La manche Royal

Les militants du PS n'ont pas voulu trancher la question du « leadership » au sein de leur formation. Que ce soit par l'abstention des électeurs ou la dissémination des voix, le résultat de jeudi soir rejette - ou diffère ? - ce choix.
Les militants du PS n'ont pas voulu trancher la question du « leadership » au sein de leur formation. Que ce soit par l'abstention des électeurs ou la dissémination des voix, le résultat de jeudi soir rejette - ou diffère ? - ce choix. En tout cas il est indéniable que l'échec le plus flagrant est celui de Bertrand Delanoé qui s'inscrivait sans faux semblant dans le schéma de la Vème République où le chef d'un parti a pour vocation d'en être le candidat à la présidentielle, appuyé sur une grande formation qu'il aura mise au clair sur le plan des idées et en ordre de bataille pour les campagnes à venir. L'échec est patent pour Martine Aubry qui postulait à ce rôle sans faire formellement acte de candidature, s'abritant derrière un « collectif » qui ne trompait personne sur ses intentions. Ni l'un, ni l'autre ne peuvent personnellement plus prétendre à ce « leadership », sauf au prix de combinaisons qui seraient frappées d'illégitimité au regard du vote des motions.
Ségolène Royal apparaît comme celle qui a la « légitimité », selon sa propre expression, pour proposer une nouvelle alliance majoritaire à son parti, sinon d'en être le fer de lance. Indéniablement le résultat obtenu par la motion E qu'elle soutenait est un succès, si l'on doit se référer au dépit des autres. Il faut une sacrée dose de mauvaise foi à Henri Emmanuelli pour relativiser les 29% obtenus par cette motion en les rapportant aux 60% des suffrages qui, en 2006, s'étaient portés sur Ségolène Royal à la primaire présidentielle. A l'époque elle était soutenue par une large partie de ceux qui se sont répartis ensuite sur le motions Delanoé et Aubry. Au jeu des comparaisons électorales, c'est le score de Benoit Hamon, dauphin du courant emmanuelliste, qui ne mérite peut-être pas les commentaires admiratifs que l'on entend en boucle. Au congrès de Dijon, en 2003, le « Nouveau monde » d'Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon était crédité de 16,33% des suffrages et « Forces Militantes » de Marc Dolez, de 4,38%. Soit un point de plus au total que le résultat de Benoit Hamon en 2008 qui avait fédéré les uns et les autres. Il « pèse » d'ailleurs bien moins maintenant que Mélenchon et Dolez ont quitté le PS.
Mais là où la « victoire » de Ségolène Royal n'est pas sans ambiguïté, c'est que, formellement, le premier signataire de la motion E était Gérard Collomb, le maire de Lyon. Ce n'est pas qu'une nuance de forme. Le joli coup tactique joué par l'ancienne candidate à la présidence de la République est d'avoir déclaré qu'elle mettait au « Frigidaire » sa candidature au poste de premier secrétaire. Cela lui a permis de rester au contact avec les « grands élus » qui, autour du maire de Lyon, et avec l'appui de la fédération des Bouches-du-Rhône, voulaient dissocier l'élection d'un premier secrétaire du parti de la désignation d'un candidat à la présidentielle. Ils étaient d'ailleurs tentés alors par une association avec Pierre Moscovici. Les co-signataires de la motion E ont-ils toujours été en phase avec les déclarations de Ségolène Royal sur la social-démocratie « périmée » ou les nationalisations pérennisées ? Jusqu'à quel point peut-elle longtemps se poser seule en « rassembleuse » du parti ? Ses co-listiers qui ne sont pas du genre à jouer les utilités ou les prête-noms, ont-ils les mêmes appréciations sur le périmètre de la majorité à venir, voire sur le nom du successeur de François Hollande ?
Ayant gagné politiquement la première manche contre des rivaux qui croyaient pouvoir lui mettre le talon sur la tête , elle pourrait être tentée de forcer l'allure et jouer le grand chelem en se présentant le 20 novembre à l'élection du premier secrétaire au suffrage direct ? Au risque de faire de porter à incandescence le TSS ( Tout sauf Ségolène) qui couve dans le parti. D'ici là on n'est peut-être pas au bout des surprises. Ce qui est réjouissant pour les « observateurs » (professionnels ou amateurs) mais pas nécessairement régénérant pour un parti toujours aussi peu lisible, aux yeux de l'opinion.

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