jean monod
ethnologue et débroussailleur
Abonné·e de Mediapart

90 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 nov. 2014

Les nouveaux boucs émissaires

Surprise de lire dans un journal bien-pensant un article qui déplore ce qui s'est passé au Testet et le met sur le compte du « pourrissement de l'Etat ». Etonnante audace ! Malheureusement l’article conclut sur « les casseurs qui en profitent ».

jean monod
ethnologue et débroussailleur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Surprise de lire dans un journal bien-pensant un article qui déplore ce qui s'est passé au Testet et le met sur le compte du « pourrissement de l'Etat ». Etonnante audace ! Malheureusement l’article conclut sur « les casseurs qui en profitent ».

Les casseurs faisant le jeu de la répression, tout ce qu’il y a à en dire c’est qu’ils sont infiltrés ou tolérés par la police [1].

En ville, c’est facile. Mais quel groupe pourrait s’infiltrer dans un collectif luttant sur place depuis des années et y campant depuis des mois ?

Finalement j'ai l'impression que Rémi Fraisse est mort de racisme.

De ce racisme qui ne sait plus très bien où se fixer depuis qu'on ne peut plus être pro-palestinien sans être taxé d'antisémitisme, anti-mariage pour tous sans être accusé d'homophobie, anarchiste sans être fiché terroriste, et défenseur de la terre sans être assailli par des forces armées.

De ce racisme en quête de nouvelle cible… et d’absolution. Une majorité se retrouvant aujourd’hui dans la soumission, ce racisme indécis a fini par retomber sur les jeunes qu'on appelle maintenant « anticapitalistes » comme si c’était la dernière infamie, pour ne pas voir que ce sont des jeunes qui ne veulent pas d’une industrie qui détruit la planète, d’une société qui en est complice, et d’un Etat qui s’associe à d’autres Etats  pour organiser le passage en force d’une politique d’asservissement mondial.

« Je n’accepte pas de violence dans la République », a déclaré le président de la République cinquante deux jours après le début du déchaînement de la police et quatre jours après de le tir meurtrier d’un de ses agents [2].

C’est aussi notre avis.

Au Testet on a vu au fil des dernières semaines monter un débat entre ceux voulaient riposter à la violence de la police par une contre-violence, et ceux qui ne le voulaient pas. Tout le monde avait voix au chapitre. Les nouveaux arrivants étaient accueillis dans les assemblées de plein droit. Pendant plusieurs mois, vivant et campant dans une franche réciprocité avec les paysans de l’endroit, dans la vallée du Tescou aujourd’hui réduite à un champ de ruine, la liberté de parole a été conduite avec une telle maîtrise que les provocateurs n’avaient aucune chance ni les opportunistes à quelque prise de pouvoir que ce soit.  

Passé en une nuit de la vie à une mort qui l'a sorti de l'anonymat, Rémi est devenu l'emblème de ces jeunes que la société bien-pensante « ne comprend pas », avec leurs dreadlocks, leurs tatouages, leurs chiens, leur façon d’aimer la vie et toutes ces coutumes qui paraissent bizarres vues de loin. Ces coutumes sont ancrées à des valeurs de partage et de réciprocité.

Du racisme ambiant nouvellement ciblé au regard méprisant du flic et à son gant armé, il y a la continuité des encouragements de l'Etat qui persiste à mettre sur le compte de « casseurs » la violence qu'il a fait lui-même régner pendant sept semaines au Testet. De ce racisme et de cette violence poussée le 26 octobre jusqu'au meurtre, l'Etat, qui se vante de tout pouvoir, mais pour toute réponse, quand des jeunes lui demandent de ne pas détruire une forêt, leur envoie la force armée, porte une écrasante responsabilité.

« Je demanderai à être jugé sur ce que j'ai fait pour les jeunes », a dit François Hollande le jour où il a pris ses fonctions de président de la République.

En attendant il y a en France 22  ZAD, 22 Zones A Défendre [3].

 ***

Informations complémentaires

Collectif pour la défense de la zone humide du Testet http://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/

Sur Rémi Fraisse https://tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com/2014/10/texte.pdf

Terreur d'Etat au Testet, nuit du 25 au 26 octobre https://www.youtube.com/watch?v=9n4BWYNcFrk


[1] "Les Black Blocks parlons-en" http://www.reporterre.net/spip.php?article6516

[2] Sans compter les déprédations commises depuis des mois par la police et les encouragements qu'un pareil déchaînement constituait à des opérations coup de poing avec l’assurance de l’impunité par les partisans du président du Conseil Général du Tarn. 3 septembre : http://www.lelotenaction.org/pages/content/archives/zad-du-testet-le-point-en-ce-jeudi-4-septembre.html  L’historique complet : https://www.youtube.com/watch?v=92_TeKgVQEE

[3]  Les Grands Projets Inutiles se bâtissent aujourd’hui à coups de grenades. Ci-joint la carte des résistances : http://www.reporterre.net/spip.php?article6215

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Nouvelle-Calédonie: débats autour du colonialisme français

À la Une de Mediapart

Journal — France
Des militants à l’assaut de l’oppression « validiste »
Ils et elles se battent contre les clichés sur le handicap, pour la fermeture des institutions spécialisées et pour démontrer que, loin de la charité et du médical, le handicap est une question politique. Rencontre avec ces nouvelles militantes et militants, très actifs sur les réseaux sociaux.
par Caroline Boudet
Journal — France
Au tribunal, la FFF est accusée de discriminer des femmes
Neuf femmes accusent la Fédération française de football de les avoir licenciées en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause le management de la FFF. Son président Noël Le Graët jure qu’il « n’y a pas d’atmosphère sexiste à la FFF ».
par Lénaïg Bredoux, Ilyes Ramdani et Antton Rouget
Journal — France
« La droite républicaine a oublié qu’elle pouvait porter des combats sociaux »
« À l’air libre » reçoit Aurélien Pradié, député du Lot et membre de la direction des Républicains, pour parler de la primaire. Un scrutin où les candidats et l’unique candidate rivalisent de propositions pour marquer leur territoire entre Emmanuel Macron et l’extrême droite.
par à l’air libre
Journal — France
Le Squale, opérations secrètes
Basées sur des interceptions judiciaires ayant visé l’ancien chef des services secrets intérieurs, Bernard Squarcini, notre série de révélations met au jour l’existence d’un État dans l’État, où se mêlent intérêts privés et basse police.
par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
Un jour dans ma vie militante : l’Etat réprime impunément des familles à la rue
[Rediffusion] Jeudi 28 octobre, soutenues par Utopia 56, plus de 200 personnes exilées à la rue réclamant l’accès à un hébergement pour passer l’hiver au chaud ont été froidement réprimées. L’Etat via son organe répressif policier est en roue libre. Bénévole au sein de l’association, j’ai été témoin direct de scènes très alarmantes. Il y a urgence. Voici le témoignage détaillé de cette journée.
par Emile Rabreau
Billet de blog
Penser la gauche : l'ubérisation des militant·e·s
Les mouvements politiques portent l’ambition de réenchanter la politique. Pour les premier·e·s concerné·e·s, les militant·e·s, l’affaire est moins évidente. S’ils/elles fournissent une main d’oeuvre indispensable au travail de terrain, la désorganisation organisée par les cadres politiques tendent à une véritable ubérisation de leurs pratiques.
par Nicolas Séné
Billet de blog
Faire militance ou faire communauté ?
Plus j'évolue dans le milieu du militantisme virtuel et de terrain, plus il en ressort une chose : l’impression d’impuissance, l’épuisement face à un éternel retour. Il survient une crise, on la dénonce à coups de critiques et d’indignation sur les réseaux, parfois on se mobilise, on tente tant bien que mal d’aider de manière concrète.
par Douce DIBONDO
Billet de blog
Escale - Le cinéma direct, un cinéma militant qui veut abolir les frontières
Briser le quatrième mur, celui entre cinéaste et spectateur·rices, est un acte libérateur, car il permet de se réapproprier un espace, une expérience et permet d'initier l'action. C'est tout le propos de notre escale « Éloge du partage » qui nous invite en 7 films à apprendre à regarder différemment.
par Tënk