Hyperprésident, infraprésidence

Un conseiller de Matignon, rencontré le jour où L’Express placardait sur les kiosques sa couverture :« Sarkozy, Fillon : pourquoi ils se détestent », n’avait pas spécialement l’air ému. En d’autres temps, pareil sujet et semblable affichage auraient provoqué stupeurs et tremblements chez les collaborateurs du premier ministre en place.

Un conseiller de Matignon, rencontré le jour où L’Express placardait sur les kiosques sa couverture :« Sarkozy, Fillon : pourquoi ils se détestent », n’avait pas spécialement l’air ému. En d’autres temps, pareil sujet et semblable affichage auraient provoqué stupeurs et tremblements chez les collaborateurs du premier ministre en place.

A Matignon, on redoute en permanence la disgrâce tombée de l’Elysée et toute évocation publique d’un désaccord entre les deux têtes de l’Exécutif est vécue comme inquiétante, tant il est vrai qu’à force de parler du pire il finit par se produire.Mais cette paranoïa appartenait à l’ère pré-sarkozyenne de la Vème République.

 

Aujourd’hui, la peur a changé de rive. C’est à l’Elysée qu’on vit dans la crainte des lendemains imprévisibles. A Matignon, les soucis ne manquent pas, surtout en ce mois de mai où la politique gouvernementale fait déborder les rues de manifestants, mais c’est avec un certain flegme que François Fillon envisage l’avenir à son poste.

 

D’emblée il a « collé » à la conception hyperprésidentielle de Nicolas Sarkozy. Il en avait même été un des co-concepteurs.Si ça ne marche plus trop aujourd’hui, Nicolas Sarkozy ne peut s’en prendre qu’à lui même. Il n’avait déjà pas grand chose de personnel à partager avec François Fillon, sinon quelques suées de jogger, mais devoir le supporter, parce que le virer aujourd’hui serait d’abord l’aveu de son propre échec,a de quoi exaspérer l’hôte de l’Elysée.

 

Pour François Fillon,un licenciement contraint ne constituerait pas un handicap pour son avenir, du fait du discrédit de son employeur qui commence d’ailleurs à rejaillir sur sa propre cote de popularité. Le « fusible » n’est plus celui qu’on croit.

 

L’hyperprésidentest en train d’installer une infraprésidence. Son image est altérée et ses pouvoirs neutralisés, il n’est pas étonnant que ce chef faible connaisse une grave crise d’autorité. Voici un mois il avertissait son gouvernement que les « couacs » à répétition devaient impérativement cesser avec cet avertissement solennel en conseil des ministres : « ça fait cinq fois que je le dis. Il n’y en aura pas de sixième ».

 

La sixième a fusé avec la mise en minorité à l’Assemblée nationale du projet de loi sur les OGM, un superbe « couac » dont la responsabilité incombe pour l’essentiel au président du groupe UMP, Jean-François Copé, lequel en est sorti indemne de toute sanction. Certes l’avertissement présidentiel du 16 avril s’adressait formellement aux ministres, mais dans l’architecture d’une majorité présidentielle le patron des députés vaut plus qu’un simple ministre.

 

Bien sûr ce n’est pas à l’Elysée qu’on peut démettre un président de groupe parlementaire, mais jamais on n’avait vu encore les députés du parti du président défier publiquement celui-ci comme cela s’est produit au lendemain du fameux « couac » OGM. La « standing ovation » dont Jean-François Copé a fait l’objet de la part des députés UMP a pris des allures de manifestation séditieuse contre Nicolas Sarkozy et son entourage que Claude Gloasguen a désigné à voix haute dans les couloirs comme les « connards qui parlent trop».

 

Bref, au Palais Bourbon, on n’a guère plus peur qu’à Matignon. Et dans cette monarchie élective qu’est devenue la Vème République, si le Souverain n’inspire plus la crainte, c’est le régime qui vacille sur ses bases avec pour seul espoir, en ce moment, de se rétablir grâce à une croissance qui, à tous égards, lui tomberait du ciel.

 

Mais un monarque blessé peut encore être dangereux. Les journalistes, à portée de griffes, sont bien placés pour le savoir. Les élus et enseignants réfractaires au "service minimum" d'accueil des élèves en cas de grève, sont les suivants sur la liste.

 

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