Besancenot, nouvelle star

Il y a comme un cousinage entre le facteur trotskyste en tournée à « Vivement dimanche » sur France 2 et les finalistes de la Nouvelle Star sur M6.

Il y a comme un cousinage entre le facteur trotskyste en tournée à « Vivement dimanche » sur France 2 et les finalistes de la Nouvelle Star sur M6. L’un, et les autres, dans leurs registres respectifs, ont parfaitement intégré les formatages requis pour des émissions certes dissemblables mais comparables par ce qu’elles exigent de professionnalisme de la part de leurs invités.

Phrases courtes, message simples, images fortes : Olivier Besancenot est la providence des médias audiovisuels. A l’écrit, il passe moins bien. Michel Drucker, qui a déjà fait trois ou quatre fois le tour de ses invités habituels ou potentiels, ne s’y est pas trompé. Au demeurant, un renouvellement de casting à l’occasion d’un « grand pont » de moindre audimat rendait l’audace sans grand péril. Bien au fait des techniques musicales et de la gestuelle de scène, les candidats qui se confrontent au « télé crochet » du mercredi soir sur M6, assurent le spectacle à la manière de vrais « performers » et composent pour la chaîne un spectacle acceptable de variétés au moindre coût.

Olivier, Christophe, Amandine, Benjamin, et les autres ne sont pas seulement les (petits) enfants de la télé, ils sont aussi, d’une certaine façon, les produits achevés d’un système éducatif où ce n’est pas tant le «niveau » qui aurait monté, que le nombre de ses bons élèves qui s’est élevé.On retiendra pêle-mêle l’institution scolaire qui sort de plus en plus de diplômés, les cours et conservatoires de musique qui pullulent et, on n’oubliera pas cette efficace école de formation militante que demeure la LCR au fil des décennies, et dont Olivier Besancenot est à l’évidence sorti « major ».

Son parcours n’est cependant pas qu’une métaphore éducative, il est aussi une illustration malicieuse de l’efficacité de l’économie de marché. Il y avait une demande mal satisfaite en politique, la petite entreprise qui a su apporter la bonne offre a fait « bingo ».Au lendemain de la présidentielle de 1995 où elle était encore passée à la trappe, la LCR cherchait à revenir sur le terrain de cette élection phare qui offre une caisse de résonnance médiatique sans équivalent.Arlette Laguiller y régnait encore sans partage sur le flanc de l’extrême gauche et de la protestation sociale réunies. Quelques dirigeants avisés, dont Alain Krivine, songèrent à une candidature alternative à la figure de proue de Lutte ouvrière qui semblait commencer à faire son âge. La solution la meilleure s’est profilée en la personne du jeune camarade Besancenot, militant étudiant déjà rompu à toutes les ficelles de la communication de son temps.

Encore fallait-il lui trouver une « couverture » qui ne lui confère pas seulement l’avantage de la juvénilité , mais soutienne avantageusement la comparaison sociale avec « l’employée » du Crédit Lyonnais.C’est ainsi qu’en 1997 Olivier Besancenot passa le concours national des facteurs pour devenir un « établi ».Par un habile retournement dialectique, la LCR a banalisé cette « réussite » ( peu surprenante pour un Bac + 3) en en faisant le symbole du déclassement des jeunes issus de l’université et privés de débouchés. Habileté, car il y a une part de vrai dans tout ça : les concours administratifs sont désormais quadrillés par des surdiplômés qui viennent y chercher un emploi sécurisé, quitte à court-circuiter ainsi les candidats de moindre pédigree scolaire qui y postulaient naguère.

L’habileté a néanmoins ses limites quand les ficelles sont trop visibles. Lorsqu’on se résigne,en sortant de l’université, à postuler à des postes subalternes de l’administration, c’est généralement faute de mieux. Ce n’était pas le cas d’Olivier Besancenot. Il avait les qualités intellectuelles et l’appui familial suffisants pour suivre des cursus qualifiants de l’université. Mais il était dit que son destin serait politique et l'étudiant « prolétarisé » s’en est venu ainsi concurrencer cette vraie « prolétaire » qu’est Arlette Laguiller. Du coup Olivier Besancenot est maintenant prisonnier de son succès. Il en a fait tant et tant pour s’identifier au personnage du préposé postal, de surcroît affecté à Sarko-city( à croire que La Poste est de mèche !), que démissionner de son emploi vaudrait maintenant démonétisation politique. Sinon aveu d’une commodité passagère.

Pour l’heure, en tout cas, la « relève »d’Arlette a bien fonctionné. Olivier Besancenot et son organisation ont réussi à supplanter , lors de la dernière présidentielle, tous les rivaux trotsko-écolo-altermondialistes avec des méthodes de marketing politique qui n’ont rien à envier à celles d’une Ségolène Royal, pour ne citer qu’elle. Sur le « marché » de la gauche de la gauche, il est devenu tête de gondole, encore que son score de 4,08 %à la présidentielle de 2007 n’a fait figure de succès que parce que les candidats rivaux sur le même créneau s’étaient effondrés.

Mais il faut reconnaître - ce que les sondages constatent en ce moment -, qu’Olivier Besancenot a su trouver son « public ». Il capte l’attention, sinon le soutien,de jeunes sensibles à sa manière de partager leurs codes culturels, de communistes ragaillardis par sa familiarité avec leur propre nostalgie ( la Révolution d’Octobre, Che Guevarra, etc.),de gens de gauche qui courent ingénument derrière sa « sincérité » et, surtout de révoltés tous azimuts qui apprécient sa façon de mettre dans le même sac, la droite, la gauche,les patrons et les flics.

Et tout ça dans une langue policée dans la forme, mais violente dans le fond : pour ce que l’on sait des débats internes à la LCR, Olivier Besancenot serait plutôt du genre ultra gauche parmi ses petits camarades. Maladie infantile d’un grand leader politique en devenir, comme on le suggère aujourd’hui du Nouvel Obs au JDD ? L’avenir le dira. Entre temps, si l’on tend l’oreille, derrière ses formules toutes faites on n’entend guère d’autre message que la plus éculée des stratégies qui consiste à lancer un parti dans la foulée d’une notoriété personnelle. Ce « parti anticapitaliste » qu’il appelle de ses vœux, au-delà de son plaisant côté fan-club (encore la Nouvelle Star !), est une forme allégée du vieux rêve de « grand parti révolutionnaire » que chaque trotskyste porte en son cœur. Ou plutôt dans ses gènes, tant il apparaît qu’Olivier Besancenot participe de cette tentative toujours recommencée du courant politique qu’incarne la LCR de trouver des raccourcis, des leviers, sinon des expédients pour réaliser à son profit l’impérieuse ambition avant-gardiste léguée par Trotsky, le Père fondateur.

Une vieille chanson remastérisée, en quelque sorte.

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