scolaires de ces mêmes jeunes, phénomène de « ghettoïsation ».

7 Avec l'argumentaire faussement candide, que les acquis sociaux des insulaires dépendrait uniquement de la philanthropie du centre métropolitain, d'ou l'adjectif de « mère patrie ».

8 Selon la triptyque sexe-classe-race auquel l'individu appartient.

9 Grosfoguel Ramon, Le communautarisme en France est surtout un communautarisme blanc, propos recueillis par Elyamine Settoul, paru le 26 décembre 2006.

10 Relative aux différents rapports de classe, genre et race, mettant hier comme aujourd'hui à mal, aussi bien le pluralisme, qu'une certaine « justice sociale ».

11 Le néo-libéralisme est appréhender comme continuum coloniale du fait de la corrélation entre inégalité et colonialité, qui opère en son sein.

12 Les laissés pour compte, les pauvres auraient le monopole de la dignité, soulignant ainsi un fatalisme qui soutiendrait un asservissement dont il serait difficile de s'en défaire, et dont la méritocratie permettraient pourtant d'entretenir le mythe du « self made man », afin de susciter un quelconque espoir à ces derniers.

13 Carl Schmitt, La notion de politique, Théorie du partisan, Flammarion, Paris, 1992, p.64. Cit Achille Mbembe, Politiques de l'inimitié, La Découverte, Paris ,2018, p.79.

14 Qu'on lui préfère au terme « populisme » qui est un terme inapproprié, dans le sens ou le populisme redonne le pouvoir au peuple sans distinction de race. Hors dans la montée du populisme européen, la question de la « race » est semble t-il une condition sine qua non. C'est pourquoi l'usage du terme « ethnonationaliste » semble plus approprier pour qualifier ce phénomène.

15 Martucelli Danilo, La condition sociale moderne, Ed Gallimard, p.59.

16 Il faut souligner que le « destin commun » a émergé dans un climat de « défiance », à la fois envers l'autre, envers les institutions, puis envers le politique. En raison de quoi, en pratique la figure de l'autre est instrumentalisé afin de détourner l'opinion public des « vrais » problèmes, que représente la mauvaise répartition des richesses.

17 Qui insinuerait que seul le marché est le meilleur gouvernement et se substituerait volontiers à l'Etat qui est perçu par sa notoire incompétence, si on s'inscrit dans la logique de ce courant.Encore que l'Etat contribue à créer des emplois pour les classes sociales les plus modestes, ( fidèle à la pensée keynésienne), via une relance par la demande, ou politique de grands travaux, l'Etat s'endette pour réaliser des projets d'infrastructures et redynamiser l'activité économique tout en créant de l'emploi.. La main invisible symboliserai selon Adam Smith ( Smith Adam, 1776) le « marché autorégulateur », or le marché a besoin de l'Etat pour mettre en place un cadre favorable à son expansion, donc il est en quelque sorte dépendant de l'intervention étatique pour susciter son dynamisme. De par la mise en place d'un cadre législatif favorable à ses activités, et aussi bénéficier de commandes publiques. Corrélativement la politique keynésienne constitue en tant que tel un interventionnisme de l'Etat, partant de ce constat on peut en déduire que la main invisible ne représenterai donc pas le marché autorégulateur, mais davantage l'Etat ( cela dit, on évoque ici un Etat qui serait aux services du seul marché). Smith lui même était favorable au poor laws, A savoir des salaires et des conditions de vie décente pour les prolétaires qu'il considère comme une force productive. D'après lui l'Etat se doit d'envisager une politique sociale qui aurait des répercussions positives à la fois sur l'offre ( production de biens et services via les appels d'offres), et la demande ( consommation de biens, et service par la biais de politiques redistributives), puisque pour Smith l'agent économique en cherchant à maximiser son bien être ( à travers la consommation et le travail) participerait au bien être de la société tout entière.

18 Crise immobilière qui débuta en juillet 2007 aux Etats Unis, qui concerne les prêts hypothécaires à taux variables destinés à des foyers américains peu solvables afin de leurs faciliter l'accès à la propriété privée. Bien que risqué ces prêts se sont avérés rentable tant que le marché de l'immobilier reste en plein boom. Des agences de notation ( notamment Moody's) ont doté du triple A ce type de crédits les rendant ainsi attractifs aux yeux de nombreux investisseurs et autres banques qui ne tardèrent pas à titriser ces dettes. Sans compter que la crise de General Motors entraina en partie le fait que beaucoup de créanciers ne purent assumer les frais exorbitants de ces crédits revolving ( à taux variables), suite à quoi cette bulle spéculative éclata courant 2007-2008.

19 Avec la loi Roosevelt qui sépare les banques de dépôt des banques d'investissements.

20 « World's highest standard of living : There's no way like the american way ».

21 Propos recueillis dans le documentaire «  Propaganda de Jimmy Leipold », Arte France 2017.

22 Théorie selon laquelle les couches sociales aisées en consommant créent de l'emploi, les défavorisés profiteraient alors de cette création d'emplois, et de la hausse de la production de biens et de services.

23 Discours de M. Federico Mayor, Directeur général de l'UNESCO: Education et développement, Apprendre pour l'avenir, Fondation Santillana, Xe semaine thématique, Madrid, 24 novembre 1995.

24 Par le biais notamment de mesures, qui serait cette fois prétendument «  vertueuses ».

25 Etienne Balibar, Immanuel Wallerstein, Race, nation, classe, La Découverte, Paris, 2018, p.74, p.75.

26 Si on tient compte du gap social, qui se creuse ( logement sociaux insalubre, chômage des jeunes en masse). De plus certaines ethnies semblent plus touchés que d'autres ( les kanaks, et les océaniens pour ne citer qu'eux). Compte tenu que cette construction d'une communauté pluri-ethnique, ne semble pas suivre une ornière ( d'actions politiques concrètes qui résultent de ce vœu), qui lui est propre.

27Latouche Serge, L'occidentalisation du monde, Ed La Découverte, Paris, 2005,p.102-103.

28 Selon une interprétation de philosophie marxiste, désigne une organisation politique, juridique et idéologique de la société dépendant étroitement de l'infrastructure matérielle ou économique, source CNRTL.fr.

29 Ces « micro-institutions » s'adressant exclusivement à cette dite communauté, et non visiblement pas vocation, à avoir plus de pouvoirs, car elles ont surtout eu pour objectif d'oeuvrer pour une « paix sociale ».

30 Sénateurs coutumiers qui sont élus pas forcément dans le respect solennel de la coutumes, plutôt des coutumes.

31 Les kanaks propriétaires terriens louerait des terres coutumières pour participer au développement, de leurs territoires.

32 Puisqu'on s'aperçoit que le nombre d'expatriés français qui occupent des postes à hautes responsabilités en moyenne, ne cessent de croître ; qui n'ont pas vocation à ce que cette île se passe de leurs services, dans la mesure ou, leurs position sociale, leurs confèrent un certain nombre de privilèges.

33 Le parti indépendantistes au delà de son leitmotiv identitaire, par nature a revêtu une forme de contre pouvoir vis à vis d'un paradigme néo-libéral, s'inscrivant dans la continuité du socialisme primitif des états africains néo-indépendant. Toutefois semble avoir aujourd'hui, subi une dissolution, qui tient probablement compte de l'évolution de ses camarades indépendantistes ( Pays Basque, Bretagne indépendante, Corse, pour ne citer qu'eux).

34 Soulignant la difficulté de construire du « commun », dans les sociétés modernes, du au caractère individualiste intrinsèque à ce type de société, ou la recherche de la satisfaction des besoins individuels, priment sur l'intérêt du groupe. De telle sorte que l'émergence de l'individualité, comme apothéose libérale, est au centre du processus d'occidentalisation.

35 L'homme blanc puisse t'il être animé par les meilleures intentions du monde, s'approprie cet objectif du fait de la maîtrise de la technique. Alors que paradoxalement c'est cette même technique qui a fait de la Planète ce qu'elle est aujourd'hui. De plus les conservations de parcs naturels ont contribué à spolier des terres en Afrique notamment en terres massai, et WWF qui est accusé de « violations de droits de l'homme » au Cameroun sur les bakas, les pygmées du centre du Cameroun. Ces deux dérives sont loin d'être des cas isolés. Des programmes de développement ont contribué à la spoliation de terres au Niger par l'AFD, « classique » du fait d'afficher une philanthropie de départ, qui s'avérera fructueuse par la suite. Prenant ainsi la forme de « néo-colonialisme ».

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