Tour: Israël Start up nation, une équipe mal nommée.

’Israël n’est pas le pays de start-up hors pair qu’il prétend être, de surcroît, c’est un État et non une nation, la nation étant celle du peuple juif tout entier, dont plus de la moitié ne vit pas en Israël. Quant à David, il n’est pas la figure à laquelle Israël peut se référer en matière de pureté ethnique.

Tour: Israël Start up nation, une équipe mal nommée.

Sur le site France info, on lit ce qui suit:
Le maillot de l'équipe est aux couleurs du drapeau israélien, blanc et bleu, et son nom claque comme un slogan : Israël Start-Up Nation. La formation, s'est engagée sur le Tour de France 2 020 pour la première fois. Pour son propriétaire, Sylvan Adams, il ne s'agit pas seulement de sport. "D'un côté nous devons promouvoir le cyclisme en Israël, explique le milliardaire. De l'autre, nous devons promouvoir notre pays pour montrer le vrai visage d'Israël qui est tellement mal compris à cause d'une couverture médiatique à sens unique."
Pour Asaf Ackerman, journaliste à la chaîne Sport5, l'événement est considérable : "Tout le monde va voir l'étoile de David et le drapeau d'Israël pour la première fois ! On veut tous renvoyer une image parfaite dans le monde. »

L’équipe en question aura fort à faire pour montrer ledit « vrai visage » d’Israël, et renvoyer ladite « image parfaite » dans le monde.
Ça commence mal, parce qu’Israël n’est pas le pays de start-up hors pair qu’il prétend être, et que de surcroît, c’est un État et non une nation, la nation étant celle du peuple juif tout entier, dont plus de la moitié ne vit pas en Israël. Quant à David, il n’est pas non plus la figure à laquelle Israël peut se référer en matière de pureté ethnique, celle qu’il revendique depuis la loi de juillet 2018 faisant de l’État juif ET démocratique, un État juif tout court.

Start-up nation:
On trouve, dans le livre « Smart » de Frédéric Martel, au chapitre « Smart city », une réserve d’importance eu égard à ladite « start-up nation ».
« Une autre critique apparaît désormais, y compris dans la presse israélienne modérée: la « start-up nation » ne serait qu’un mythe, un phénomène hors sol, presque déterritorialisé. Si Israël est capable d’innover et si le pays arrive deuxième dans les classements en termes de R &D ( la recherche et le développement), la plupart de ses start-up sont rachetées par les Américains, faute de financement à domicile, dès qu’elles connaissent un premier succès. Les sociétés israéliennes auraient une valorisation limitée et peu de brevets sont déposés ( Israël se classe 31e dans ce secteur). Pire, les start-up israéliennes se concentreraient sur la rentabilité à court terme et ne contribueraient guère à l’économie réelle du pays. Le nombre de salariés dans le secteur IT est même passé, en dix ans, de 10% des actifs à seulement 8,9 % en 2015. C’est le dark side de la start-up nation, concluait en 2015 une longue enquête du Jérusalem Report. (…) Le rêve de toute start-up, c’est d’être rachetée par les Américains, insiste Benny Ziffer, confirmant ainsi l’inexorable américanisation d’Israël. (…) Les deux pays semblent s’influencer l’un l’autre. Et si on dit parfois, sur le ton de la boutade, qu’Israël est le cinquante et unième Etat américain, dans le domaine digital ce n’est pas si faux. »
Un état des lieux, relativement récent, le livre datant de 2015, qu’on peut considérer comme fiable, puisque écrit par un Frédéric Martel, sioniste convaincu, si l’on en juge par les lignes qui suivent: «Un colon nous reçoit, et je suis frappé par sa virilité languide et ses grosses mains de travailleur. (…) Dans cette colonie, comme dans la colonie juive d'Hébron, plus au sud, que je visite également, je suis frappé par l’esprit des colons: le sens de l’aventure, l’optimisme originel, le goût de l’absolu, la confrontation avec la nature. Vues du côté israélien, leurs raisons sont aussi claires qu’elles paraissent obscures du côté palestinien. Dans l’adversité, ils prennent des risques: ils savent qu’ils peuvent perdre leur maison - et peut-être la vie - mais ils restent, en terrain hautement hostile. » L’esprit de la « start-up nation » est peut-être là, dans son essence même. Et comme les pionniers du Far-West et du Wild West américains, il est ce mélange d’audace et de conquêtes , incarné par des hommes qui prennent tous les risques s’embarrassant de peu de scrupules pour poursuivre leur idéal. (…) Au fond, Israël n’est-il pas par nature, cette société d’immigrants revenus « dunum » après « dunum » (pas à pas) sur une terre?.
Un propos pour le moins idéologique, sinon messianique, dont on laisse la responsabilité à l’auteur, et dont certains passages, concernant la destruction des maisons, et la résilience, pourraient être une description parfaite de la situation des Palestiniens, et qui, par ailleurs, avalise le mythe d’un peuple tri millénaire à l’ethnos inaltéré, qui « reviendrait » là où il était. Le « pas à pas » est surréaliste quand on pense à l’occupation des terres des 750 000 Palestiniens expulsés en 1948, et à l’agrandissement de moitié de l’État d’Israël. Agrandissement poursuivi après 1967 sous forme d’occupation. Pour rappel il y avait en 1993, période des accords d’Oslo, 193 000 colons, il y en a actuellement 700 000. Ce qu’oublie aussi Frédéric Martel quand il compare les pionniers israéliens à ceux du Far West, c’est qu’après les pogroms russes des années 1880 à 1914, ce sont 2 125 000 juifs qui partent s’installer aux US, contre seulement 50 000 en Palestine, ces derniers et ceux qui sont venus grossir leurs rangs ne constituant pas une nation à eux seuls qui peut se permettre, outrecuidance suprême, d’intimer aux actuels 6,5 millions de Juifs américains de « rentrer » en Palestine. Dans un article intitulé  Israelis don’t exist ( Les Israéliens n’existent pas), du 25 mars 2016, Jonathan Ofir ne disait pas autre chose:
 J’ai un passeport israélien. Je relis, pour être sûr : Dans la partie en anglais intitulée « Nationalité », on trouve, en anglais, « Israélien ». Mais le Ministère de l’Intérieur n’a-t-il pas dit explicitement qu’il ne reconnaît pas une telle chose ? Qu’est-ce qui est écrit en Hébreu sur mon passeport, dans la partie correspondante ? En Hébreu il y a marqué « Citoyenneté – Israélienne ». Ça veut dire qu’il traduit « Nationalité » par le terme Hébreu « Citoyenneté ». Comme ça, ça n’implique pas qu’il y ait une Nationalité israélienne dans la terminologie hébraïque. Mais c’est spécifié dans la version anglaise.
Israël se rend compte qu’un tel fossé entre État et Nation est, sur le plan international, dénué de sens et va à l’encontre des pratiques établies, c’est pourquoi il mentionne « Israélienne » comme nationalité sur les passeports, alors qu’il ne le fait pas sur les cartes d’identité. La raison pour laquelle Israël empêche la reconnaissance d’une nationalité israélienne, c’est qu’Israël est un État juif, c’est comme ça qu’il se définit et veut être reconnu. Rendre chaque Israélien égal devant l’État en tant que national israélien, signifierait inévitablement que la capacité de l’État à contrôler « le caractère juif » de l’État, (ce dernier impliquant une discrimination sans réserve des non-juifs et un contrôle démographique), serait mise en danger.
Alors qu’il existe un État d’Israël, et qu’il a des citoyens israéliens, il n’a pas de nationaux Israéliens. Dans ce vide, le problème est que l’État est l’État Juif, et que pour cette raison ceux qui sont le plus proches de cette définition nationale, sont les juifs. Si bien que, sans être en fait des nationaux israéliens, ceux qui sont considérés comme étant les plus israéliens… sont les juifs.

Étoile de David
Contrairement à ce que dit l’étoile, David n’est pas forcément la figure requise pour incarner, s’il en était, une ethnique essence judaïque. Ruth la Moabite, qui s’avère être l’arrière grand-mère du roi David, se joint à Boaz, qui l’épouse sans aucun problème, rappellent ,entre autres, les nouveaux historiens israéliens. On doit se souvenir, disent-ils, que ces deux personnages appartenaient à des peuples frappés par l’interdiction de s’allier, comme le prescrit le Deutéronome: L’Ammonite et le Moabite n’entreront point dans l’assemblée de l’Éternel, même à la dixième génération et à perpétuité.
Malgré ces interdits, dit l’un d’entre eux, il ne faut pas oublier que les héros de la mythologie biblique savaient faire fi des interdits divins. Abraham, Isaac, Joseph, Moïse, David et Salomon sont décrits comme de grands amateurs de bien-aimées non juives, qu’ils prirent pour épouses sans jamais les convertir.Abraham vécut en bonne entente avec Agar jusqu’à l’expulsion de celle-ci à l’instigation de Sarah. Joseph prit pour épouse Asenath l’Égyptienne. Moise se maria avec Séphora la Madianite. David épousa la fille du roi de Gueshur, et Salomon, ce grand passionné ne s’est jamais privé de femmes, qu’elles soient sidonites, ammonites, moabites ou autres. »
Les vestiges archéologiques eux-mêmes peinent à révéler la figure de référence de David.
« La civilisation juive - s’il en est une -, dit Ami Bouganim, Israélien séfarade, ne s’est pas vraiment implantée dans les lieux par le passé. Les vestiges archéologiques les plus impressionnants sont hérodiens ou croisés. Or Hérode, roi des Juifs, plusieurs fois marié à des femmes d’origine différente, juive, ( hasmonéennes, iduméennes), lui-même iduméen, grand bâtisseur, était un collaborateur des Romains, passablement hellénisé, et les croisés étaient porteurs d’une haine sourde du judaïsme. Sur le site archéologique de la ville du roi David à Jérusalem, on ne distingue pas entre les couches cananéennes et davidiques. »
Une indistinction que s’applique à corriger à grande vitesse le gouvernement israélien en judaïsant le bâti de Jérusalem Est et d’autres lieux de Cisjordanie. Dans « Courrier international » du 2 au 8 juin, on lit sous le titre «  Jérusalem détruit méthodiquement ses maisons arabes », ce qui suit:« Avec une simple masse à la main, Saleh A- Chawbaki enfonce les murs de sa maison. Il ne fait qu’exécuter une injonction de la municipalité israélienne qui argue du fait qu’il n’avait pas de permis de construire. Mais ce permis est attribué avec une extrême parcimonie pour les habitants palestiniens de Jérusalem Est. Il a donc installé une tente sur les gravats…Selon l’ONG israélienne Ir Amim, au total, la municipalité a détruit ou fait détruire 978 maisons entre 2004 et la fin 2019, mettant 3 177 personnes , dont 1 704 mineurs à la rue. Le quartier qui subit cette campagne de la façon la plus impitoyable est celui de Selwan. Pour l’occupant israélien, il s’agit de vider cette partie de la ville contiguë à l’esplanade des Mosquées (mont du Temple, pour les Israéliens), de ses habitants palestiniens et de faire avancer la judaïsation de la ville par la construction de nouvelles colonies. » Si je ne détruis pas ma maison moi-même ajoute Saleh, la municipalité enverra des bulldozers, dans ce cas, ce sera facturé 129 000 euros. »

 Sport washing
Il est dit sur différents sites que l'équipe est également un objet diplomatique qui a participé, selon son propriétaire, « à la concrétisation de la normalisation des relations entre les Émirats arabes unis et Israël ».
Ouest-France écrit qu’Emmanuel Macron avait déjà salué vendredi « la décision courageuse des Émirats arabes unis », au lendemain de l’accord de normalisation, en souhaitant « qu’elle contribue à l’établissement d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens ».
Ce qui n’est pas dit, c’est que cette soi-disant contribution au processus de paix , qui, en ce qui concerne les Palestiniens n’existe plus, se fait, encore une fois, sans que ces derniers soient concertés. On n’est donc pas surpris que le président Abbas ait dit à Emmanuel Macron que « les Émirats arabes unis, comme tout autre pays d’ailleurs, ne pouvaient parler au nom du peuple palestinien » et que son autorité « n’allait pas accepter que la cause palestinienne soit utilisée comme une excuse pour justifier la normalisation ».
Si, en effet, la paix séparée de l’Égypte, ou de la Jordanie, fait jurisprudence, c’est plus, autant qu’on sache, dans le registre de la « normalisation » que d’une contribution effective à créer les conditions d’existence d’un État palestinien, et il y a fort à parier, nonobstant le salut d’Emmanuel Macron au « courage » des Emirats, (un salut qui ne mange pas de pain), que les récents accords n’œuvrerons qu’à la poursuite de la normalisation, autrefois rampante, aujourd’hui décomplexée, en cours depuis des décennies..

Qui pour redorer le blason de la « nation juive"?
Selon Sylvain Cypel, auteur de « L’État d’Israël contre les Juifs », le « salut » pourrait venir des Juifs américains. « Michaël Walzer, Yehudah Mirsky, Dov Waxman, Harry Siegman, et d’autres encore, dit-il, confirment qu’on assiste en Amérique à une renaissance de la diaspora, sous forme de l’émergence d’une culture et d’une expérience juive américaine qui se bâtissent dans l’éloignement d’Israël. (…) En réalité, le Juif diasporique, rabaissé par le sionisme, était loin de se résumer à l’être faible et soumis qu’il dépeignait. Dans son Siècle juif, l’historien américain Yuri Slezkine lui a consacré une œuvre magistrale, faisant de ce Juif diasporique l’incarnation du « mercurien », le passeur cosmopolite, urbain, mobile, innovateur, et transgresseur, vecteur par excellence de la modernité et de la mondialisation, par opposition à l’ »apollinien », les pieds dans la glaise, arc-bouté sur son territoire, rétif aux changements et suspicieux vis-à-vis de tous ceux qui ne sont pas de sa tribu.
(…) Pour Dov Waxman, il existe aux US, de puissants centres universitaires d’études juives, différents de ce qu’on enseigne en Israël, plus centrés sur la diaspora et moins sur la centralité de la Terre promise. (…) La communauté américaine est la seule à avoir créé, hors d’Israël, une « école littéraire propre », celle des romanciers juifs américains.
(…) Le judaïsme réformé américain, non reconnu par les autorités rabbiniques israéliennes, s’accompagne d’une notion clé, celle du Tikoun Olam. Tikoun, en hébreu, c’est la correction, et aussi la guérison, ou la réparation.
Une ouverture sur le monde dont la tendance au métissage pourrait être le syndrome.
(…) Une étude de la revue Religion watch, en septembre 2018, portant sur 350 000 Juifs de la baie de San Francisco, dit Sylvain Cybel, montre que les mariages mixtes ( Juif/non Juif), touchent 42 % des plus de soixante-cinq ans et 66 % des moins de trente-cinq ans. Un quart du total des familles inclut un conjoint hispanique, asiatique, afro-américain ou ressortissant d’un autre groupe « non blanc ».
(…) Désormais, conclut l’étude, les programmes éducatifs de certaines synagogues de la Baie enseignent qu’il « existe plusieurs sortes de judaïsme et que tous sont légitimes. »
(…) Une Réformisme qui, pour l’heure, selon la sociologue franco israélienne Eva Illouz, ne peut essaimer en France où l’antisémitisme islamique ( 11 crimes entre 2006 et 2007) favorise la rétractation tribale des Juifs. Un avis que partagent, pour des raisons complémentaires, Delphine Horvilleur, Pierre Birnbaum, Esther Benbassa ou Jean-Christophe Attias… »

Le maillot de l'équipe ISN est aux couleurs du drapeau israélien, blanc et bleu, et son nom claque comme un slogan, nous est-il dit. Un effet d’annonce, en fait, dont le contenu se réduit au flamboiement de son oriflamme…

 

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