Contre les inégalités ou contre le caractère national de l'éducation

 

Le rapport d'observations provisoires de la cour des comptes dénonce l'injustice de la répartition des moyens d'enseignement sur le territoire. Il est présenté par le journal Le Monde du vendredi 13 avril, dans un article qui commence par "L'éducation n'est plus nationale"...rien que ça! Les deux facteurs d'inégalité dans le financement semblent tenir à l'ancienneté et au grade des enseignants inégalement répartis. Non qu'il s'agisse de nier que ça puisse être un problème, on peut cependant s'interroger, quand on nous dit qu'est démontrée "pour la première fois l'injustice de la répartition des moyens d'enseignement sur le territoire", sur la nouveauté de ce constat. Dans la gloire de mon père, paru en 1957 Marcel Pagnol décrit un déroulement de carrière datant de l'époque de son père, soit du début du siècle:

« Après quelques années d'apostolat laïque dans la neige des hameaux perdus, le jeune instituteur glissait à mi-pente jusqu'aux villages, où il épousait au passage l'institutrice ou la postière. Puis il traversait plusieurs de ces bourgades dont les rues sont encore en pente et....il arrivait dans les sous préfectures, après quoi il faisait son entrée au chef lieu... » certes le style doit changer du rapport de la cour des comptes mais le constat lui est déjà là.

Derrière ce style qui traite avec humour la situation il faut noter qu'il s'est agi pourtant d'un sujet très sérieux dans l'histoire de l'éducation nationale et des enseignants, un sujet au travers duquel s'est précisément constitué la forme nationale. Sans trop nous éloigner du rapport de la cour des compte, on peut quand même rappeler que la nomination des instituteurs était au début du siècle, le fait du prince, ou plus exactement du Préfet et de l'Inspecteur d'académie, agissant, sans contrôle et souvent sous influence. C'était la période des « déplacements d'offices » décidés sur simple intervention d'un député ou d'un maire auprès des autorités . Ces mesures faisaient des ravages parmi les premiers militants des amicales et les syndicalistes et affectaient au delà le moral de l'ensemble des enseignants: « il suffit de causer avec n'importe quel professeur de n'importe quelle université de province pour voir jusqu'à quelle profondeur le dégoût et de découragement ont pénétré notre personnel d'enseignement supérieur. » rapporte Max ferré à leur sujet dans son histoire du mvt syndicaliste révolutionnaire chez les instituteurs. Cette situation s'est lentement régulée avec un pouvoir de contrôle accordé aux représentants du personnel et avec la reconnaissance du droit syndical aux enseignants par le Cartel des gauches aux environs de 1924.

On peut entendre que la situation actuelle puisse poser problème mais comment ne pas dresser l'oreille, ce rapport actuel ne résonne-t-il pas comme l' annonce d'un retour aux vieilles lunes? d'autant que l'on connait l'orientation déjà expérimentée dans les « éclairs » de recrutement par les chefs d'établissement.

Le deuxième aspect : 51% de plus pour former un Parisien qu'un Niçois ou taux d'encadrement de 5,62 pour 100 élèves en Côte d'Or, contre 5,3 en seine Saint Denis semble référer à un problème là encore archi connu selon lequel, le milieu rural se prête moins facilement à la concentration des élèves.

Il est fréquent d'entendre lors des mobilisations contre les fermeture de classes la « calculette » être remise en cause et c'est bien compréhensible. N'oublions pas cependant que le quotient qu'elle donne ne dépend pas d'elle mais du diviseur que l'on y rentre. L'outil pose d'autant moins problème que l'on a abondé le département où l'académie en postes pour qu'ils fonctionnent correctement, ce qui semble avoir rapport avec la suppression du fonctionnaire sur deux.

L'article du Monde, s'il ouvre sur « L'éducation n'est plus nationale »  conclut sur il ne faut plus qu'elle le soit. Comme si le but étant déjà atteint il n'y aurait plus rien à faire qu'à appliquer les mesures nécessaires pour fonctionner désormais dans un cadre non national. On trouve donc la conclusion dans le « modèle allemand » où l'on apprends que dans le land de Berlin les moyens sont directement attribués à l'établissement. C'est sans doute ce qu'il fallait démontrer et c'est le mérite de cet article de vendre facilement la mèche.

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