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Billet de blog 11 nov. 2020

Du soldat inconnu

Gilles Prélaux: « A l’heure où on parle il demeure dans les champs de bataille, les restes de 700 000 soldats qui n’ont jamais été retrouvés à l’issue du combat. « Vous vous rendez compte? Zoé Varier: non,c'est inimaginable.

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La journée mémorielle du 11 novembre, marque, cette année, la commémoration du 102e anniversaire de l'Armistice de 1918, qui est aussi le centenaire de l'inhumation du Soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe. Le 11 novembre 1920, le cercueil de ce soldat dont la dépouille restait non identifiée, avait été accueilli en grande pompe sous l'Arc de Triomphe. Depuis le 11 novembre 1923, la flamme de sa tombe est ravivée tous les soirs.
Un hommage à ces soldats de la Grande Guerre dont les « dépouilles ne furent pas identifiées.
Quand dépouilles il y eut, devrait-on préciser.…
On entendait ces jours-ci sur les ondes parler des dizaines de milliers de soldats qui n’avaient pu être identifiés. Les lecteurs du  «  Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître se souviennent, quant à eux, du trafic des cercueils trop petits pour les corps et des usurpations d’identités…pour des dizaines, ou des centaines , peut-être des milliers de corps…
Un ordre de grandeur dont notre imaginaire semble s’accommoder… Jusqu’à ce qu’on écoute l’archéologue de la Grande Guerre, Gilles Préaux, invité de Zoé Varier, dimanche 8 novembre 2020.
« A l’heure où on parle il demeure dans les champs de bataille, les restes de 700 000 soldats qui n’ont jamais été retrouvés à l’issue du combat. « Vous vous rendez compte? Sept cent mille hommes!
Non, je ne me rends pas compte , c’est inimaginable, répond Zoé Varier.
« Dès qu’on entreprend une fouille archéologique, poursuit l’archéologue, si vous travaillez en Hauts de France, vous découvrirez, avec des états de conservation plus ou moins bons, des restes de soldats, alors parfois, c’est un bras, un fragment de crâne, qui sont dans les ondulations du champ de bataille, au sommet d’une tranchée, ou d’un trou d’obus, et puis parfois vous avez des sépultures provisoires, vous avez de véritables charniers dans des cratères d’obus, des soldats allemands, une vingtaine, posés sur deux couches, une tombe collective, une grande fosse allongée d’une vingtaine de mètres de long, dans laquelle ont été posés une vingtaine de soldats, au coude à coude, arms in arms, comme quand on resserre les rangs, rappelant la fraternité qui les unit.
Il faut savoir que les couches archéologiques de la Grande Guerre peuvent présenter un danger, poursuit-il. Il faut se rappeler que sur le milliard d’obus tirés, il reste dans le champ de bataille, dans la terre végétale entre 150 et 200 millions d’obus non explosés, dont soixante millions d’obus chimiques. »
Il nous invite alors à lire « Sur les traces d’un secret enfoui »de Daniel Hube, aux éditions Michalon, auteur d’analyses des nappes phréatiques polluées par le perchlorate, et nous remet en mémoire la "Place à gaz", lieu sans végétation ni faune, de la forêt de Spincourt, dans la Meuse, à quelques kilomètres de Verdun où des centaines de milliers d'obus non-explosés ont été transportés pour y être neutralisés.
Les neuro-sciencientifiques et autres Yuval Noah Harari parlent de la surpuissance du cerveau humain, mais en même temps, semble-t-il, incapable de permettre à l’homme de concevoir certaines dimensions, et d’ avoir en ce cas une empathie quelconque. 700 000 soldats? 200 millions d’obus? Autant parler physique quantique..
On lit page 225 de « Vaincre Hitler » ( 2 008) d’Avraham Burg, ancien président de la Knesset:
«  Le nombre de personnes assassinées de 1900 à 1987 au cours de troubles qualifiées de génocide - par cela il faut entendre les meurtres commis par Staline contre son propre peuple, les assassinats de masse en Chine par les Chinois eux-mêmes, les six millions de juifs et autres génocides… - s’élève à cent soixante-neuf millions cent quatre-vingt-dix-huit milles ( 169 198 000) . Sachant que ce chiffre n’inclut pas les victimes des génocides de la dernière décennie du XXè siècle au Rwanda, en ex Yougoslavie, ou au Timor oriental et ailleurs. » ( Résultat des recherches du politologue américain R.J. Rimmel.)
Quelque cent soixante-dix millions de personnes assassinées...
Vous vous rendez compte, demandait Gilles Préaux, archéologue de la Grande Guerre, dans le cœur duquel se rallume la flamme, ni rituelle ni mémorielle, celle-là, des restes des soldats inconnus qu’il déterre dans les ondulations du champ de bataille, au sommet d’une tranchée, ou d’un trou d’obus…

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