Quand Dati répare Dati

Avant de « vider » les prisons, mieux vaudrait commencer par les empêcher de déborder. Cette observation de bon sens est assez largement partagée alors que le Conseil d’Etat est saisi, depuis lundi, de l’avant projet de loi réformant le système pénitentiaire.

Avant de « vider » les prisons, mieux vaudrait commencer par les empêcher de déborder. Cette observation de bon sens est assez largement partagée alors que le Conseil d’Etat est saisi, depuis lundi, de l’avant projet de loi réformant le système pénitentiaire. Rachida Dati, après avoir fait passer à la hache sa nouvelle carte judiciaire,doit s’attendre à des moments difficiles devant le Parlement. La ministre de la Justice ayant été la fidèle exécutrice de la volonté présidentielle d’instaurer des peines planchers pour les récidivistes, va avoir beaucoup de mal à convaincre maintenant les milieux judiciaires et pénitentiaires de la sincérité de ses intentions réformatrices s’agissant des prisons et, surtout de ceux qui les peuplent.

 

En vérité, si cette réforme s’impose, ce n’est pas tant que le candidat Sarkozy l’avait envisagée (« on est privé de sa liberté, mais pas de sa dignité »), c’est surtout vis à vis des normes européennes qui, années après années, éloignent la France des standards minimaux que l’on peut attendre de pays civilisés en matière de conditions d’existence et de droits personnels des détenus.

 

La seule obligation d’attribuer une cellule individuelle dans les maisons d’arrêt a été introduite dans la loi depuis l’an 2000, elle n’en finit pas d’être repoussée depuis et le projet Dati allonge encore le délai de cinq ans. Chacun sait que c’est une question de moyens budgétaires alors que la population pénale a augmenté de 25% depuis 2002. De même pour les « bracelets électroniques » que l’on voudrait maintenant voir systématisés pour le contrôle judiciaire ou comme alternative à des courtes peines, mais dont l’utilisation, déjà possible, se heurteau faible nombre d’appareils utilisables. De même pour les encouragements à la réinsertion, alors que les postes d’éducateurs manquent cruellement.

 

Certes, il y a dans le projet des mesures positives concernant le pécule des prisonniers, les parloirs « familiaux », les communications téléphoniques avec l’extérieur ou la « domiciliation » permettant d’exercer ses droits. Mais comment y voir autre chose que le souci de faire baisser la pression dans des établissements toujours au bord de l’explosion ?

 

 

 

* Cet article est paru dans Le Républicain Lorrain le jeudi 12 juin.

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