jean monod
ethnologue et débroussailleur
Abonné·e de Mediapart

90 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 oct. 2018

Manifestations et écologie (chronique légèrement décalée)

Les manifestations ne sont pas des résistances. On n’a vu jamais autant de monde dans les rues que lorsque Bush a annoncé la guerre d’Irak en mars 2003…

jean monod
ethnologue et débroussailleur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

« Not in my name » pouvait-on lire sur des banderoles dans toutes les capitales de la planète. « La plus grande manifestation de l’histoire contre la guerre », a-t-on pu écrire. En tout cas la plus auto-médiatisée… et la plus auto-leurrée. Les opérations militaires ont été lancées quelques jours après.

Illusionnés par leur nombre, des millions de manifestants se sont révélés n’avoir aucune influence. Quinze ans plus tard, passées les « révolutions » arabes, le nombre n’a toujours pas pris la mesure de son impuissance et de sa manipulabilité.

Le nombre ne fait pas la force de ceux qui s’y rassemblent. Il ne sert qu’à faire la force de qui sait le manipuler.

Le « réchauffement de la planète » est en train de devenir une nouvelle bulle médiatique. Personnage médiatique, Nicolas Hulot n’a pas sauvé Notre-Dame-des-Landes. Il est mémorable pour avoir dit aux zadistes : « Il ne faut pas confondre écologie et anarchie. » Il démissionne, et voila qu’à nouveau les rues se remplissent.

Peu auparavant, dans une prestation télévisée, lorsqu’il était encore ministre, il a lancé un appel à la population pour une consommation responsable.

Le hic, c’est que la consommation responsable ne diminuera pas la quantité de CO2 déjà présent dans l’atmosphère, pas plus qu’il n’arrêtera les conséquences du réchauffement climatique. D’abord, parce qu’une telle consommation responsable est irréalisable à l’échelle mondiale où elle pourrait avoir une efficacité. Ensuite et surtout parce que cette « responsabilité » ne serait vraiment responsable que si elle s’attaquait à la cause du réchauffement, qui est un système de production, dont la consommation n’est que la condition obligée.

Entre les deux, il y a une énorme différence.

Si, depuis que le capitalisme existe, on a pu avoir des certitudes quant l'inépuisabilité des ressources, ces certitudes ont commencé à diminuer il y a une quarantaine d'années. En revanche, il n’y a jamais eu d’incertitude du côté de la consommation. Elle a beau fluctuer, une fois acquise, elle est le plus assuré des débouchés. C’est est un gouffre aux innombrables mandibules, un système d’absorption et de destruction continuelle quasi infini, à continuellement réapprovisionner.

Pour en arriver là, il a fallu que des masses soient constituées, c’est-à-dire que des populations aient été mises en situation de devoir consommer des produits fabriqués pour survivre. Cela suffit à expliquer en une seule logique la dépossession des populations, la destruction de la nature et la privation de ses réserves .

C’est donc en amont que se jouent les possibilités de changements dans les conséquences du capitalisme. On le voit bien dans la guerre économique que les États se livrent pour prendre avantage sur leurs concurrents. On l’a vu avec le TAFTA en 2013, on l’a vérifié avec l’accord USA-Mexique-Canada obtenu par Trump le 1er de ce mois.

Ne jamais oublier les canons de Perry pour forcer le Japon à s’ouvrir au marchéi... Une fois l’avantage gagné par un coup de force, le profit est assuré. Les mandibules fonctionneront. Les appels à la consommation responsable tendent à faire oublier que l’économie est une guerre et que la population mondiale qu’on appelle à se responsabiliser en est à la fois la condition et l’otage.

Ils le font si bien, ces appels à la consommation responsable, que celle-ci, associée à la perspective d’un mode de vie plus frugal pour les ci-devant bénéficiaires de la croissance, moyennant des zones de nature protégées, dans un package néo-écologique global, est devenue une valeur assurable.

La publicité vise à faire croire aux masses qu’elles existent et qu’au fond tout dépend d’elles. La publicité pour vendre des marchandises s’ingénie à flatter cette illusion dans un public qui compense son déficit démocratique par une consommation effrénée. La publicité écologiquement orientée auprès des mêmes tend à leur vendre l’idée qu’ils ont une possibilité de changer le cours des choses, et que le sauvetage de la démocratie est au bout de leurs manifestations, comme la solution à la catastrophe écologique serait au bout de leur « consommation responsable »…

Bon moyen de préparer une masse à une écologie dirigée.

                                                                                                                                          Suite la semaine prochaine : catastrophe et résistance

Jean Monod Après le Déluge, le mythe de la catastrophe salvatrice, ABCéditions, Collection « Éclipses », 2018.

A commander sur www.abceditions.net

i    Expéditions menées par le Commodore Matthew Perry en 1853 et 1854 qui aboutirent « à l’ouverture du Japon au commerce international » (Wikipedia).

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Diplomatie
Macron passe la diplomatie française à la sauce « libérale »
Sous prétexte d’accroître la « mobilité interne » au ministère des affaires étrangères, la réforme prévue par Emmanuel Macron permettra d’offrir des postes d’ambassadeur à des amis politiques ou des cadres du monde des affaires qui ont rendu des services. Tout en réglant son compte à un corps diplomatique que l’Élysée déteste.
par René Backmann
Journal — France
Fausse rétractation de Takieddine : sur la piste d’un « cabinet noir » au service de Sarkozy
L’enquête sur l’interview arrangée de Ziad Takieddine révèle les liens de plusieurs mis en cause avec le clan Sarkozy et leur volonté de « sauver » l’ancien président, mais aussi ses anciens collaborateurs, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, également mis en examen dans l’affaire libyenne.
par Karl Laske et Fabrice Arfi
Journal — Terrorisme
Les confidences du commissaire des services secrets en charge des attentats du 13-Novembre
Le commissaire divisionnaire SI 562 – le nom de code le désignant – a dirigé la section chargée des enquêtes judiciaires liées au terrorisme islamique à la DGSI, entre 2013 et 2020. Il offre à Mediapart une plongée inédite dans les arcanes du service de renseignement.
par Matthieu Suc
Journal — Justice
À Marseille, des juges font reculer l’incarcération à la barre
L’aménagement de peine, par exemple le bracelet électronique, prononcé dès le jugement, est une possibilité qui n’avait jamais décollé avant 2020. Mais à Marseille, la nouvelle réforme de la justice et la volonté d’une poignée de magistrats ont inversé la tendance. Reportage.
par Feriel Alouti

La sélection du Club

Billet de blog
La chanson sociale, comme levier d’empowerment Bernard Lavilliers en concert
Dans la veine de la chanson sociale française, l’artiste Bernard Lavilliers transmet depuis plusieurs décennies la mémoire longue des dominés, leurs souffrances, leurs richesses, la diversité des appartenances et propose dans ses narrations festives et musicales. Balzac disait que «Le cabaret est le Parlement du peuple ». En quoi la chanson sociale est-elle un levier de conscience politique ?
par Béatrice Mabilon-Bonfils
Billet de blog
La comédie des catastrophes
Au Théâtre de la Bastille, le collectif l'Avantage du doute dresse un hilarant portrait de la société contemporaine pour mieux en révéler ses maux. De l’anthropocène au patriarcat, de la collapsologie aux comédiennes mères ou non, du besoin de tendresse des hommes, « Encore plus, partout, tout le temps » interroge les logiques de puissance et de rentabilité par le biais de l’intime.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Un poète palestinien : Tawfik Zayyad
Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe.
par mohamed belaali
Billet de blog
La clique de « Kliniken » vue par Julie Duclos
Quinze ans après Jean-Louis Martinelli, Julie Duclos met en scène « Kliniken » du dramaturge suédois Lars Noren. Entre temps l’auteur est décédé (en 2021), entre temps les guerres en Europe ont continué en changeant de pays. Immuable, la salle commune de l’hôpital psychiatrique où se déroule la pièce semble jouer avec le temps. Troublant.
par jean-pierre thibaudat