Au piquet la Kosciusko-Morizet ! Privée de questions d'actualité et de voyage officiel au Japon par le surgé de Matignon, Nathalie Kosciusko-Morizet ( "NKM" pour ses électeurs de Lonjumeau) a fait acte de repentance pour avoir dit du mal de ses petits camarades Borloo et Copé, mais les malheurs de la sécrétaire d'Etat à l'Environnement ont dû bien faire ricaner un de ses anciens dirlos : Jacques Chirac.
Pourquoi lui ? Il faut lire les pages 86 à 90 du livre Des hommes d'Etat (Grasset) de Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin. Ecriture élégante et regard aiguisé, l'auteur a rédigé un journal des deux années qu'il a passé au cabinet de l'ex-premier ministre. La scène qui se déroule le vendredi 3 juin 2005 à l'Elysée est un moment d'anthologie. Dominique de Villepin est venu proposer la liste de son gouvernement. Bruno Le Maire raconte la réaction de Jacques Chirac : «Alors pour l'Environnement, nous n'avons toujours personne ?» Il fait la moue, coince les deux pouces dans les passants de sa ceinture, retire sa veste de cachemire beige, repose la même question en faisant pivoter son regard de droite à gauche, qui interroge autant qu'il scrute. Le premier ministre lui propose un nom. Sa figure s'allonge : «Elle ? Non ! Franchement, non. Elle s'y connaît, mais c'est une emmerdeuse.»
L'auteur a ses pudeurs (ou ses prudences) et ne cite pas le fameux nom, mais l'allusion est transparente - et en tout cas ne fait plus mystère -, il s'agit de Nathalie Kosciusko-Morizet. Pénible disgrâce pour cette jeune femme d'excellent lignage gaulliste, dont les premiers pas en politique ont été plus qu'encouragés par le Président en place puisque, aux législatives de 2002, on lui a trouvé une circonscription en or, dans l'Essonne, quitte à dégager le sortant UMP, Pierre-André Wiltzer, qui a été ainsi promu au gouvernement sans avoir rien demandé à personne. Benjamine de l'Assemblée nationale, elle a peut-être fini par prendre trop à cœur son boulot dans le domaine de l'environnement et des droits du consommateur. Visiblement, elle agace en haut lieu.
Selon Bruno Le Maire, le véto présidentiel fait réagir au moins une personne présente : «Sa fille Claude, assise au bout de la table l'interrompt avec fermeté : "au moins elle s'y connaît. parce que le type que vous avez mis pour le moment, ce n'est tout simplement pas possible. On va encore penser que nous ne prenons pas l'environnement au sérieux."» Mais rien n'y fait, le président est intraitable. Il ira même jusqu'à consulter par téléphone Jean-Louis Debré, André Rossinot («On n'a pas de radical, c'est un problème») et même Christian Poncelet, le vénérable président du Sénat, pour découvrir la perle rare : un ministre de l'Environnement potable, si possible de sexe féminin. L'histoire ne dit pas si l'anglais est exigé. On ne trouve pas et Dominique de Villepin, toujours selon Bruno Le Maire, reviendra à la charge en vain, avant de soupirer en fin de séance : «Quand je pense que nous avions une solution toute trouvée !»
Ce que l'auteur omet d'écrire, c'est que, finalement, on finira par dénicher "un nom" pour le poste : Nelly Olin.
Nelly, qui ?