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Billet de blog 14 mai 2022

Réalité de l’ Apartheid israélien: chiffres et Institutionnalisation.

La réalité de l'apartheid israélien est contestée au motif qu'il y aurait un amalgame avec l'apartheid sud-africain, lui, institutionnalisé et raciste. Or la ségrégation à relents racistes est elle aussi, institutionnalisée en Israel et dans les Territoires occupés.

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Lors d’une émission Réplique de 2015, Alain Finkielkraut recevait Bernard Henry Levy et Rony Brauman. Il posa à ce dernier la question suivante: « De quel apartheid parlez-vous Rony Brauman? » On comprend  vu ce qui est arrivé à sa famille, l’engagement de Finkielkraut pour la cause des juifs, on comprend moins cependant sa tendance à assimiler Juifs et israéliens. Malgré les faits, le philosophe ne se résout pas à accepter ce terme d’apartheid, sans doute en vertu du fait qu’il y aurait assimilation avec ce qui a eu lieu en Afrique du sud, à savoir un apartheid raciste  institutionnalisé.
Un peu comme quand on parle de génocide, en lieu et place de massacres ponctuels et localisés.
Or de l’eau a passé sous les ponts depuis notamment la révision de la déclaration d’indépendance en juillet 2018, déclarant l’État d’Israël, État juif. Qu’est-ce à dire? Comme le rappelle Sylvain Cypel, dans l’État d’Israël contre les juifs »: « Contrairement à la Déclaration d’indépendance qui assurait une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de  croyance, de race ou de sexe, cette nouvelle loi promulgue que le droit à l’autodétermination y est réservé aux seuls juifs. A contrario, donc, il est dénié à ceux qui ne le sont pas. Le terme même d’égalité disparaît, lui aussi, de la loi. Enfin, alors que la Déclaration d’indépendance  d’Israël assure que l’État développera  le pays au bénéfice de tous ses habitants, la nouvelle loi ne connaît qu’une seule valeur nationale: le développement des implantations juives que l’État encouragera, promouvra et consolidera. »
Il y a donc bien dès lors, depuis 2018, une institutionnalisation de la séparation et  de la ségrégation.
 L’argument massue que l’on entend dans la bouche de nos dirigeants, c’est que cet apartheid n’existe pas dans un pays où les 20% d’Arabes israéliens ont le droit de vote et envoient siéger des députés. Argument qui ne tient pas face à la réalité des faits sur le terrain.
 Selon Ben White et son ouvrage « Être palestinien en Israël, » daté il est vrai  de 2015 mais qui donne des ordres de grandeurs:
Seules sept villes, bidonvilles, ont été créées dans le Néguev, ce, pour faire quitter aux Bédouins leur mode de vie, comme l’ambitionne le plan Prawer.
Sur les 553 villes sélectionnées comme Zones prioritaires en 1998, seules quatre étaient arabes. - Un quart de la communauté arabe d’Israël ne bénéficie d’aucun plan d’urbanisme
En 2002, une loi interdit aux citoyens arabes d’acheter une habitation dans une communauté juive située sur les terres d’État.
Le ministère de l’Éducation dépense cinq fois plus par étudiant juif que par étudiant palestinien - A la minorité palestinienne, 20 % de la population, n’est consacré que 4 % du budget pour son développement.
En 2014 le seuil des votes pour atteindre une représentation parlementaire passe de 2 % à 3,5 % pour réduire le nombre de députés palestiniens.
Le droit de résidence est contrôlé dans 70 % des villes israéliennes par des Comités d’admission qui éliminent ceux considérés comme « inaptes » à intégrer le tissu social de la collectivité.
Assignation à résidence: En 1951, 2 000 citoyens palestiniens ont été jugés par les tribunaux militaires pour être sortis de zones fermées sans permis.
À propos de cette date de 1951, rappelons que les Arabes israéliens, les quelques qui avaient échappé à l’expulsion des 850 000, ont vécu sous couvre-feu israélien de 1949 à 1967….
 Quelques chiffres de 2020 avec Sylvaine Bulle, auteure de « Sociologie de Jérusalem », Edition  La Découverte, 2 020. »La plus grande fracture se trouve évidemment entre la partie ouest, juive, et la partie est, annexée. Soumis au grignotage de leurs quartiers par la colonisation de juifs religieux soutenus par les institutions israéliennes, les « résidents » palestiniens, qui ne sont pas citoyens, vivent dans une « tiers ville ». À Jérusalem-Est, dotée de 10 % environ du budget municipal (pour environ 40 % de la population totale), aux écoles et services publics « inexistants », plus de 60 % de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les permis de construire délivrés au compte-gouttes, le mur qui les sépare de la Cisjordanie et les routes de contournement isolent de plus en plus les habitants. »
Pour ce qui est de la Cisjordanie , rappelons  que les Autorités israéliennes ont exproprié les Palestiniens de plus de 200 000 hectares depuis 1967, soit près de 19 fois la surface de Paris.( cf  carte #stop settlements.)
 Si l’on suit Céline Lebrun et Julien Salingue , auteurs d’« Israël, un État d’apartheid? », on voit qu’on a affaire à un système selon lequel les Palestiniens vivent dans « un monde à part », comme le titre choisi en 1987 par Chris Menges pour son film sur l’apartheid sud-africain . Qu’on en juge:
« Depuis 1967, nous disent les auteurs, ce ne sont ainsi pas moins de 2 500 ordres militaires qui ont été émis en Cisjordanie et Gaza. S’ils ne sont plus en vigueur à Gaza depuis le retrait unilatéral  de 2005, plusieurs centaines d’entre eux ont toujours force de loi en Cisjordanie. Après 1967, la création de toute nouvelle entreprise est soumise à l’approbation de la puissance occupante, tout comme l’enregistrement  de toute nouvelle marque ou la plantation d’arbres fruitiers. Les ordres militaires permettent aussi de contrôler strictement la vie politique palestinienne, entre autres avec l’ordre 101, qui interdit tout rassemblement de dix personnes, la mise en place d’une censure de la presse palestinienne, ou l’ordre 1079, qui établit une liste de plus de 1 000 textes interdits de publication dans les territoires occupés, parmi lesquels… les résolutions des Nations Unies concernant la Palestine. Certains ordres témoignent du degré de contrôle des autorités militaires sur la vie quotidienne des Palestiniens, comme l’ordre 818 qui règlement le type et la quantité de plantes décoratives dans les propriétés palestiniennes, ou l’ordre 96, qui interdit le transport de biens et de marchandises à dos d’âne. (…)
Pour faire respecter cette réglementation , un système judiciaire est mis en place, systématisé dans l’ordre 378. Le commandement militaire peut établir des tribunaux militaires, avec des procureurs et des juges qu’il nomme lui-même , et dont le fonctionnement diffère très nettement des tribunaux civils israéliens….Les statistiques de l’activité des tribunaux militaires israéliens sont éloquentes: en 2010, ce ne sont pas moins de 9 542 Palestiniens qui ont été déférés devant la « justice militaire » israélienne, avec un taux de condamnation de 99.74%…
 Frédéric Metezo commente sur France Inter  « les troubles » à Jérusalem ou en Cisjordanie. « Troubles » ou « violences », qui viendraient interrompre le calme et la paix dans lesquels vivent les pays sans conflit. Comme si la violence de l’occupation, n’avait lieu qu’aux moments de ces manifestations des Palestiniens contre l’occupation …Pour exemple, en 2021 Ce sont 14 Israéliens contre 260 qui sont morts, un ratio qu’on retrouve régulièrement largement augmenté lors des Guerres de 2009, 2012, et 2014 contre  Gaza où l’on est plutôt    à un israélien  pour  1000 Palestiniens. Il y  eut par exemple en 1987 la libération d’une centaine de prisonniers contre celle du soldat Shalit . Golda Meir, tient les Palestiniens pour des « Arabe »,  soit une ethnie inférieure aux Blancs caucasiens. L’injure suprême pour un israélien c’est se faire traiter d’arabe. Israël n’a eu aucune peine à accueillir un million de Russes après 1989, en revanche il s’est livré à des séparations d’enfants Yéménites d’avec leurs familles pour les faire adopter par des couples sans enfants. Ou encore il a appliqué l’apartheid aux Falashas. Le quotidien israélien Haaretz, de décembre 2012 rapporte le cas d’une quarantaine de femmes éthiopiennes soumises de force au Depo-Provera, un contraceptif par piqûre. Un  Depo-Provera, avec une histoire infâme çar il était injecté à des milliers de femmes pauvres, souvent noires, entre 1967 et 1978 aux Etats-Unis, afin de réduire le taux de natalité des populations pauvres, victimes par-dessus tout de la ségrégation.
Il s’agit, dit  encore le journal Haaretz, d’une politique de contrôle absolu de la vie des Ethiopiennes, qui commence quand elles sont encore en Ethiopie. Des injections qui font partie de l’attitude globale des israélienne ashkénazes à l’égard de ce groupe de migrants,  une politique répressive, raciste et paternaliste… Les exécutions extrajudiciaires concernent des membres de l’ethnie dite « arabe ». Et la dite communauté européenne, avec en son sein la patrie des droits de l’homme, s’accommode depuis des décennies de cette violation, au non de la réal-politique, et des des intérêts économiques. Ce que rapporte Frédéric Metezeau est éloquent: « On n’annonce jamais un assassinat ciblé, mais on préfère voir certaines personnes mortes que vivantes .»

 La question israélo-palestinienne  n’intéresse guère les Français, et les Européens en général, Il ne s’agit en fait de Palestiniens, que  d’Arabes, comme les Syriens, pour lesquels  on n’a pas vu les Européens, se motiver comme ils le sont pour l’heure, avec les immigrants Ukrainiens…

C’est de cet apartheid-là que parlait, lors du Réplique d’Alain Finkielkraut de 2015, Rony Brauman.

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