Plan Trump: Netanyahou jubile. La France réagit a minima. Quid de la Loi juive ?

Nadia Dam rappelle dans 28mn, un épisode, qu’elle dit loin d’être anecdotique : comment Emmanuel Macron tout occupé à déambuler dans Jérusalem, a oublié son rendez-vous avec Mahmoud Abbas à Ramallah. Il devait voir ce dernier à 17 heures, et il ne l’a donc vu que plus tard, à 22 h 30. » Acte manqué?

Le 30 janvier, dans l’émission 28 minutes, Sandrine De Calvez rapportait que le Président américain s’était vanté d’avoir eu en main le deal du siècle. « Une solution réaliste à deux Etats ». Un plan concocté sans les Palestiniens, qui prévoit un Etat palestinien démilitarisé, validant l’occupation des Territoires palestiniens par Israël, et l’annexion de Jerusalem-Est. Inacceptable pour les dirigeants palestiniens, alignés devant une photo de Jerusalem et du dôme du rocher, troisième lieu saint de l’islam. Le plan est unilatéral, fait remarquer Agnès Levallois, et de plus, en cette affaire, dit-elle, le droit international n’existe plus.

Pour Piotr Smolar (auteur de « Mauvais juif »), le plan Trump commence avant même sa publication, avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale, la reconnaissance de l’annexion du Golan, et le fait que l’administration américaine cesse de considérer les colonies comme illégales. Et de s’attarder sur un paragraphe concernant l’esplanade des Mosquées, dans lequel il est annoncé à la fois qu’il faut préserver le statu quo, entre autres, les conditions d’accès, et en même temps que les croyants de toute obédience pourraient y prier. Un projet équivalent, selon lui, à une étincelle qu’on rapprocherait d’un baril de poudre.

Suit l’intervention de Nadia Dam, concernant la position française. « Emmanuel Macron, dit-elle, apparaît comme le moins impliqué des présidents français. Une réaction a minima, très en même temps, qui a salué les efforts de Trump, tout en soutenant la solution à deux Etats. Il n’y a pas de condamnation ferme. Le désengagement français est également flagrant lors de la visite du Président dans la région à l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, où finalement, tout ce qu’on aura retenu de ce déplacement, c’est une altercation spectaculaire avec des policiers israéliens. Mais ajoute-t-elle, il y a un autre épisode qui est passé plus inaperçu et qui pourtant, est loin d’être anecdotique, comme le rapporte le quotidien Le Monde, qui raconte que, tout occupé à déambuler dans Jérusalem, le Président français a complètement oublié son rendez-vous avec Mahmoud Abbas à Ramallah. Il devait voir ce dernier à 17 heures, et il ne l’a donc vu que plus tard, à 22 h 30. » Les Palestiniens, poursuit-elle, « n’attendent rien de la France, la position d’Emmanuel Macron sur l’antisionisme, comme une des formes modernes de l’antisémitisme, fait grincer des dents, tout comme son refus, en 2017, de reconnaître l’Etat de Palestine ». (Rappelons à ce sujet l’édito de décembre 2019 du média israélien Haaretz, équivalent du Monde,, qui voit dans l’assimilation d’antisionisme à antisémitisme, une supercherie « dont le but consiste à criminaliser toute critique envers la politique d’occupation ou de colonisation juive en terre palestinienne »…

« La France, poursuit Nadia Dam, citant Jean Pierre Filiu, n’intéresse pas Netanyahu. Il a déjà connu quatre présidents, il a compris que leurs discours éventuellement critiques vis-à-vis d’Israël, ne sont jamais suivis d’effets. » Un portrait exhaustif du Premier ministre Netanyahu, avec entre autres, sa douzaine de Bibigates serait interminable. Essayons, à la place quelques extraits du « Main Basse sur Israël, Netanyahu et la fin du rêve sioniste. »

On lit ainsi, page 188, « L’engagement de Netanyahu pour un Etat-nation du peuple juif, trouve enfin sa consécration constitutionnelle, avec l’adoption, le 19 juillet 2018, à une majorité étriquée de 62 députés sur 120, d’une nouvelle loi fondamentale qui définit Israël comme le « foyer national du peuple juif » (selon les mêmes termes employés en 1917 dans la déclaration Balfour), mais qui réserve au seul peuple juif le droit à l’autodétermination sur la terre d’Israël. Le développement des colonies juives est posé en « cause nationale » qu’il convient d’encourager et de promouvoir.

La langue arabe, jusque-là langue officielle de l’Etat d’Israël, au même titre que l’hébreu, est rétrogradée à un simple « statut spécial ». Le quotidien Haaretz n’hésite plus à qualifier Netanyahu de « Premier ministre de l’apartheid ». Selon la Déclaration d’indépendance proclamée par Ben Gourion le 14 mai 1948, l’Etat d’Israël « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race, ou de sexe. » Cette revendication d’égalité a complètement disparu, laissant la place à de très vives craintes de discrimination institutionnalisée et aggravée à l’encontre des 20 % d’Arabes du pays. Même la communauté druze redoute de perdre son statut et d’être traitée avec aussi peu d’égards que le reste de la population arabe d’Israël.

Le Premier ministre Netanyahu est l’auteur d’un mensonge d’Etat, rapporte, entre autres, J.P. Filiu.

NETANYAHOU : LA FIN DU RÊVE SIONISTE - JEAN-PIERRE FILIU © Le Média

« On est, dit-il, devant le Congrès sioniste le 20 octobre 2015, et Netanyahu annonce froidement en anglais, qu’Hitler n’avait jamais eu l’idée de gazer les juifs et que c’est le Mufti de Jérusalem qui, en 1941, lui aurait suggéré cette forme d’extermination de la population juive d’Europe. Une honte du point de vue de la réalité historique. Eli Barnavi, ancien ambassadeur, a parlé à cet égard, de prostitution de la Shoah. Une thèse également démantelée par Angela Merkel…


Netanyahu : libéral, héritier de l’ultra libéral Jabotinsky, et qui, en 2002, ministre des finances qualifie les syndicats israéliens de gangsters. Qui revient au pouvoir en 2009 avec l’idée de préserver la judéité d’Israël. En fait, inventer une nouvelle judéité fondée sur l’ethnico-nationalisme. Une ethnicité au nom de laquelle, le Premier ministre en visite en France se permet d’exhorter les Français juifs à venir vivre en Israël…
Aux antipodes de cette vision du judaïsme, des auteurs français, dont on peut penser qu’ils sont les porte-parole d’une majorité de français juifs qui n’obéiront pas à l’injonction de Benjamin Netanyahu.

Ainsi Mark Weitzman, auteur d’« Un temps pour haïr » et qui cite, aux pages 474 et 475, Amos Oz : « Quiconque se fourvoie au point de supposer que la maladie juive est simplement le résultat de la dispersion dans les nations, et de l’absence de territoire, se fourvoie considérablement. […] Nous n’avons jamais été capables de nous fixer. Où que nous nous tournions, quoi que nous touchions, nous créons une énorme agitation. Sueurs froides, nervosité, peur, agression, fermentent continuellement. […] Le cœur du sujet est cette fièvre, irritante, productive, : ces juifs anxieux, impatients, essayant toujours d’apprendre à vivre à tout le monde, de distinguer le bien et le mal. » Mark Weitzman commente : « Et au nom de quoi ? C’est peut-être cela le pire. Même la loi juive peut être vue comme une constante remise en cause de ses propres fondements. Le judaïsme comporte 613 commandements. Cela signifie que personne ne peut les suivre tous - que personne, au regard strict de la Loi juive, ne peut être totalement, authentiquement juif. La seule « identité juive », en d’autres termes, tient tout entière, non dans un sol, non dans un sang, mais dans un récit où les mots et les actes ne coïncident jamais tout à fait. Les juifs tirent leur légitimité, de l’éclat paradoxal de d’un espoir qui oblige mais déçoit aussi. (….) N’est-ce pas dans cette déception, cette présence tenace, mais impossible à cerner, qu’on trouve la source ultime de l’antisémitisme ? »

Une déception que Benjamin Netanyahu, auteur, lui, d’un discours performatif, reproche à la diaspora, (laquelle, d’ailleurs, se défie de lui au point d’avoir élu à la tête de l’Agence juive, son opposant politique Isaac Herzog, ce pourquoi Netanyahu se tourne vers les fondamentalistes chrétiens en lieu et place des juifs…) Performatif, parfois pour le pire avec, rappelle JP Filiu l’orchestration de la haine contre Rabin, qui conduit les colons à harceler ce dernier à sa résidence officielle mais aussi, privée, un climat délétère que Lea, la veuve de Rabin, reprochera à Netanyahu d’avoir encouragé.

Une déception, étrangère à B. Netanyahu, qui selon JP Filiu, croit qu’il est le sauveur d’Israël, qu’il a le monopole du droit, de la vérité, de la légitimité, et que Delphine Horvilleur, dans « Réflexions sur la question antisémite », en phase avec Mark Weitzman, illustre métaphoriquement en rappelant le non-lieu qu’est l’habitation du juif : « L’Hébreu n’est pas celui qui arrive de quelque part mais celui qui se met en route hors du lieu de sa naissance. C’est le nom d’un décrochage géographique ou spirituel. Ulysse vient d’Ithaque, et aspire à y revenir. Mais Abraham vient d’Our et fera tout son possible pour ne jamais y retourner. »

Invité par Florian Delorme dans « Culture monde », à s’exprimer sur la diplomatie du Président français, Bertrand Badie la décrit comme conservatrice, s’inscrivant dans la continuité de celle de ses prédécesseurs. L’en-même-tempstiste président des Français, refusait, en effet, en 2017, comme François Hollande, de reconnaître l’Etat de Palestine, au motif, antienne israélienne, que « ce n’était pas encore le moment ». Il salue aujourd’hui les efforts de Donald Trump, en matière de plan pour la Palestine. Est-ce à dire que le moment en question serait, arrivé ?.
Une convergence de signes, qui n’exclut pas un possible alignement, tant est floue la déclaration française. Comme dit René Backman sur son blog: À Paris, le Quai d’Orsay a « salué » les efforts du président Trump et rappelé son attachement à « la solution à deux États en conformité avec le droit international ». Sans relever que le plan qui écarte, de fait, la solution à deux Etats prend aussi de graves libertés avec le droit international.

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