Jean Michel-Henry
Abonné·e de Mediapart

40 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 mars 2021

L’OMS, grand corps malade, film édifiant de Pierre Haski à DébatDoc.

Les États ne donnent pas plus de 4 ou 5 milliards par an, en gros le budget d’une unité hospitalière…et la France, fait partie des mauvais élèves, La Chine, elle, donne deux milliards de dollars l’an, confirmant son désir de faire oublier l’arrestation des lanceurs d’alerte, et s’achetant une virginité d'Etat responsable et généreux.

Jean Michel-Henry
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'OMS, grand corps malade, un film remarquable de Pierre Haski à DébatDoc.
Extraits et compléments. 

Tedros Adhanom Ghebreyesus a été ministre de la santé et des affaires étrangères dans son pays pendant une quinzaine d’années. Ancien directeur du fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, il a mené des réformes de santé remarquables, et a acquis une légitimité d’un réformateur de la santé et des soins de santé primaire pour les Africains. Voilà pour le côté positif. Mais, nous est-il dit, le directeur de l’OMS,  pendant quinze ans,  a été ministre du régime autoritaire éthiopien,  responsable de la mort de centaines d’opposants politiques, et lorsqu’il était ministre de la santé, il a plusieurs fois refusé de reconnaître des épidémies dans le pays, pour ne pas effrayer les investisseurs. Les équipes MSF, nous dit-on aussi,  rapportaient plusieurs cas de choléra, donc une épidémie tandis que le ministre de la santé à l’époque disait que ce n’étaient que des cas de diarrhée aqueuse aiguë , et qu’il n’y avait pas de choléra. Il nous est aussi rappelé que, quelques jours après son accession à la tête de l’organisation, le docteur Tedros nomme ambassadeur de l’OMS, Robert Mougabé, l’ancien dictateur du Zimbabwe, et que, face à la réprobation internationale, Tedros Adhanom Ghebreyesus est obligé de se rétracter, mais que son message est clair, à savoir que la santé est une question politique, et que la politique se construit avec des alliés.
Politique?  François Godement confirme, disant que  le docteur Tedros  a été élu par une coalition de pays poussés par la Chine, de pays du Sud, et de pays africains, de façon logique, symptôme de la fin de la domination d’ Occidentaux qui se retrouvent à financer, pour une grande part l’OMS sans contrôler désormais son fonctionnement politique à partir de l’Assemblée des États membres. 
Tension donc, entre Chine et occidentaux. Incarnée par les faits, Pékin mobilisant ses alliés pour faire élire ses candidats, comme c’est le cas avec le docteur Tedros, mais aussi avec des fonctionnaires du régime de Pékin. Ainsi, nous rappelle-t-on  qu’un chinois est nommé à la tête de la FAO.( organisation contre la faim dans le monde). Qu’en 2016, un autre chinois est nommé à la tête d’Interpol, basée à Lyon. Qu’un  autre chinois est nommé à la tête de l’OACI, organisation de l’aviation civile internationale. Qu’un chinois est nommé à la tête de l’organisation des Nations Unies pour le développement industriel, et qu'un autre est à la tête de l’UIT, l’union internationale pour les communications, et qu'un chinois encore est nommé pour  diriger le département des affaires économiques et sociales de l’ONU, et qu’enfin un autre chinois permet à la Chine de jouer un rôle clé dans la commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève.
Une capacité de la Chine à pousser ses candidats dans les organisations internationales, due, nous dit-on,  à  la désertion des US, l’Amérique de Trump ne croyant plus au multilatéralisme, et prônant le protectionnisme au nom de l’America first. Pour preuve, le retrait des USA de nombreuses organisations internationales, par exemple du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’UNESCO, l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, ou encore les accords de Paris,  un boulevard pour une Chine qui agit à l’intérieur des Nations Unies pour avant tout se légitimer et contrer ce qui pourrait nuire à ses intérêts.
Conséquences par rapport à la pandémie de la Covid?
Une perte d’autonomie de l’OMS responsable de son manque d’anticipation dans la pandémie.
La question du financement..
 Tout d’abord, les États, apprenons-nous, ne  donnent pas  plus de 4 ou 5 milliards par an, en gros le budget d’une unité hospitalière…et la France, en l’occurrence fait partie des mauvais élèves, donnant insuffisamment…La Chine, elle, en revanche, donne deux milliards de dollars l’an, confirmant son désir de faire oublier l’arrestation des lanceurs d’alerte, et s’achetant par là une virginité qui la fait apparaître, en outre par des dons de vaccins,  comme puissance responsable et généreuse. 
Autre entorse à la déontologie de l’organisation mondiale,  des fonds privés qui viennent concurrencer les fonds publics. Ainsi un Bill Gates, fondateur de Microsoft a-t-il pu devenir le deuxième financeur de l’OMS à hauteur de deux milliards de dollars avec sa fondation pour guérir la poliomyélite, sans pour autant avoir été élu par qui que ce soit. Une poliomyélite dont, d’ailleurs,  il reste une centaine de cas quand il y en avait 300 000 il y a une vingtaine d’années, fait remarquer Rony Brauman, président de Médecin sans frontière de 1982 à 1994,  dénonçant l’influence que peut avoir l’initiative privée dans l’agenda de l’OMS. 
Une division des États, qui a cependant connu des rémissions, comme ce fut  le cas avec la variole, la détente entre les USA et l’Union soviétique ayant rendu possible la lutte contre l’épidémie. Comme ce fut aussi le cas avec l’épidémie Ebola. A ceci près cependant , comme le rappelle Rony Brauman, que « certes le Conseil de sécurité s’est saisi de l’occasion, mais ça faisait déjà trois mois que l’on savait que l’explosion épidémique avait eu lieu, et qu’elle flambait dans des quartiers peuplés où elle a fait d’énormes dégâts, Donc c’était une réaction extrêmement tardive, et l’OMS a participé activement à ce retard, en refusant de prendre en compte la réalité de cette urgence. 
(L’alerte Ebola est lancée en mars 2014 et L’OMS ne réagit qu’en août.) Là ce n’était pas la Chine, commente-t-il, mais la Guinée, la Sierra Léon, le Liberia, qui pesaient sur les délégués de l’OMS.qui se rangeaient à l’avis des gouvernements selon lesquels il n’y avait rien à signaler.
 A l’appui de cette déclaration, Rony Brauman poursuit: « Il est de notoriété publique que l’élection du directeur de l’OMS fait l’objet de trafic, de valises de billets, et que ça circule énormément , on a vu des votes totalement retournés suite à l’introduction de valises de billets devant la salle où se déroulait le vote ». Et d’ajouter à propos de l’opacité du régime chinois vis-à-vis de la visite de la délégation prévue ces temps-ci à Wuhan, (délégation pour laquelle il a fallu attendre sept mois pour obtenir les autorisations), que l’opacité n’est pas le seul fait de la Chine, mais aussi une caractéristique des contrats qui  ont été conclus avec des grands laboratoires, contrats peu transparents comme on pouvait s’y attendre avec le poids des lobbys de la pharmacie, de l’agrochimie et de l’agrobusiness.
 Brevets et licence obligatoire..
Plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire demandent à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) - l'organisme qui régit les accords sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce - une dérogation à ces droits afin que les vaccins covid-19 puissent être produits en masse et à un prix abordable. Les pays riches, dont le Royaume-Uni, les États-Unis, la Suisse et les nations européennes, s'opposent à la proposition, présentée par l'Afrique du Sud et l'Inde et soutenue par des dizaines de pays en développement. Ils font valoir que ces brevets sont nécessaires pour encourager la recherche et le développement de médicaments.
L'histoire semble se répéter : une confrontation ouverte entre ceux qui soutiennent les droits de propriété intellectuelle sur les médicaments et ceux qui exigent l'accès à des médicaments moins chers pour sauver des vies. Cela s'est déjà produit en 1998, lorsque l'Afrique a été frappée par l'épidémie de VIH et que plusieurs gouvernements du continent ont exigé le retrait des brevets des entreprises pharmaceutiques afin d'obtenir les médicaments susceptibles de prévenir le sida et d'éviter des décès.
Cette fois-là cependant, les laboratoires avaient  dû retirer leurs plaintes. On lit à ce propos sur  le site Le Cairn::Le 5 mars 2001, s’ouvrait à Pretoria, en Afrique du Sud, un procès intenté par 39 firmes pharmaceutiques contre le gouvernement sud-africain. Ce dernier était coupable, aux yeux des laboratoires, de violer les droits de propriété intellectuelle en ayant adopté en 1997 une loi pharmaceutique favorisant le recours à des médicaments génériques. Le 19 avril 2001, reculant devant les critiques émanant de la presse, des organisations non gouvernementales (ONG) et de l’opinion publique, les 39 laboratoires retiraient leur plainte sans que le gouvernement sud-africain ait eu à modifier sa loi.
N’empêche, aujourd’hui, selon l'OMS, 75 % des vaccins contre le covid administrés jusqu'à présent l'ont été dans 10 pays développés, et, dit Gavin Ramey de l’université de Duke aux US, interviewé par la BBC le 21 mars: « quelque 130 pays, où vivent plus de 2,5 milliards de personnes, n'ont pas reçu un seul vaccin. Les nations riches ont vidé les rayons en disant « moi d’abord et juste moi , une terrible attitude de santé publique. »
Une OMS minée par  le partenariat privé, les  jeux de pouvoir, les luttes d’influences, et une OMC qui dicte la loi de la santé publique…
Aux antipodes, un Albert Sapin, inventeur du vaccin contre la poliomyélite, qui écrivait il y a cinquante ans : “Beaucoup de gens ont insisté pour que je fasse breveter mon vaccin contre la polio, mais je ne le voulais pas. C’est mon cadeau à tous les enfants du monde. (…) 
Bruce Sapin, spécialiste des virus né en Pologne en 1906 et mort en 1993. Médecin et chercheur américain, dont la découverte la plus remarquable fut le vaccin antipoliomyélitique dans les années 1960, et qui a refusé de breveter son vaccin, renonçant ainsi à toute exploitation commerciale par les laboratoires, afin que son bas prix garantisse la diffusion la plus large possible de son traitement. Un médecin chercheur qui n’a pas gagné un sou du vaccin qu’il a découvert et qui a continué par la suite de vivre de son salaire de professeur…

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Budget
Le « paquet pouvoir d’achat » ne pèse pas lourd
Le gouvernement a confirmé une série de mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des retraités et des bénéficiaires de prestations sociales. Mais ces décisions ne permettent pas de couvrir la hausse des prix et cachent une volonté de faire payer aux plus fragiles le coût de l’inflation.
par Romaric Godin
Journal
Assurances : les résultats s’envolent, pas les salaires
Depuis plusieurs mois, des mouvements sociaux agitent le monde des assurances où les négociations salariales sont tendues, au niveau des entreprises comme de la branche professionnelle. Les salariés réclament un juste partage des bénéfices, dans un secteur en bonne santé.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Covid : face à la septième vague, les 7 questions qui fâchent
Risques de réinfections, protections, efficacité des vaccins actuels et attendus, avenir de la pandémie… Nos réponses pour s’y retrouver face à cette nouvelle vague de Covid-19.
par Rozenn Le Saint
Journal
Le RN s’installe, LFI perd la partie
Les députés ont voté mercredi la répartition des postes de gouvernance de l’Assemblée nationale, offrant deux vice-présidences au parti de Marine Le Pen. Privée de la questure qu’elle convoitait, La France insoumise a dénoncé les « magouilles » de la majorité, qu’elle accuse d’avoir pactisé avec la droite et l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani

La sélection du Club

Billet de blog
Boyard et le RN : de la poignée de main au Boy's club
Hier, lors du premier tour de l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, Louis Boyard, jeune député Nupes, a décliné la main tendue de plusieurs députés d’extrême droite. Mais alors pourquoi une simple affaire de poignée de main a-t-elle déclenché les cris, les larmes et les contestations ulcérées de nombres de messieurs ?
par Léane Alestra
Billet de blog
Quand le RN est fréquentable…
La dernière fois que j'ai pris ma plume c'était pour vous dire de ne plus compter sur moi pour voter par dépit. Me revoilà avec beaucoup de dépit, et pourtant j'ai voté !
par Coline THIEBAUX
Billet de blog
Oui, on peut réduire le soutien populaire aux identitaires !
Les résultats de la Nupes, effet de l’alliance électorale, ne doivent pas masquer l'affaiblissement des valeurs de solidarité et la montée des conceptions identitaires dans la société. Si la gauche radicale ne renoue pas avec les couches populaires, la domination des droites radicales sera durable. C'est une bataille idéologique, politique et parlementaire, syndicale et associative. Gagnable.
par René Monzat
Billet de blog
Lettre d’un électeur insoumis à un électeur du RN
Citoyen, citoyenne, comme moi, tu as fait un choix politique mais qui semble à l’opposé du mien : tu as envoyé un député d’extrême-droite à l’Assemblée Nationale. A partir du moment où ce parti n’est pas interdit par la loi, tu en avais le droit et nul ne peut te reprocher ton acte.
par Bringuenarilles