Les nouveaux boucs émissaires

Surprise de lire dans un journal bien-pensant un article qui déplore ce qui s'est passé au Testet et le met sur le compte du « pourrissement de l'Etat ». Etonnante audace ! Malheureusement l’article conclut sur « les casseurs qui en profitent ».

Surprise de lire dans un journal bien-pensant un article qui déplore ce qui s'est passé au Testet et le met sur le compte du « pourrissement de l'Etat ». Etonnante audace ! Malheureusement l’article conclut sur « les casseurs qui en profitent ».

Les casseurs faisant le jeu de la répression, tout ce qu’il y a à en dire c’est qu’ils sont infiltrés ou tolérés par la police [1].

En ville, c’est facile. Mais quel groupe pourrait s’infiltrer dans un collectif luttant sur place depuis des années et y campant depuis des mois ?

Finalement j'ai l'impression que Rémi Fraisse est mort de racisme.

De ce racisme qui ne sait plus très bien où se fixer depuis qu'on ne peut plus être pro-palestinien sans être taxé d'antisémitisme, anti-mariage pour tous sans être accusé d'homophobie, anarchiste sans être fiché terroriste, et défenseur de la terre sans être assailli par des forces armées.

De ce racisme en quête de nouvelle cible… et d’absolution. Une majorité se retrouvant aujourd’hui dans la soumission, ce racisme indécis a fini par retomber sur les jeunes qu'on appelle maintenant « anticapitalistes » comme si c’était la dernière infamie, pour ne pas voir que ce sont des jeunes qui ne veulent pas d’une industrie qui détruit la planète, d’une société qui en est complice, et d’un Etat qui s’associe à d’autres Etats  pour organiser le passage en force d’une politique d’asservissement mondial.

« Je n’accepte pas de violence dans la République », a déclaré le président de la République cinquante deux jours après le début du déchaînement de la police et quatre jours après de le tir meurtrier d’un de ses agents [2].

C’est aussi notre avis.

Au Testet on a vu au fil des dernières semaines monter un débat entre ceux voulaient riposter à la violence de la police par une contre-violence, et ceux qui ne le voulaient pas. Tout le monde avait voix au chapitre. Les nouveaux arrivants étaient accueillis dans les assemblées de plein droit. Pendant plusieurs mois, vivant et campant dans une franche réciprocité avec les paysans de l’endroit, dans la vallée du Tescou aujourd’hui réduite à un champ de ruine, la liberté de parole a été conduite avec une telle maîtrise que les provocateurs n’avaient aucune chance ni les opportunistes à quelque prise de pouvoir que ce soit.  

Passé en une nuit de la vie à une mort qui l'a sorti de l'anonymat, Rémi est devenu l'emblème de ces jeunes que la société bien-pensante « ne comprend pas », avec leurs dreadlocks, leurs tatouages, leurs chiens, leur façon d’aimer la vie et toutes ces coutumes qui paraissent bizarres vues de loin. Ces coutumes sont ancrées à des valeurs de partage et de réciprocité.

Du racisme ambiant nouvellement ciblé au regard méprisant du flic et à son gant armé, il y a la continuité des encouragements de l'Etat qui persiste à mettre sur le compte de « casseurs » la violence qu'il a fait lui-même régner pendant sept semaines au Testet. De ce racisme et de cette violence poussée le 26 octobre jusqu'au meurtre, l'Etat, qui se vante de tout pouvoir, mais pour toute réponse, quand des jeunes lui demandent de ne pas détruire une forêt, leur envoie la force armée, porte une écrasante responsabilité.

« Je demanderai à être jugé sur ce que j'ai fait pour les jeunes », a dit François Hollande le jour où il a pris ses fonctions de président de la République.

En attendant il y a en France 22  ZAD, 22 Zones A Défendre [3].

 

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Informations complémentaires

Collectif pour la défense de la zone humide du Testet http://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/

Sur Rémi Fraisse https://tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com/2014/10/texte.pdf

Terreur d'Etat au Testet, nuit du 25 au 26 octobre https://www.youtube.com/watch?v=9n4BWYNcFrk

 


[1] "Les Black Blocks parlons-en" http://www.reporterre.net/spip.php?article6516

[2] Sans compter les déprédations commises depuis des mois par la police et les encouragements qu'un pareil déchaînement constituait à des opérations coup de poing avec l’assurance de l’impunité par les partisans du président du Conseil Général du Tarn. 3 septembre : http://www.lelotenaction.org/pages/content/archives/zad-du-testet-le-point-en-ce-jeudi-4-septembre.html  L’historique complet : https://www.youtube.com/watch?v=92_TeKgVQEE

[3]  Les Grands Projets Inutiles se bâtissent aujourd’hui à coups de grenades. Ci-joint la carte des résistances : http://www.reporterre.net/spip.php?article6215

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