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Billet de blog 30 oct. 2008

Le marabouté de l'Elysée

Depuis Pierre Dac et Francis Blanche, on sait que le plus puissant des partis en France reste « le parti d’en rire ». On ne s’y attaque pas impunément. Même le président de la République doit en rabattre.

Jean-Michel Helvig
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Depuis Pierre Dac et Francis Blanche, on sait que le plus puissant des partis en France reste « le parti d’en rire ». On ne s’y attaque pas impunément. Même le président de la République doit en rabattre.

Ainsi Nicolas Sarkozy qui poursuivait un éditeur proposant un coffret avec une poupée vaudou à son effigie, que l’acheteur peut piquer avec des aiguilles pour se défouler de ses humeurs oppositionnelles, s’est fait débouter par le tribunal de Paris qui a fait prévaloir le « droit à l’humour » sur le droit à l’image. Un droit d’en rire associé à la « liberté d’expression » dans les attendus, ce qui est une façon de fixer des bornes à l’activisme judiciaire dont le sixième président de la Vème République fait preuve d’une façon assez obstinée, puisqu’il a fait appel de ce jugement.

Le général de Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac n’ont jamais entamé de poursuites à titre personnel, respectant en cela un principe non écrit d’équité judiciaire, dans la mesure où le chef de l’Exécutif a autorité sur les magistrats du Parquet. Georges Pompidou et Valery Giscard d’Estaing l’ont fait chacun une seule fois, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à attaquer tous azimuts, même à l’encontre d’un haut fonctionnaire de police collectionneur de ragots sur ses contemporains.

Il est néanmoins assez surprenant qu’il s’en soit pris à un éditeur qui avait eu cette idée d’une poupée vaudou accompagnant un livre farceur, peut-être pas du meilleur goût, mais sans parti pris politique apparent, Ségolène Royal ayant eu droit aussi à son « package » sacrificatoire. Elle a pris, pour le coup, le parti d’en rire, mais pas Nicolas Sarkozy qui, pourtant, lors de l’affaire des caricatures de Mahomet avait dit crânement : « je préfère un excès de caricature, à un excès de censure ».

Mieux vaut assurément, dans ce pays, ne pas se mettre les rieurs à dos. Le Tribunal de Paris semble vouloir les mettre de son côté, lorsqu’il estime utile de préciser, à propos de la poupée et des aiguilles visées : « nul ne peut prendre au sérieux ce procédé et croire qu’il prônerait un culte vaudou tel que pratiqué aux Antilles. »

Fallait-il le rappeler au président d’une République laïque ?

* Cet article est paru dans Le Républicain Lorrain le mercredi 30 octobre 2008

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