jean monod
ethnologue et débroussailleur
Abonné·e de Mediapart

90 Billets

0 Édition

Billet de blog 11 avr. 2016

ETATS, RELIGIONS ET CATASTROPHES 1 Nouveau trou noir

Une chose est de réagir à l'actualité au jour le jour. Autre chose est de prendre un recul suffisant pour comprendre ce qui se passe réellement. Comment agir efficacement sur une situation dont on ne voit pas les lignes de force ?

jean monod
ethnologue et débroussailleur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

     Démêler information et évènement est en soi toute une démarche. Elle aide à mesurer le degré d'immersion de l'information dans une modernité qui sous le nom de mondialisation est devenue aujourd'hui à la fois un mythe, une réalité et un absolu.

     Un autre aspect à démêler est la confusion entre le spectacle de la politique et l'histoire en train de se faire.

     Ce double démêlage est la première condition, me semble-t-il, pour s'émanciper du matraquage politico-médiatique ambiant. Et se donner la liberté de mettre en rapport, par exemple, démocratie et gouvernement, manifestation et action, ou  les attentats qui frappent l'Occident depuis quinze ans et les guerres dont cet Occident accable le monde depuis beaucoup plus longtemps.

     Notamment en Afrique et au Proche-Orient. En entendant par Occident l'Amérique du Nord aussi bien que l'Europe capitaliste, et en rappelant que tout a (re)commencé en 2002  avec George W. Bush, sur quil se sont alignés Sarkozy et Hollande, à l'instar de Mitterand. De là date "l'axe du mal" et la doctrine du terrorisme programmée pour le XXIe siècle.

     Pour résumer l'affaire en un mot : ce sont nos guerres (3 millions de morts, l'Irak, l'Afghanistan, la Lybie, la Syrie dévastés) qui ont créé le terrorisme.

     De quoi mettre un peu de mesure dans le bilan des profits et pertes et mettre à sa place le regain de propagande belliciste du gouvernement

     Mais c'est encore autre chose, prendre un vrai temps de réflexion, faire une recherche, construire un modèle, et tester la validité de ce modèle en le mettant à l'épreuve des évènements.

    C'est ce que Marx a fait en son temps, en élaborant une théorie de l'histoire avec Engels dans le Manifeste du Parti communiste et en appliquant cette théorie aux évènements sociopolitiques et économiques de son époque, dans des articles écrits à chaud en 1848 et publiés ultérieurement sous les titres de La lutte des classes en France et Le 18-Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte.

     Fort de son exemple, nous avons essayé, Diane Baratier et moi, de construire un modèle de l'Etat, à la fois théorique et historique, et je me suis efforcé d'appliquer ce modèle à l'actualité depuis quatre ans [1].

     Entre la construction d'un modèle et son application à l'actualité, il y a forcément un hiatus. D'abord parce que ce modèle, visant à déterminer la structure d'un  système, est statique et les évènements sont perpétuellement changeants. Ensuite parce que ce modèle n'est pas inspiré par l'actualité, mais construit sur une intuition nourrie d'expériences et de données anthropologiques et historiques qui atténuent sensiblement le pouvoir stupéfiant de cette actualité [2].

     Le hiatus entre la théorie et la pratique n'est est pas moins difficile à franchir lorsque l'actualité est orchestrée d'une manière qui rend les faits incertains et toute réflexion problématique. C'est le défi du genre.

     Défi que je reconnais n'avoir pas toujours réussi à relever dans ce blog ponctué d'intermittences, et à nouveau dans l'émission http://trousnoirs-radio-libertaire.org/ à propos de mon livre Ouranos ou les 3 fonctions de la religion dans l'Etat [3].

     En vérité, la raison de cet échec n'est pas le bruit médiatique, avec lequel j'ai pris mes distances depuis longtemps. C'est plutôt que j'avais en tête un autre livre que je suis en train de finir, Après le Déluge - un essai sur le mythe de la catastrophe salvatrice… Vous savez, quand les gens disent : "Seule une catastrophe pourrait nous sauver…  de la catastrophe!"

     Après le Déluge reprend cette vieille antienne depuis l'invention du chaos jusqu'à son écho dans l'Apocalypse. J'avais ce bruit en tête en allant faire cette émission chez mes amis anarchistes.

     Du coup, je ne suis pas arrivé au bout de ma démonstration sur la structure de l'Etat exposée dans Du Pillage au don et reprise dans Ouranos. Et je me suis laissé aller à essayer de répondre à la question: "Que pouvons-nous faire?" en oubliant de commencer par faire le point sur la fabrication, aussi ancienne que la "civilisation", du catastrophisme.

     Telle est la raison de ce billet en forme de correction écrite à des mots trop vite dits. 

autre accès à l'émission trou noir :

http://media.radio-libertaire.org/backup/15/lundi/lundi_1600/lundi_1600.mp3

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Inflation : les salariés, éternels dindons de la farce
Avec la poussée inflationniste, les salariés sont sommés d’accepter un recul de leurs revenus réels pour éviter l’emballement des prix. Mais lorsque les prix étaient bas, les salariés devaient accepter la modération salariale au nom de l’emploi. Un jeu de dupes que seules les luttes pourront renverser. 
par Romaric Godin
Journal
Électricité et gaz : les salaires mettent le secteur sous haute tension
Appel à la grève dans le secteur des industries électriques et gazières, le 2 juin prochain, pour réclamer des revalorisations de salaires indexées à l’inflation. Chez RTE, gestionnaire du réseau électrique français, un mouvement social dure depuis déjà depuis treize semaines.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Nouveau gouvernement : le débrief de Mediapart
Premier conseil des ministres du deuxième quinquennat Macron ce matin, marqué par l’affaire Damien Abad. Émission consacrée donc à notre nouveau gouvernement et à la campagne législative de ceux qui n’en font plus partie, comme Jean-Michel Blanquer, parachuté dans le Loiret.
par À l’air libre
Journal — Écologie
Planification écologique : le gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
Ndiaye et Blanquer : l'un compatible avec l'autre
« Le ministre qui fait hurler l'extrême droite », « l'anti-Blanquer », « caution de gauche »... voilà ce qu'on a pu lire ou entendre en cette journée de nomination de Pap Ndiaye au ministère de la rue de Grenelle. Beaucoup de gens de gauche qui apprécient les travaux de M. Ndiaye se demandent ce qu'il vient faire là. Tentons d'y voir plus clair en déconstruisant le discours qu'on tente de nous imposer.
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
L’École et ses professeurs à bout de souffle : urgence vitale à l'école
Nous assistons aujourd’hui, dans un silence assourdissant, à une grave crise à l’Ecole. Le nombre des candidats aux concours de l’enseignement s’est effondré : ce qui annonce à court terme une pénurie de professeurs. Cette crise des « vocations », doit nous alerter sur une crise du métier et plus largement sur une crise de l’Ecole.
par Djéhanne GANI
Billet de blog
Déblanquérisons l'École Publique, avec ou sans Pap Ndiaye
Blanquer n'est plus ministre et est évincé du nouveau gouvernement. C'est déjà ça. Son successeur, M. Pap Ndiaye, serait un symbole d'ouverture, de méritocratie... C'est surtout la démonstration du cynisme macronien. L'école se relèvera par ses personnels, pas par ses hiérarques. Rappelons ce fait intangible : les ministres et la hiérarchie passent, les personnels restent.
par Julien Cristofoli
Billet de blog
Lycéennes et lycéens en burn-out : redoutables effets de notre organisation scolaire
La pression scolaire, c’est celle d’une organisation conçue pour ne concerner qu’une minorité de la jeunesse Lycéennes et lycéens plus nombreux en burn-out : une invitation pressante à repenser le curriculum.
par Jean-Pierre Veran