"Agis dans ton lieu, pense avec le monde" - 4 - Pour Peio Serbielle

Le chanteur basque Peio Serbielle sera jugé les 22 et 23 mai à Paris pour avoir hébergé... en 2004 (!) de présumés membres de l'ETA. 14 ans après les faits. Après avoir purgé 16 mois de préventive et 6 ans de contrôle judiciaire.

Pour Peio Serbielle, mon ami.
Peio Serbielle, chanteur basque, a été arrêté le 3 octobre 2004 pour avoir hébergé des « présumés membres » de l’ETA. Délit d’hospitalité, donc. Terrible oxymore réemployé depuis…
Le chanteur Renaud avait protesté : « Peio Serbielle n’est pas un terroriste, n’appartient à aucun mouvement clandestin et n’a commis aucun acte criminel hormis celui consistant à ouvrir sa porte à des réfugiés politiques menacés d’expulsion ». D’autres l’avaient soutenus comme Georges Moustaki, Tri Yann, Gilles Servat, Monseigneur Gaillot ou Maxime Le Forestier.
Rien n’y a fait.
Peio Serbielle a fait 16 mois de prison, dont une partie en isolement, comme un dangereux terroriste. Il a été libéré, sans être jugé, puis, pendant 6 ans, sous contrôle judiciaire il devait pointer, chaque semaine, à la gendarmerie de Mauléon, avec interdiction de quitter le territoire.
Sa carrière musicale qui jusqu’alors se déployait dans le monde entier a évidemment été foudroyée.
Depuis 2012 Peio Serbielle vit avec au-dessus de la tête l’épée de Damoclès d’un jugement à venir.
14 ans après les faits, voilà enfin le procès, ces 22 et 23 mai, à Paris.
14 ans !
16 mois de préventive, dans des conditions terribles !
6 ans de contrôle judiciaire !
Comment peut-on accepter de telles situations ?
A vrai dire, ces chiffres se passent de commentaires quand un ancien ministre, fraudeur (blanchiment de fraude fiscale), et parjure (devant la représentation nationale ! ), a échappé à la prison. Comment ne pas faire le douloureux parallèle ?
Peio est mon ami. Il chante la fraternité. Il chante un Pays basque de toutes les couleurs. Il chante la Bretagne. Il chante l’humanité et l’universel de la condition humaine. Il est du Pays basque et du monde, et je le sais hostile, réfractaire à toute forme de violence. Hostile à toute forme de fermetures, de replis et de haines.
Peio est mon ami et j’espère que très prochainement nous pourrons fêter ensemble, en Bretagne, au Pays basque ou ailleurs, sa liberté enfin reconnue.

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