Les mots pour le dire

Cachez ce mot que l’on ne saurait entendre ! Dans les sphères dirigeantes on utilise beaucoup de circonvolutions pour éviter de parler de « récession », alors même que les statistiques de l’INSEE publiées vendredi, indiquent qu’avec un deuxième trimestre consécutif de contraction du Produit intérieur brut (PIB), l’économie français est entrée en plein dans sa définition officielle.

Cachez ce mot que l’on ne saurait entendre ! Dans les sphères dirigeantes on utilise beaucoup de circonvolutions pour éviter de parler de « récession », alors même que les statistiques de l’INSEE publiées vendredi, indiquent qu’avec un deuxième trimestre consécutif de contraction du Produit intérieur brut (PIB), l’économie français est entrée en plein dans sa définition officielle.

Christine Lagarde, la ministre de l’Economie parle de « croissance négative », l’INSEE évoque « une croissance qui cale » et si Eric Woerth, le ministre du Budget, sacrifie à une devoir de vérité, c’est pour concéder une « récession technique » signifiant, dans sa bouche, que deux trimestres de fléchissement ne devraient pas empêcher la France de conserver sur l’année une croissance positive proche de 1%. L’opposition de gauche et du centre, ainsi que les syndicats, n’ont pas ces pudeurs. L’ emploi répété du mot « récession », dont la charge anxiogène est forte, vise de leur part à souligner la gravité de la situation et stigmatiser l’action du gouvernement qui en est tenu pour responsable.

Pourtant, sans sous-estimer la portée de la statistique de l’INSEE, il faut rappeler que la récession est par définition une baisse passagère du PIB, comme la France en a déjà connu en 1974 et 1993. Si la tendance devait s’avérer durable, alors on entrerait dans le cadre d’une définition économique autrement plus terrible qui est celle de la « dépression ». On pourrait alors établir un parallèle avec la crise de 1929, restée dans les livres d’histoire comme « la Grande Dépression ».

La bataille des mots peut sembler dérisoire, en réalité son enjeu est important si l’on veut bien se rappeler qu’un des moteurs de la croissance économique est la confiance. Celles des banques qui prêtent, des entreprises qui investissent et des consommateurs qui…consomment. Or la confiance des acteurs économiques, est plus lente à revenir que la défiance à se propager. Sur ce plan on peut se demander si un activisme un peu désordonné autour du président de la République ou bien la description d’une économie mondiale « au bord du gouffre » par le premier ministre, ne créent pas plus d’inquiétude que nécessaire.

 

* Article publié dans Le Républicain Lorrain, samedi 4 octobre 2008

 

 

 

 

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