Nike l'amer, Adidas hélas

Pour résumer, l'équipe de France de football était « triste comme le temps » dans son jeu, désagréable comme « du vinaigre sur une plaie » pour ce qui est de sa communication, et doté d'un « environnement » logistique, sanitaire et de sécurité complètement à revoir. Mais à ce constat lucide établi après l'Euro 2008, par les dirigeants de la Fédération française de football (FFF), ceux-ci ont apporté ce jeudi une réponse rien moins qu'évidente : on maintient à son poste Raymond Domenech, le sélectionneur de l'équipe qui était pourtant responsable de ces divers secteurs.
A charge pour lui de faire exactement l'inverse de ce qui a prévalu jusqu'ici sous son autorité. Avec clause de revoyure d'ici la fin de l'année, une fois joués les trois premiers matchs de la qualification pour la Coupe du monde de 2010 en Afrique du sud. Si les résultats et la manière ne sont pas au rendez-vous, là c'est carton rouge et interdiction de vestiaire. Réussira-t-il en trois matchs à ne plus être ce qu'il est devenu en plus de cinquante ? Réponse définitive le 11 octobre contre...la Roumanie !
On reste perplexe néanmoins devant cette décision conservatoire qui risque de rendre le changement bien plus douloureux s'il s'avère, à l'automne, que l'équipe de France se retrouve dans les choux. Plusieurs explications à ce non choix attendu ont déjà circulé ayant trait à la neutralisation des clans et des ambitions au sein de la FFF, à la crainte de devoir verser des indemnités pharaoniques à Raymond Domenech, au front du refus contre les anciennes gloires de 1998 qui, par Deschamps interposé, voudraient virer les vieilles barbes en place, curieusement on n'évoque jamais la configuration financière actuelle de l'équipe de France.
En février dernier, à la surprise générale, Nike a évincé Adidas comme équipementier et sponsor de l'équipe nationale. Le géant américain boutait le colosse allemand hors de France, pays promis (alors) aux plus hautes destinées footballistiques. Nike y mettait les moyens avec 42,5 millions d'euros par an, de 2011 à 2018, car le contrat d'Adidas ( qui verse aujourd'hui trois fois moins) court jusqu'à la Coupe du monde de 2010. C'est un record, l'équipe la mieux pourvue aujourd'hui - l'Angleterre - ne touche que 30 millions. Alors qu'on imagine la tête des analystes financiers de Nike, lors de l'Euro 2008, qui ont vu leur « investissement » terminer au 15 ème rang de la compétition, sur 16 équipes engagées. Derrière l'Autriche et devant la Suisse. La tête de celui qui coule une bielle avec la voiture soit disant neuve qu'on vient de lui fourguer à prix d'or.
La tentation d'un grand chambardement dès maintenant dans la conception et surtout la direction de l'équipe de France n'est cependant pas de nature à emballer ses « banquiers », celui d'aujourd'hui comme celui de demain. Surtout avec un premier match éliminatoire dès le 6 septembre, à Vienne, contre l'Autriche.
Sur le moyen terme, Adidas qui espère bien retirer quand même un « rab » de notoriété positive avec les « bleus », doit avoir un goût modéré pour l'expérimentation. Notamment avec Didier Deschamps, encensé par la « jet set » du foot, mais dont il faut quand même se souvenir qu'entraîneur à Monaco il avait frôlé le vote de défiance de la part de ses joueurs et qu'à la Juventus de Turin, une fois le club revenu en 1ère division, les dirigeants avaient préféré embaucher plus rôdé que lui. Quant à Nike, qui a encore jusqu'en 2011 pour aligner les millions, il préfère vraisemblablement attendre pour voir ce qui est rattrapable dans « l'accident industriel » qui lui est tombé dessus.
Bref, pour tout le monde, mieux vaut probablement surseoir avec Domenech, que risquer de décevoir avec Deschamps. Avec une urgence pour Adidas, dont le contrat d'équipementier court toujours. C'est sans doute par la plus grande des coïncidences que les premiers à prendre la défense de Domenech ont été Vieira, Ribery et Sagnol, tous sous contrat Adidas, le premier individuellement les deux autres au Bayern de Munich, club phare de la bavaroise marque à trois bandes.
Pures spéculations que tout çà ? L'argent ne fait assurément pas le bonheur du sport, mais il contribue de plus en plus à l'avenir du footballeur professionnel.

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